La presse s’interroge sur la stratégie économique du Rassemblement national (RN). « L’étrange partition du RN » titre Le Parisien, et pour Les Échos « le RN invente l’oxymore économique ». Couac ou chaos ? se demandent certains.
On parle encore de « grand écart » ou de « changement de pied sur la taxation des riches ». Le RN « fluctue » (France Info). Il faut dire qu’à l’Assemblée nationale, coincées entre leur tropisme antifiscal et leur affichage social, les troupes de Marine Le Pen ont fait du grand-n’importe-quoi lors de la discussion budgétaire à l’Assemblée avant de tomber le masque avec leur opposition à la loi Zucman.
Le RN commence par voter une taxe de 26 milliards d’euros sur les multinationales, contre l’avis de sa marionnette, Eric Ciotti, qui lui s’y est opposé. Puis il vote contre l’augmentation de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises. Puis il vote pour un élargissement de l’impôt minimum de 15 % sur les bénéfices des multinationales, un texte qu’il n’avait pas voté en commission, soit dit en passant. Puis il s’oppose à une augmentation de la TVA sur les produits de luxe alors qu’il avait voté pour en commission. Puis il vote pour la prolongation de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) mais s’abstient sur l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur les superdividendes. Puis il vote pour un alourdissement de la taxation sur les rachats d’actions mais, cerise sur le gâteau, il vote contre la taxe Zucman, alors qu’en février dernier, son abstention avait permis l’adoption de cette taxe.
Un comportement irresponsable, à l’image de ce groupe, bande de bras-cassés, qui prétend à la fois défendre le populaire et le milliardaire. La boussole de ces incompétents, c’est « la stratégie de la cravate », c’est-à-dire se forger coûte que coûte une respectabilité, objectif pas vraiment atteint en la circonstance. Mais dès qu’on gratte un peu le vernis, on retrouve leur vieille ADN d’extrême droite, leur vraie nature, celle de la haine de l’autre et du racisme, la preuve par leur vote pour dénoncer l’accord franco-algérien de 1968. Grâce hélas aux voix de la droite et à la complaisance des macronistes.
« Journée historique pour le RN », a aussitôt mugi Marine Le Pen après ce vote de jeudi dernier. Mais « qu’attendre d’autre d’un parti créé en 1972 par d’anciens membres de l’OAS ? », a lancé la députée écologiste Sabrina Sebaihi.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1061 du 5 novembre 2025.