International publié le 20/04/2021

Un départ pour un retour

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Le président étasunien, Joe Biden, a confirmé ce 15 avril la décision de son prédécesseur de retirer ses troupes militaires d'Afghanistan à compter du 1er mai et d'ici la date symbolique du 20e anniversaire des attentats du World Trade Center.

Le 11-Septembre avait ouvert ce que les agents de marketing qualifient de « fenêtre d'opportunité » aux néoconservateurs aux commandes à la Maison-Blanche : celle, pour renforcer la suprématie US, d'accroître les tensions et l'insécurité mondiale. 20 ans plus tard, nous savons ce qu'il en est de la « guerre internationale contre le terrorisme » initiée par les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN.

20 ans – pour ne parler que de ceux-là – de guerre et d'occupation, 20 ans de destruction, d'effondrement et d'humiliation pour les peuples du Moyen-Orient, Afghans et Irakiens en tête ; 20 ans de renforcement des régimes les plus autoritaires et d'écrasement de toutes les tentatives populaires d'émancipation de la Syrie au Yémen, transformés en théâtres de guerre en quelques mois et pour des années ; 20 ans passés à étouffer la lutte du peuple palestinien et celles des peuples de Turquie, parmi lesquels les Kurdes comme ceux de Syrie, d'Irak, ou d'Iran ; à briser les combats de toutes les forces qui portent le projet d'un Moyen-Orient démocratique, de progrès social et humain... 20 ans, et 2 000 à 3 000 milliards de dollars (!) engloutis rien qu'en Afghanistan pour une « guerre sans fin », selon Joe Biden, qui n'aura pas de mots particuliers pour les dizaines de milliers de morts afghans, les 2,5 millions de déplacés et réfugiés, l'horreur des crimes de guerre et contre l'humanité, et pour lesquels une enquête de la Cour pénale internationale est ouverte contre l'armée américaine, les talibans et les forces armées afghanes.

Alors, 20 ans et quels résultats ? Le chercheur Karim Pakzad le résume en deux phrases : « L'Afghanistan qui, par le passé, a été l'une des étapes de la route de la Soie, un lieu de rencontres et d'échanges entre les peuples venus d'Europe, d'Iran, d'Inde, d'Asie centrale et de Chine, est devenu, à la fin du XXe siècle, un lieu de rencontres des mouvements jihadistes internationaux. D'Al-Qaïda à l’État islamique, de nombreux mouvements jihadistes au Moyen-Orient prennent leurs sources en Afghanistan. »

Les États-Unis partent, donc, et avec eux, les pays de l'OTAN encore engagés évacueront leurs dernières garnisons. Tous, laissent derrière eux l'Afghanistan dévasté – l'un des 5 pays où l'on compte en 2019 le plus de victimes des conflits armés en cours. Les talibans qui n'ont jamais respecté un seul instant les « accords de paix » signés sous Donald Trump en février 2020 et, au contraire, multiplié les actions sanglantes, sont à présent aux portes du pouvoir.

Quelle leçon le président Joe Biden et son administration ont-ils tiré de ce cuisant échec stratégique ?

Celle « que notre empreinte militaire soit correctement alignée sur les priorités de notre politique étrangère et de notre sécurité nationale » (J.Biden, discours du 4 février 2021 au Département d’État) – « alignée » certes, et non subordonnée, mais le président Biden entend bien impulser un tournant. Le « rôle de leader mondial » des États-Unis s'appuiera évidemment sur sa capacité militaire d'autant plus imposante et imposée, par procuration ou non, qu'elle sera plébiscitée : « L’Amérique est de retour. L’Amérique est de retour. C’est le message que le monde doit entendre aujourd’hui. »

Il s'agit en effet pour elle de reprendre le chemin du combat idéologique en brandissant l'étendard de la défense et de la promotion de « la démocratie, des droits humains, de l’État de droit ». Standard éculé ? Simple « resucée de la guerre froide » ? Rien n'est moins sûr.

Dans la nouvelle offensive US qui vise la Chine et la Russie, pointées expressément du doigt par Biden, le dispositif paraît des plus classiques à première vue mais il s'agit en fait d'aller plus loin et plus en profondeur pour contrer les prises de conscience qui émergent dans les pays développés et qui s'exprimaient dès avant la pandémie et les crises sanitaires .

L'Administration Biden semble prendre en compte – pour mieux les dévoyer – des mouvements populaires qui, depuis fin 2018, se développent dans de nombreux pays jusqu'à constituer un phénomène politique global où enjeux sociaux, humains, écologiques et démocratiques s'articulent et forment une aspiration incontournable. Il lui est donc impératif de repartir, par l'action et les idées, à la conquête des opinions publiques.

Évidemment, pas de malentendu : le niveau des dépenses militaires mondiales (est. à 1 917 milliards US $ en 2019, soit 2,2 % du produit intérieur brut (PIB) mondial) indique nettement que, malgré le désastre afghan et les désordres qu'il a provoqués, la (menace de) guerre va continuer de peser à plein si les peuples et forces de paix et d'émancipation ne reprennent la main.

Lydia Samarbakhsh
responsable du secteur International du PCF

« 56% des sondés dans 28 pays estiment que le capitalisme "apporte plus de mal que de bien" » : https://www.huffingtonpost.fr/entry/barometre-edelman-capitalisme_fr_5e26b728c5b673621f7b2311