Les 4 et 25 octobre 2026, les Brésiliens seront appelés à voter six fois pour élire, au cours du même scrutin, le président de la République fédérative du Brésil, le gouverneur de leur État, deux sénateurs, un député fédéral et un député d’État.
Le Brésil dispose d’un système électoral très fiable, moderne et unifié, sous contrôle citoyen. Le vote obligatoire est effectué lors de scrutins réalisés avec une urne électronique, autonome, non connectée, susceptible d’être installée dans les contrées les plus reculées. Chaque parti est représenté par un numéro à deux chiffres, décliné ensuite avec plus de numéros pour les candidats locaux, une couleur, un logo. Le citoyen peut modifier son vote avant de le valider. L’urne est installée et placée sous l’autorité d’un président de bureau de vote et d’assesseurs qui s’assurent du bon déroulement du vote, proclament localement le résultat et le transmettent au niveau collecteur. De l’enregistrement à la validation des candidatures, puis à la supervision du scrutin, toutes les opérations sont contrôlées par le Tribunal supérieur électoral (TSE).
Un système bien plus satisfaisant que celui des États-Unis d’Amérique (EUA), par exemple, où chaque comté a ses propres procédures, des machines différentes, un dépouillement plus souvent effectué par des administratifs hors du bureau de vote qu’effectué sur place sous contrôle citoyen, ce qui n’empêche pas Trump de s’attaquer au système brésilien.
Un contexte difficile
Les prétentions nord-américaines à soumettre et mater toute opposition à leur domination dans leur « arrière-cour » ont été réaffirmées bruyamment et explicitement par Trump, comme l’a démontré le spectaculaire enlèvement du président du Venezuela, Nicolas Maduro.
Le soutien nord-américain aux menées d’extrême droite dans les pays voisins a connu de récents succès dans les pays de la région, malgré d’importantes capacités de résistance, avec des personnages improbables que Javier Milei en Argentine ou Abelardo de la Espriella en Colombie, mais aussi intégrés aux oligarchies locales, comme José Antonio Kast, un fils de criminel nazi allemand au Chili ou Keiko Fujimori, fille de dictateur d’extrême droite au Pérou.
Les ingérences des États-Unis au Brésil ne datent pas d’hier, les vieilles méthodes de la CIA qui ont fait recette sont toujours utilisées : fausses rumeurs, calomnies, dénigrement des institutions, provocations au désordre… De vieilles méthodes qui s’appuient aujourd’hui sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication sociale.
L’ABIN, le service de renseignement brésilien, a alerté sur le niveau « critique » d’ingérences étrangères provenant des États-Unis, elles ont aussi été décrites par un historien dans un article du quotidien britannique The Guardian. Aujourd’hui c’est notamment la Cour suprême brésilienne (susceptible de valider un coup d’État) qui est mise sous pression et vilipendée par l’extrême-droite.
Le rôle important du Brésil au sein des BRICS, comme la richesse du sous-sol en terres rares et en hydrocarbures, disent, à eux seuls, assez l’importance géostratégique et économique du Brésil pour les EUA. Faire basculer la plus grande économie latino-américaine, qui réalise la plus grande part de ses échanges commerciaux internationaux avec la Chine (171 milliards de dollars par an, contre 83 milliards avec les EUA) altérerait grandement le panorama politique de la région, laissant les gouvernements progressistes du Mexique et de l’Uruguay bien seuls face à l’impérialisme brutal de Trump.
Une campagne au coude-à-coude
Comme pour gouverner, la candidature de Lula repose sur trois niveaux d’appui :
- La fédération des partis de gauche (sorte de supergroupe parlementaire) « Brésil de l’espérance », composée du Parti des travailleurs (PT), du Parti communiste du Brésil (PCdoB), et du Parti vert (PV).
- Une coalition électorale regroupant, au-delà de la fédération, des partis sociaux-démocrates ou de centre gauche comme le PSB, parti du vice-président Geraldo Alckmin , le PDT affilié à l’Internationale socialiste, ou encore le PTB...
- Une « base de gouvernement » élargie à des partis du centre (Centrão, ou « gros centre »), c’est-à-dire de centre droit comme les partis PMDB ou União Brasil, permettant aussi des accords locaux pour l’élection de gouverneurs, sénateurs ou députés.
À gauche, Lula se présente donc comme une candidature de rassemblement, d’autant plus populaire quand il affirme des positions fermes pour la défense de la souveraineté face à l’arrogance de Trump, mais n’arrivant pas à capitaliser sur des avancées fiscales significatives, telles que la suppression de l’impôt sur le revenu pour les salariés gagnant jusqu’à trois fois le salaire minimum. Dans un contexte de fort consumérisme, les jeunes qui n’ont pas connu les gouvernements néolibéraux peuvent penser que les acquis sociaux comme le service public de santé universelle, le SUS, ou le développement des universités fédérales comme étant garantis, alors même qu’ils seront les premières cibles de gouvernement néolibéraux ou d’extrême droite.
La droite (PSD, PP, DEM...) avait profité du déclin de la figure de Bolsonaro après sa condamnation et engrangé d’assez bons résultats lors des dernières municipales, mais n’a pu s’accorder sur un candidat susceptible d’emporter la présidentielle. Il pourrait toutefois conserver un poids prépondérant au Congrès (Assemblée fédérale et Sénat).
L’extrême droite s’est rassemblée non sans mal derrière un des fils Bolsonaro, alors que l’épouse Bolsonaro ou le gouverneur de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas, avaient pu caresser l’idée d’une candidature. L’appui de Trump sans doute a été décisif et demeure le grand argument d’un camp qui défile avec les drapeaux des EUA, d’Israël, voire d’Argentine.
L’extrême droite peut compter sur de puissants relais médiatiques, les réseaux sociaux en premier lieu utilisés à leur service dans la bataille idéologique et les fausses nouvelles allant jusqu’à inverser les charges. Ainsi, de l’énorme scandale boursier, né à l’époque de Bolsonaro, autour d’un banquier proche de l’extrême droite et notamment de la famille Bolsonaro, ayant arrosé aussi des proches de la Cour suprême, et causé un préjudice de milliards de reais. C’est cependant à… Lula que l’on reproche un manque de vigilance et auquel on attribue la corruptio, alors même qu’il est complètement étranger aux montages du personnage.
Les media TV, ceux des Églises évangéliques Record et autres, ou la très conservatrice TV Globo dans l’opposition à Lula depuis toujours, ne manquent pas de reprendre nombre des accusations. Les Églises évangéliques et les forces de répression restent d’importants relais d’opinion pour l’extrême droite.
À l’heure où, malgré tous les scandales qui lui sont attaché, Flavio Bolsonaro est donné à égalité avec Lula, les militants de gauche ont donc fort à faire sur le terrain pour alerter et expliquer tous les périls, mobiliser sur les objectifs sociaux et d’indépendance nationale, préparant avec leurs proches et dans les quartiers populaires un travail de terrain, distribuant des « colinhas », sortes d’antisèches avec la série des numéros des candidats les mieux à même de défendre leurs intérêts.µ
Henri Blotnik, membre du collectif Amérique latine du secteur international
Article publié dans CommunisteS, numéro 1102 du 30 septembre 2026