L’enseignement supérieur et la recherche publique subissent de plein fouet la violence sans précédent des politiques néolibérales en cours depuis les années 80. L’impact est considérable car ce sont le fonctionnement et les missions mêmes de l’université qui sont transformés et menacés.
La concurrence règne avec pour moteur une marchandisation diversement déclinée. La part du privé a explosé depuis 2019. Le privé à but lucratif s’est emparé des champs de formation les moins présents dans le secteur public (comme les arts), profite du manque de place à l’université, de la déshérence des recalés de Parcours sup. « En défendant le « libre choix scolaire », l’idéologie inégalitaire évacue la question sociale. Pourtant le constat est partagé de contenus pauvres en savoirs théoriques mais aussi en savoir-faire, au bénéfice de « savoir-être » […] qui délégitiment les valeurs scolaires au profit de celles de l’entreprise ». Les étudiants sont comme les élèves, responsables de leurs réussites ou échecs et les entreprises de formation fort peu engagées !
Au nom de « l’autonomie », les universités sont mises en concurrence pour obtenir des financements, car la diminution drastique des ressources entraine une paupérisation inquiétante quant à leur fonctionnement.
La concurrence entre universités est renforcée par le classement de Shanghai qui établit une hiérarchie mondiale des universités, sur le modèle anglo-saxon privilégiant les sciences « dures ». Les financements sur appel à projet favorisent les plus gros laboratoires, les politiques d’excellence bénéficient davantage aux plus gros établissements, les financements privés attendent un retour rapide sur investissement et la pression économique pour professionnaliser les étudiants transforme l’offre et les contenus de formation en profondeur. L’esprit d’entreprendre est désormais requis pour qui veut travailler dans le supérieur.
Et dans ce contexte délétère, la chasse est ouverte pour éradiquer « l’islamo-gauchisme » et autre « wokisme ». Les libertés académiques, l’autonomie scientifique et pédagogique reconnues sur le plan législatif et constitutionnel, sont explicitement remises en cause par un nombre croissant de responsables politiques et de médias dominants (cf. l’annulation du Colloque sur la Palestine au collège de France).
Les articles de ce numéro de Carnets rouges ont une double vocation : décrypter les atteintes exercées par les pouvoirs politique et économique, tant sur les activités de recherche que sur l’offre de formation ; mais aussi participer, car là est sa raison d’être, à donner corps, par des propositions concrètes, à un projet politique qui promeuve une université démocratique, tant dans sa gouvernance que dans ses pratiques pédagogiques, une université qui mette la culture en partage, où la formation et la recherche, intimement liées, retrouveraient leur puissance émancipatrice. À l’heure de la post-vérité, c’est un combat majeur.
Christine Passerieux
Rédactrice de Carnets rouges
Carnets rouges, n° 35. Octobre 2025
Article publié dans CommunisteS, numéro 1063 du 19 novembre 2025.