Publié le 26/05/2021 par PCF

TF1/M6 : Une fusion à haut risque pour la démocratie, le pluralisme et la création

À un an de l'élection présidentielle, la prise de contrôle du groupe Bouygues sur M6/RTL filiale de l'allemand Bertelsmann va bouleverser l'audiovisuel français par la création d' « un groupe de médias français d'envergure »...

Les deux groupes leaders de la TV privée en France concentrent aujourd’hui 40 % de l’audience cumulée de la télévision de « flux ». Leur fusion leur fera contrôler 70 % du marché publicitaire, soit 2,3 milliards de recettes publicitaires cumulées. Pour ce faire, Bouygues va fusionner sa filiale TF1 – aujourd’hui déjà leader de la TV privée en France – avec le groupe M6, actuel numéro 2, pour un cout d’achat de 641 millions d’euros. Bouygues obtient ainsi 30 % des titres du groupe M6. L’allemand Bertelsmann propriétaire de M6/RTL, même s’il a choisi de se désengager progressivement du marché français (il a cédé les publications de son groupe de presse écrite Prisma à l’empire Bolloré pour se consacrer au marché américain, encore plus lucratif) conserve néanmoins 16 % du capital.

Reste à négocier ce rapprochement avec l’Autorité de la concurrence et le CSA. À l’heure actuelle, le groupe M6 détient cinq fréquences : M6, W9, 6ter, Gulli et Paris Première. Le groupe TF1 possède TF1, TMC, LCI, TFX et TF1 Cinéma Séries. Les deux groupes, qui contrôlent à eux deux dix chaînes, devront se défaire de trois d’entre elles, puisque le maximum autorisé par la loi est de sept détenues par un même groupe. Ce qui ne devait pas poser problème… L’objectif immédiat des actionnaires Bouygues et Bertelsmann est évidemment de dégager d’importantes économies d’échelle entre les deux entités, donc d’en maximiser les profits, notamment au détriment des 1 500 salariés de TF1 et des 1 000 pour M6. Cette opération capitalistique va dans le sens de la construction de « champions français », volonté formulée dès 2009 par Sarkozy, dans le but de bâtir de nouvelles entités face aux géants du streaming comme Netflix ou Disney+, qui ont déjà conquis respectivement plus de 200 et 100 millions d’abonnés dans le monde. 

Cette nouvelle concentration dans le paysage médiatique constitue un nouveau coup contre le pluralisme de l’information, mais aussi pour la création. Déjà les créateurs s’inquiètent de cette fusion, au moment même où Netflix s’infiltre dans le 7e art en France, au moment encore où les géants du Web prennent en otage le marché publicitaire des médias en France et concluent des accords léonins avec les grands éditeurs au détriment des petits titres et du pluralisme.

On peut déjà voir poindre la volonté des groupes industriels aux commandes du secteur de l’audiovisuel privé mais aussi des politiques de pousser à l’évolution des textes réglementaires, au prétexte de rivaliser avec les concurrents anglo-saxons (Netflix et les Gafam), voire de faire exploser un cadre législatif considéré comme « dépassé » par ces groupes mais aussi par le pouvoir. Notons au passage que la plateforme de streaming et VOD Salto est déjà abondée aux deux tiers par TF1 et M6, France TV se contentant du tiers restant et Arte en restant absent.

 

Opération adoubée à l’Elysée

Cette opération, dont tous les observateurs disent qu’elle a été adoubée à l’Élysée à un an de la présidentielle, prioriserait l’empire du BTP Bouygues face à celui de Bolloré, inspirateur d’une Fox News à la française. En outre cette fusion vise à se calquer sur les modèles marchands les plus agressifs. Or, les médias exercent aujourd’hui un pouvoir considérable sur la construction des représentations du monde et sur les imaginaires. La qualité de l’écosystème médiatique conditionne la vie sociale, démocratique, politique, culturelle et intellectuelle. Il n’y a aucune raison d’en laisser le contrôle aux puissances d’argent qui, par nature, chosifient le monde. 

L’heure ne doit pas être à l’uniformisation culturelle, au formatage des rédactions, des productions et des esprits. Cette opération visant à créer une force d’influence exorbitante souligne la faiblesse actuelle des dispositifs anti trusts qui ne sont pas assez protecteurs. Ils devraient empêcher les grands groupes industriels de posséder de grands médias. Elle appelle également à développer un service public de l’audiovisuel puissant et démocratique, lui-même vecteur de pluralisme, capable de relever les défis contemporains (sanctuarisation du budget de France Télévisions, abrogation des décrets Tasca, réforme du CSA, etc.).

Elle appelle à conforter et déployer des médias indépendants des puissances d’argent, enracinés dans la vie réelle et soucieux, chacun à leur façon, d’émancipation humaine. 

La commission culture

(collectif médias) du PCF

le 21 mai 2021