Le 14 juin, 12 000 personnes ont manifesté à Bruxelles à l’appel de Stop ReArm Europe pour dénoncer la réorientation des priorités européennes vers le réarmement. Alors que des centaines de milliards d’euros sont mobilisés en quelques semaines pour l’industrie militaire, les besoins sociaux, les services publics, le logement, les retraites ou la transition écologique continuent d’être présentés comme trop coûteux.
Cette mobilisation a porté une autre vision de l’Europe, fondée sur la coopération des peuples, la justice sociale, la solidarité et la paix, plutôt que sur la militarisation et l’alignement derrière l’OTAN et les politiques d’austérité.
En Belgique, le projet d’achat de 11 avions de combat F-35 supplémentaires représente plusieurs milliards d’euros, l’équivalent de construction de 450 crèches par exemple, alors qu’au même moment les politiques d’austérité sont exigées sur les pensions et les services publics. En Allemagne, une réforme historique du « frein à l’endettement » ouvre la voie à des dizaines, voire des centaines de milliards d’euros de dépenses militaires supplémentaires. Ces choix illustrent une accélération vers l’armement des budgets européens. Pour les peuples, les conséquences sont multiples. L’augmentation des dépenses militaires va accentuer le sous-financement des services publics, de la protection sociale, du logement ou de la transition écologique. Elle va servir de justification à de nouvelles politiques d’austérité.
Au-delà des enjeux économiques, cette dynamique installe dans le débat public une logique de confrontation permanente où la sécurité est de plus en plus associée à l’accumulation d’armements plutôt qu’à la diplomatie, à la coopération et à la prévention des conflits.
L’histoire montre pourtant que les courses aux armements alimentent les tensions internationales. Lorsqu’un État se réarme massivement, ses voisins sont incités à faire de même, créant une spirale dont la classe travailleuse finit par payer le prix. La sécurité durable repose avant tout sur des emplois de qualité, des services publics solides, une protection sociale forte, la coopération entre les peuples et le respect du droit international, à l’opposé de l’alignement sur les choix de l’OTAN.
Avec le débat sur l’autonomie stratégique européenne, une autre approche est proposée. L’autonomie ne devrait pas être réduite à l’augmentation des capacités militaires. Elle devrait reposer sur l’indépendance énergétique, industrielle, alimentaire, technologique et démocratique des peuples européens. Cette vision vise à réduire les dépendances et à renforcer la souveraineté sans construire une économie de guerre permanente.
Il faut aussi regarder qui profite de cette logique. Dans les périodes de tensions internationales, les industriels de l’armement voient leurs commandes exploser. Certaines multinationales de l’énergie bénéficient également de la situation. Ainsi, les actionnaires de TotalEnergies ont perçu près de 6 milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre 2026, dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du commerce mondial.
Le contexte international est effectivement préoccupant. En 2024, on comptait 61 conflits armés impliquant au moins un État, soit le niveau le plus élevé depuis 1946. Si l’on inclut les conflits impliquant des groupes armés non étatiques, certaines estimations évoquent entre 120 et 130 conflits actifs dans le monde. Entre 35 et 40 pays sont directement touchés par des guerres ou des conflits armés. En même temps que l’augmentation constante des dépenses militaires mondiales, les guerres et les crises se multiplient.
L’alternative que Stop ReArm Europe défend repose sur une sécurité fondée sur la diplomatie, le multilatéralisme, la prévention des conflits et le respect du droit international. Elle accorde également une place centrale à la « diplomatie des peuples », impliquant syndicats, associations, collectivités locales, mouvements féministes, organisations de jeunesse et acteurs de l’éducation populaire. La paix ne peut être l’affaire exclusive des gouvernements et des états-majors ; elle doit devenir une construction collective.
Cette conception s’inscrit dans une logique de sécurité humaine. Pour les citoyen·nes, pour que la classe travailleuse puisse être en sécurité signifie pouvoir se loger, se soigner, éduquer ses enfants, vivre dignement de son travail et faire face aux défis climatiques. Les ressources aujourd’hui orientées vers le réarmement seraient plus utiles si elles étaient investies dans la santé, l’éducation, les services publics, la transition écologique, la coopération internationale et la réduction des inégalités.
Le message porté est clair : l’avenir de l’Europe ne réside pas dans une nouvelle course aux armements mais dans la justice sociale, la coopération entre les peuples, la diplomatie et la construction de la paix ! Comme vice-présidente du Parti de la gauche européenne et dirigeante du Parti communiste français, avec Alain Rouy j’étais présente à Bruxelles lors de la manifestation du 14 juin, aux côtés de nos camarades européens du PGE. Nous avons réaffirmé cette exigence d’une sécurité fondée sur le droit international, la solidarité entre les peuples et la résolution pacifique des conflits.
Hélène Bidard
Vice-présidente du PGE
Article publié dans CommunisteS, numéro 1091 du 17 juin 2026.