1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
28 septembre/4 octobre 1936 (33) Un navire soviétique Alicante
Le débat sur la dévaluation du franc occupe les Chambres toute la semaine. « Dans un puissant discours, Jacques Duclos a défini la position du Parti communiste fidèle au Front populaire et décidé à éviter que l’amputation de la monnaie qu’ont sapée les droites ne s’opère qu’au détriment des masses laborieuses et des petites gens. » (L’Humanité du 29/9).
Les groupes de gauche proposent que le gouvernement puisse par décret prendre toute mesure propre à maintenir le pouvoir d’achat de la population. Mais le Sénat fait opposition. Finalement un accord est trouvé, le gouvernement est investi du pouvoir de provoquer par décrets des procédures obligatoires de conciliation et d’arbitrage en vue de rajuster les salaires en cas de hausse du coût de la vie, et pourra réviser les prix des denrées agricoles réglementées. Et le quotidien communiste ajoute : « Face à un patronat décidé à accroître ses profits, la force disciplinée de la classe ouvrière assurera dans l’ordre républicain l’efficacité de cette mesure de sauvegarde. » Au final, le groupe communiste vote non pas pour la dévaluation mais pour le gouvernement…
Dimanche 4 octobre un grand meeting (troublé un temps par les factieux) au Parc des princes (on parle de 80 000 personnes) permet à la direction communiste de faire le point sur la situation politique.
Cette semaine, le candidat de la CGT (René Luche) a été élu au conseil général de la Banque de France ; le syndicat réaffirme son « accord avec le Front populaire contre la politique néfaste des gouverneurs réactionnaires qui ont précédé M. Labeyrie et leurs agents qui sévissent encore dans les cadres de la Banque de France. »
L’Espagne (où la guerre civile fait rage) est toujours l’objet d’un embargo au nom de la « non-intervention ». Mais on annonce l’arrivée à Alicante d’un vapeur soviétique, le Neva ; parti le 19 d’Odessa, il est arrivé à Alicante le 27, un jour avant la date fixée, grâce aux stakhanovistes du vapeur, dit-on… L’Humanité du 30 raconte l’ambiance sur le port, l’enthousiasme de la population alors qu’au large se trouvent deux navires allemands, un croiseur (avec à son bord l’ambassade nazie qui a fui Madrid) et un contre-torpilleur, ainsi qu’un bateau de guerre italien. Le Neva a déchargé « des centaines de milliers de caisses contenant du sucre, du cacao, des confitures, des œufs, du beurre ». Le capitaine est porté en triomphe : « Viva Russia ! Viva Staline ! (…) Le vieux capitaine, si calme, si réservé, ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. »
L’encyclopédie Wikipédia estime que c’est le 1er octobre, dans ce port d’Alicante, qu’arrivent les premiers membres des Brigades internationales. En fait, le lancement des Brigades serait évoqué (par Staline) dans le journal du PC espagnol le 17 octobre et officiellement annoncé par le gouvernement espagnol le 22 octobre.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1102 du 30 septembre 2026