Exposition Mumia, la plume et le poing - Allocution de Fabien Roussel

Publié le 14 novembre 2024

Mesdames, Messieurs,
Cher·ères camarades,
Cher·ères ami·es,
Vous qui êtes réuni·es ici par le plus beau des combats qu’il soit donné aux Hommes de mener, celui de la Liberté,
Bienvenue chez vous !

Ce soir, ce combat pour la liberté porte un nom, celui de Mumia Abu Jamal ; le nom « d’un homme libre dans le couloir de la mort » pour reprendre les mots de Bernard Birsinger, député-maire communiste de Bobigny et premier responsable politique français à lui avoir rendu visite dans sa prison, il y a 25 ans.

Le combat de Mumia, c’est celui d’une humanité qui ne se résigne pas ; c’est l’incarnation de l’espoir ; c’est celui de toutes les femmes et de tous les hommes qui veulent continuer de croire que la fatalité n’existe pas et que les réalités, même les plus terribles, peuvent être changées.

C’est pour cette raison qu’il transcende les peuples et les cultures et qu’il nourrit les luttes pour la liberté partout sur la planète, malgré l’enfermement et les murs de barbelés de sa prison américaine.

C’est aussi pour cette raisons que, chez nous, en France, dans chaque manifestation, son visage apparaît, au détour d’une pancarte ou d’un tee-shirt, d’un autocollant ou d’une affiche.

Après plus de 42 années d’incarcération, son visage a fait le tour du monde. Mumia est devenu le symbole de la lutte contre toutes les oppressions : économiques, sociales et raciales. Le symbole d’une lutte pour la vie, contre la peine de mort.

Comme le Che, comme Nelson Mandela ou Angela Davis, il incarne, au-delà de lui-même, l’innocence bafouée, la quête inlassable de justice, l’exigence combative d’Égalité et l’espoir vivant de la Liberté.

Mumia Abu Jamal, c’est l’alliance d’une plume acérée qui n’aura jamais renoncé à écrire malgré les chaînes et la condamnation à mort, celle d’un poing toujours levé malgré les humiliations et les mauvais traitements, celle d’une voix toujours vibrante malgré l’assourdissant silence de l’enfer carcéral dans lequel il a été plongé.

Mumia Abu-Jamal, ce sont aussi ces dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui, à travers le monde, se battent, parfois génération après génération, pour exiger sa libération.

Ce sont ces milliers d’organisations, de collectivités, d’associations, de syndicats, de partis politiques, de collectifs citoyens qui – au nom de leur humanité commune et de valeurs partagées – refusent d’abandonner cet homme à un sort pourtant scellé, conscients qu’ils perdraient alors bien trop d’eux—mêmes.

C’est aussi le cas du collectif français « Libérons Mumia » qui, depuis 1995, réalise un travail de mobilisation essentiel afin d’obtenir un nouveau procès.

C’est aussi le cas du Parti communiste français, de ses élues – je pense notamment à Ian Brossat qui lui a rendu visite en avril dernier –, et bien sûr du journal l’Humanité et du Mouvement de la Jeunesse communiste de France, engagés depuis plus de trente ans, aux côtés de Mumia pour dresser, avec lui, l’acte d’accusation d’une Amérique carcérale et raciste.

Camarades, ami·es de Mumia, d’où que vous veniez : ne nous y trompons pas.

C’est bien grâce à la pression internationale et au courage des organisations américaines toujours mobilisées que Mumia est, aujourd’hui, sorti du couloir de la mort. Sans elles, sans vous, nul doute qu’il aurait déjà été exécuté.

A l’image de Georges Marchais qui était intervenu avec succès auprès du Président Jacques Chirac pour qu’il plaide auprès des autorités américaines, la somme de toutes nos actions – si petites soient elles face à l’ampleur du système auquel nous nous attaquons - est LA garantie de la survie de Mumia Abu Jamal.

Elles continuent d’être la condition essentielle pour maintenir vivant l’espoir d’un nouveau procès et de sa libération.

Cette exposition participe de cette campagne mondiale toujours vivante et illustre le rôle que nous entendons toujours jouer.

Cette exposition que nous avons le plaisir d’accueillir, est le fruit de la collaboration féconde entre le Collectif français « Libérons Mumia » et les éditions Le Temps des Cerises. Vous y retrouverez plus de cinquante œuvres tirées du livre « Mumia, la plume et le poing » paru cette année.

Comme l’écrit Angela Davis, dans la préface de cet ouvrage que je vous recommande chaudement, l’art a joué un grand rôle dans la visibilisation et la popularisation du combat « de » et « pour » Mumia. Je salue d’ailleurs tous les artistes qui se sont engagé·es et s’engagent dans cette belle campagne.

Parce que l’art humanise, parce que l’art nourrit la capacité d’imaginer collectivement d’autres possibles, parce que l’art vient, par l’émotion, apporter à nos combats une dimension supplémentaire, intime, parce qu’il est comme l’écrit Mumia « un cri du coeur, une comète qui s’élève dans le ciel et déclare : voici un être humain » ; il n’y a pas – je crois - de plus bel, de plus utile, hommage à rendre à notre camarade injustement emprisonné que cette exposition.

J’espère qu’elle vous touchera au fond du coeur comme elle m’a bouleversé.

J’espère qu’à travers elle, la lutte que nous menons ensemble depuis si longtemps pour la libération de notre ami, de notre frère prendra, pour quelques instants ou pour l’éternité, une dimension nouvelle, esthétique, charnelle, plus incarnée que jamais.

Un dernier mot enfin, pour vous dire, l’importance de votre engagement, vous remercier pour l’énergie que vous déployez, pour votre force de persuasion qui a déjà permis de faire tant de miracles.

Nous devons faire plus encore car la santé de Mumia est fragile et sa vie est en danger.

Élu·es, associations, personnalités, le travail de conviction doit encore être amplifié. Les fédérations du PCF sont mobilisées et prêtes à accueillir cette exposition itinérante dans les prochains mois pour relayer au plus grand nombre son message de paix et ses révoltes, sa dénonciation sans ambages du capitalisme et des souffrances qu’il génère pour les peuples, ses combats contre le racisme et la peine de mort.

Cher Mumia, ami, camarade, tu peux compter sur nous.

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