1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
1er /23 août 1936 (27) Des armes pour l'Espagne !
Cette semaine, en raison des vacances, notre article prend une forme inhabituelle ; il évoque l’actualité du mois d’août. Nous reprendrons notre rythme de chronique hebdomadaire la semaine prochaine.
L’actualité de ces trois premières semaines d’août 1936 est contradictoire. D’un côté, le gouvernement de Front populaire, le gouvernement Blum, poursuit la politique de réformes démocratiques : présentation par Léo Lagrange du billet de congé populaire annuel (15 jours), une des mesures les plus emblématiques, les plus heureuses du nouveau gouvernement ; nationalisation d’une partie de l’industrie aéronautique ; scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ; installation de l’office du blé...
D’un autre côté, la guerre prend ses marques. Hitler demande à Göring d’installer l’Allemagne dans une économie de guerre. En Espagne, la guerre civile déclenchée à la mi-juillet ravage le pays et le gouvernement Blum laisse faire.
Dans cet inquiétant climat se tiennent les JO de Berlin, à la fois fête du sport et moment de gloire nazie.
Enfin débute en URSS le premier des procès de Moscou (le 19 août contre Zinoviev et Kamenev notamment), procès truqués où Staline va faire exécuter ses anciens rivaux dont quantité de cadres bolcheviks.
L’Humanité y consacre deux articles, non signés, mais c’est surtout l’Espagne qui va occuper cet été-là l’essentiel de l’espace du quotidien communiste.
On y suit l’évolution des batailles, on dénonce l’ingérence de l’Allemagne de Hitler et de l’Italie de Mussolini dans le conflit et on s’interroge sur la position de la France. À la Une du 9 août, par exemple, deux titres cohabitent : « Aidons l’Espagne, au nom de la paix, du droit international et de la sécurité de la France » (sur 4 colonnes) et « Le conseil des ministres confirme la position de non-intervention de la France » (sur une colonne), une politique décidée « dans le souci de prévenir des complications internationales » selon le ministre français des Affaires étrangères.
Lors d’un meeting au Vel’ d’Hiv’, Jacques Duclos dénonce l’hypocrisie de la politique dite de « neutralité » : « Nous assistons à cette situation paradoxale que sous prétexte de neutralité, l’Espagne républicaine ne peut être approvisionnée alors que Hitler et Mussolini envoient des Caproni et des Focker, des fusils et des mitrailleuses aux insurgés. » Et la salle de crier : « Des avions, des canons pour l’Espagne ! »
Le journal demande de « cesser le blocus » de l’Espagne, de pétitionner, de collecter pour les républicains espagnols, de souscrire, de l’aider en armes.
Cette bataille de la solidarité mobilise toute la rédaction du journal. Dans le numéro du 20 août, on peut lire des articles signés Paul Vaillant-Couturier, Paul Nizan, ou Gabriel Péri. Le papier de ce dernier, illustré par une photo de la « Pasionaria », est intitulé « À Madrid avec les militants du Parti communiste ».
Gérard Streiff