La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping le 30 octobre dernier fut suivie de deux décisions importantes : la levée par la Chine de l’interdiction d’exportation de métaux rares vers les États-Unis et de surtaxes sur des produits américains et la décision de Trump d’abaisser de 20 % à 10 % la surtaxe douanière frappant les produits chinois. Ces mesures sont prises pour une durée d’un an.
Il s’agit d’un échec de Trump un an après son arrivée à la Maison-Blanche sur ce qui demeure le principal front de la réorientation de l’impérialisme étatsunien : concentrer ses efforts contre la Chine alors que cette dernière pourrait devenir officiellement la première puissance économique mondiale d’ici 2030 (en parité de pouvoir d’achat, la Chine est la première puissance mondiale depuis 2014).
L’organe central du libéralisme, The Economist, conscient de la réalité de la recomposition des rapports de force internationaux, note, le 25 octobre dernier : « La Chine est en train de gagner la guerre commerciale ». La réponse chinoise aux menaces proférées par Trump en avril de porter les droits de douane à 100 % en date du 1er novembre ne s’est pas fait attendre. Elle a restreint les exportations de 7 éléments de terres rares, nécessaires pour les composants électroniques et l’industrie automobile, puis instaurer, le 9 octobre dernier, une licence d’exportation. En réponse, un accord fut signé entre les USA et l’Australie le 20 octobre avec pour objectif de diminuer la dépendance étatsunienne envers les terres rares chinoises mais il faudra plusieurs années pour prendre réellement effet.
Parallèlement, l’offensive globale de l’impérialisme US sur les droits de douane, en s’en prenant à tout le monde, le met lui-même en difficulté (exception faite de la capitulation de l’UE, qui compte désormais pour quantité négligeable dans la reposition des rapports de force mondiaux). La tournée sud-asiatique de Trump a été un échec. Aucun accord global a été signé. Il convient d’ailleurs d’apporter notre solidarité à nos camarades du PC vietnamien qui ouvrent les travaux préparatoires au 14e congrès sous le signe de l’ « autonomie stratégique », c’est-à-dire sur la volonté de ne se laisser emporter dans aucun bloc et de viser à l’autosuffisance.
Alors, pour Washington, échec tactique ou échec stratégique ? Il est bon de rappeler la définition de ces termes dans le sens léniniste de ces termes. La stratégie couvre un système combiné d’actions qui, dans leur liaison et leur succession, comme dans leur développement, doivent amener à la réalisation d’un objectif, ici la reconstruction d’un impérialisme US menacé et contesté. La tactique est l’ensemble des moyens et des méthodes pour y parvenir, ici la guerre commerciale et industrielle. Ce n’est en réalité que la première manche qui s’achève, en attendant l’ouverture de la deuxième. La stratégie étatsunienne reste inchangée. La dernière édition de la stratégie nationale US dit : « La Chine est le ‘’défi structurant’’ (pacing challenge) : seule puissance à disposer à la fois de la volonté et des moyens (économiques, militaires, diplomatiques et technologiques) de contester la supériorité américaine, et de remodeler l’ordre international à son avantage. C’est désormais cet étalon qui constitue la mesure de la stratégie de défense, des structures de forces, des déploiements opérationnels des États-Unis. »
Du point de vue de Pékin, une pause est également bienvenue. Si la Chine a fait la démonstration qu’elle est prête à répondre là où cela fait mal aux attaques de Washington, elle doit également apporter des réponses aux importants déséquilibres internes du pays. C’est l’objet du 15e plan quinquennal qui a été débattu lors du 4e plénum du Comité central et qui sera adopté lors de la prochaine session de l’Assemblée nationale populaire. Il a pour objectif d’inciter à la consommation des ménages (elle ne représente que 40 % du PIB aujourd’hui, contre 70 % aux États-Unis et 55 % en Europe). Le gouvernement a par ailleurs annoncé une allocation inédite de 3 600 yuans (433 euros) par an et par enfant jusqu’à ses trois ans, pour résoudre le problème démographique. La manière dont ces déséquilibres et contradictions internes (pour un pays d’1,4 milliard d’habitants) vont pouvoir être résolus dans les prochaines années diront beaucoup des prochaines étapes du développement chinois et de leur nature.
Que retenir de cette séquence ?
Tout d’abord, le système Trump n’est pas un rouleau compresseur. Il rencontre d’importantes contractions et des résistances qui le force à passer des compromis tactiques.
Ensuite, face à lui, il n’y a pas un autre pôle structuré. Nous ne sommes plus dans un monde bipolaire. D’ailleurs, la Chine ne prétend nullement structurer un bloc : elle est en train de redimensionner et de revoir les modalités de la BRI (« nouvelles routes de la soie ») pour répondre à une partie des critiques qu’adressent les pays qui bénéficient de ce type d’investissement.
Enfin, cette pause est, par définition, provisoire. Les recompositions du capitalisme mondial, qui échappent en partie à l’emprise des États-Unis, amènent l’émergence d’un sud global qui, avec ses contradictions, met en avant non pas l’idée d’un bloc alternatif, mais celle du multilatéralisme. Là est le grand enjeu international de ces prochaines décennies. Est-ce que c’est une spirale de blocs, ou bien une dynamique multilatérale, qui va l’emporter ? Pour le PCF, une politique de paix implique une rupture avec la logique de blocs, qui est une logique de guerre, et une politique fondée sur le multilatéralisme et le respect du droit international.
Vincent Boulet
membre du CEN, chargé de l’international
Article publié dans CommunisteS, numéro 1062 du 13 novembre 2025.