Le gouvernement d’extrême droite de Narendra Modī et du BJP s’est lancé dans une vaste opération de falsification des listes électorales comme étape d’une politique de ségrégation. Le SIR (« Special Intensive Revision ») couvre l’ensemble des États, à l’exception de l’Himachal Pradesh, du Jammu-Cachemire et du Ladakh. Au total, plus de 130 millions de personnes ont été exclues des listes à ce jour. Dans certains États, presque 20 % des électeurs et électrices ont été radiés. Le 23 septembre, la presse indienne s’est faite le relais de 14 objections soulevées par deux commissaires de la commission électorale centrale contre les procédures employées.
Depuis, une vague de manifestations traverse l’ensemble du pays exigeant la démission de Gyanesh Kumar, président de la commission électorale centrale, et le retrait du SIR. Près de 130 députés de la Lok Sabha (chambre basse, sur 543 députés) et 63 membres de la Rajya Sabha (chambre haute, sur 245 sénateurs) ont signé une pétition pour la démission de Kumar et dénoncent « l’obstruction volontaire d’enquêtes contre de possibles fraudes électorales, une conduite partisane et discriminatoire dans son emploi et la suppression massive d’électeurs ».
Il s’agit d’un mouvement large, mobilisant la jeunesse dans la continuité des mouvements préexistants de protestations étudiantes et de jeunes diplômés précaires, notamment du mouvement de Jantar Mantar de juin et de juillet 2026. Le « parti des cafards », ensemble informel en constitue un élément, centré sur la lutte contre la corruption, et ayant comme point de ralliement un compte Instagram de 10 millions d’abonnés. Il est constitué sur une base sociale de jeunes diplômés sans emploi. Ce mouvement agrège la colère d’une large partie de la population contre la politique néolibérale, autoritaire et raciste de Modi.
Le retour de la jeunesse comme acteur politique ouvre des brèches et des contradictions dans une société indienne ne capitule pas face à Modi et au BJP. Il impose au parti du Congrès de sortir de son attentisme. Il donne également aux partis communistes indiens l’opportunité de faire valoir leurs positions et de faire évoluer les rapports de force dans la société indienne.
L’objet de la lutte est la souveraineté populaire. Modi, comme représentant de l’extrême droite, s’y attaque. Le mouvement, dans son caractère multiforme, la défend. L’heure est importante. Modi le sait. Il répond par la répression tous azimuts. Derrière le BJP, il y a le RSS (Union nationale des volontaires), une organisation paramilitaire d’extrême droite nationaliste hindoue qui durant la Seconde Guerre mondiale a affiché sa proximité avec les fascismes européens, très présente aujourd’hui dans la répression des manifestations.
Samedi dernier, la répression a franchi un palier très grave à New Delhi. Une majorité de membres du CC du Parti communiste indien (marxiste), qui se réunissait ce jour-là, a été arrêtée. Parmi eux figurent des parlementaires tels que John Brittas, président du groupe à la chambre haute, et Sivadasan. Plusieurs dirigeants étudiants ont également été violemment agressés. La police a tenté de pénétrer le lieu de réunion du comité central du PCI (m). Elle a également arrêté des animateurs du « parti des cafards » qui tenaient une conférence de presse. Des journalistes qui y assistaient ont également été arrêtés. Des images de harcèlement sexuel à l’encontre de manifestantes ont circulé.
Le PCF exprime sa solidarité avec le mouvement de protestation contre la politique antidémocratique de Modi. Il salue la détermination des jeunes, des étudiants, des militants et des citoyens qui se mobilisent à travers le pays, malgré la répression. Il soutient les mobilisations pour la démission du président de la commission électorale centrale, le retrait du SIR et l’abrogation de la loi régissant la nomination des commissaires électoraux. Il est solidaire de la lutte qui, au-delà de la question des listes électorales, est celle de la protection du droit de vote, de la défense des libertés civiles et de la préservation des fondements de la citoyenneté indienne.
Le PCF réaffirme son entière solidarité avec le Parti communiste indien et le Parti communiste indien (marxiste), forces motrices de la mobilisation pour la souveraineté populaire, la démocratie et le progrès social. Héritiers des luttes contre la colonisation et de celles menées contre le nationalisme communautaire, ils portent l’exigence d’une Inde indépendante agissant pour le multilatéralisme et la paix, à rebours de la politique de Modi fondée sur le « choc des civilisations ». Il exige la libération de leurs dirigeants emprisonnés.
Article publié dans CommunisteS, numéro 1104 du 14 octobre 2026