Il y avait le soleil. Celui qui descend lentement sur les allées, qui accroche les drapeaux et qui donnent aux visages cette lumière particulière des jours que l’on voudrait retenir. Il y avait des sourires, des retrouvailles, des discussions qui s’éternisent, des bras qui se serrent, des voix qui s’interpellent d’un stand à l’autre. La Fête était ainsi ce qu’elle a toujours été, un moment suspendu où chacun apporte un peu de lui-même et repart avec un peu des autres. Cette année encore, à la Fête de l’Humanité, les communistes avaient rendez-vous avec celles et ceux qui refusent de s’habituer au monde qu’on leur impose. Car il y avait un mot, cette année, qui semblait traverser toute la Fête. Un mot simple, presque évident, et pourtant profondément politique : Vivre. Derrière ce mot, une exigence, celle de ne plus réduire l’existence à la seule question de survivre. C’est cette idée, au fond, que les communistes ont voulu mettre au centre de cette Fête.
Au stand national du PCF, cette exigence de vivre traversait les débats. Vivre en paix, d’abord, alors que la guerre et la violence semblent redevenir l’horizon ordinaire des relations internationales. Avec la Palestine, cette exigence prenait un visage et une voix, notamment lors de la rencontre avec des représentants de l’OLP. Défendre le droit d’un peuple à vivre libre, sur sa terre, à disposer de son avenir et à voir enfin reconnue son aspiration à la paix et à la justice. Refuser l’exil, les déplacements forcés, la peur et la destruction comme horizon. Affirmer, au contraire, qu’il ne peut y avoir de paix durable sans droits, sans justice et sans liberté. Avec Cuba aussi, où la présence de camarades cubains rappelait concrètement la situation terrible vécue sous l’effet de l’embargo. Défendre le droit d’un peuple à vivre, à décider de son avenir et à choisir librement son chemin, c’est refuser qu’une puissance puisse entraver durablement le destin d’un peuple.
Vivre mieux, ensuite. Avec les échanges sur l’industrie et la santé, une même question revenait : de quoi avons-nous besoin pour vivre dignement et comment produire ce dont nous avons besoin ? Produire plus et produire mieux, c’est retrouver une capacité à répondre aux besoins, à préserver nos savoir-faire, à relocaliser, à transformer notre industrie et à donner aux travailleurs une prise sur ces choix. C’est aussi défendre une santé qui ne soit pas une marchandise, mais un droit comme l’ont rappelé syndicalistes et chercheurs auprès du député Yannick Monnet ayant rapporté la loi visant à améliorer la prise en charge des soins du traitement du cancer du sein. C’est aussi pouvoir vivre libre et protégé. Le débat consacré à la loi intégrale, avec Anne-Cécile Mailfert de la Fondation des Femmes, Véronique Sanchez-Voir du PCF et le juge Édouard Durand, en a donné une illustration particulièrement forte. Protéger les enfants revient à refuser que les violences deviennent une fatalité ou que les victimes soient abandonnées face à ce qu’elles ont subi. Il faut écouter, prévenir, protéger, mais aussi donner aux professionnels les moyens d’agir. Il faut surtout s’attaquer aux rapports de domination qui rendent possibles les violences faites aux femmes et aux enfants.
Vivre demain, enfin, en refusant de laisser notre avenir se décider sans nous. Les échanges eus sur l’intelligence artificielle et les transformations du travail ont posé la question décisive de savoir qui décide, qui contrôle les usages et qui profite des gains de productivité. L’innovation doit libérer du temps, améliorer les conditions de travail, partager les richesses créées et ouvrir de nouvelles possibilités d’émancipation sans jamais mettre à mal le monde du travail et de la création. Les échanges sur le sport initiés par les jeunes communistes, avec Lilian Thuram, Bastien Bonnargent et Marie-George Buffet, prolongeaient cette réflexion sur un autre terrain. Car vivre pleinement suppose aussi de pouvoir se construire, développer ses capacités, accéder à la culture et au sport, rencontrer les autres et faire l’expérience du collectif.
Et puis, devant 40 000 personnes, la fête a rejoint la bataille. Le meeting de Fabien Roussel a donné à cette exigence de vivre sa traduction politique en appelant à l’unité du peuple devant se retrouver sur les ronds-points, devant les banques, les ministères et les entreprises pour exiger le droit de vivre dignement. La Fête pouvait alors redevenir ce qu’elle doit toujours être pour les communistes, un point d’appui pour repartir au combat, plus nombreux, plus déterminés et capables de faire grandir les luttes.
Finalement, pendant quelques jours, vivre n’était plus seulement le mot d’ordre révolutionnaire des communistes, c’était aussi ce que nous avons éprouvé et partagé ensemble.µ
Stéphane Bonnéry et Nicolas Tardits
Article publié dans CommunisteS, numéro 1100 du 16 septembre 2026