Chères camarades,
Permettez-moi pour commencer d’excuser Fabien Roussel, qui a été empêché au dernier moment de se rendre à cette assemblée mais vous savez à quel point il accorde de l’importance à ce temps de travail collectif comme en témoigne son implication aux deux premières éditions.
Je tiens à dire à quel point cette Assemblée nationale des femmes est importante pour la direction nationale de notre parti, pour les fédérations. Notre assemblée rassemble aujourd’hui plus de 120 femmes de 40 fédérations.
Elle est importante politiquement, stratégiquement, et même vitalement.
Dans la période que traverse notre pays et le monde, penser ce que font les femmes, ce qu’elles subissent, ce qu’elles portent et ce qu’elles transforment n’est pas une question sectorielle : c’est une question de ligne politique, de stratégie de conquête majoritaire, et donc de direction du parti.
Votre travail d’aujourd’hui n’est pas un « à-côté » de l’activité nationale : il contribue directement à éclairer l’orientation générale du PCF.
En pensant à l'introduction de ce temps, il m’est venu trois points qui me paraissent absolument essentiels : sur le féminisme – lutte de classe ; sur le bloc social que nous voulons rassembler ; et sur la place des femmes dans notre organisation.
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Premièrement, face à l’extrême droite et à l’offensive capitaliste actuelle, notre féminisme – un féminisme de lutte de classe – est plus actuel que jamais.
A l’échelle internationale et nationale, nous sommes confrontés à une extrême droite en progression qui s’attaque aux femmes, à la fois comme femmes et comme travailleuses.
Cette extrême droite appuie une offensive internationale du capital pour une nouvelle étape du capitalisme que nous pouvons qualifier de néo-féodal, un capitalisme qui privatise le politique, réduit la démocratie, concentre le pouvoir économique, crée de nouveaux champs d’accumulation, et cherche à discipliner les corps et les vies pour augmenter le taux de profit.
La réalité de ce XXIe siècle, c’est Trump qui interdit le mot femme dans les communications de l’administration américaine et menace de sanctions les entreprises qui auraient des politiques d’égalité.
Ce sont aussi de nouveaux reculs sur des droits fondamentaux comme l’IVG. Ce sont encore des violences sexistes et sexuelles qui progressent dans nombre de lieux.
C’est le retour de pouvoirs autoritaires partout dans le monde qui veulent imposer un ordre patriarcal.
Dans cette configuration, l’égalité femmes-hommes n’est pas un supplément d’âme : elle est une des lignes de fracture essentielles.
Quand l’extrême droite veut renvoyer les femmes à l’ordre patriarcal, à la dépendance, à la précarité ; quand les grandes multinationales exploitent massivement les travailleuses dans les secteurs les plus féminisés ; quand les droits sexuels et reproductifs reculent dans le monde, c’est toute la perspective d’émancipation qui vacille.
C’est pourquoi le féminisme que nous portons, un féminisme ancré dans la lutte de classe, est plus que jamais d’actualité.
Il parle du salaire, des conditions de travail, du temps, du pouvoir d’agir, de la reconnaissance professionnelle, de la liberté réelle.
Il parle de la possibilité pour chacune et chacun de vivre une vie digne.
Il parle de la démocratie comme horizon concret.
Il parle d’une lutte des femmes, des travailleuses et de leurs alliés pour transformer toute la société.
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Deuxièmement, l’enjeu, je le disais, dans cette situation est de reconstruire un bloc social historique majoritaire et les femmes y ont une place centrale
Pourquoi reconstruire un bloc social historique majoritaire ? Parce que nous le savons le monde a changé et la classe ouvrière dans les formes dans lesquelles elle existait il y a des décennies s’est profondément transformé sous l’impact des politiques capitalistes.
Si nous disons que la tâche centrale du Parti est de reconstruire un bloc social, un bloc historique capable de devenir majoritaire, alors il faut regarder la réalité : les femmes sont au cœur de ce bloc.
Elles sont au cœur du salariat d’exécution, des métiers de la reproduction sociale, de la santé, de l’éducation, du soin, des services publics, du commerce, des entreprises de sous-traitance. Elles sont au cœur des privés d’emploi dans ces domaines, au cœur aussi de la jeunesse précarisée et des retraités modestes.
Elles sont au cœur des luttes contre l’exploitation, la précarité, au cœur des résistances et de l’alternative à construire.
Reconstituer une conscience de classe au XXIᵉ siècle, ce n’est pas répéter les formules du passé : c’est comprendre comment se situent aujourd’hui les acteurs et les actrices du bloc que nous voulons rassembler et savoir quel rôle ils et elles peuvent jouer pour faire grandir la conscience de classe. Et sur ce point, l’action des femmes est à mon sens plus centrale que jamais.
C’est pourquoi notre intervention féministe est un enjeu stratégique majeur.
Si nous voulons reconstruire un bloc social enraciné dans la société réelle, si nous voulons faire surgir un projet d’émancipation crédible et désirable, nous devons être capables de porter les enjeux féministes au niveau où ils se posent : celui de la transformation sociale et démocratique du pays.
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Troisièmement, cela a donc une conséquence directe : la place des femmes dans notre organisation
Cette analyse ne doit pas rester théorique.
Elle doit produire des conséquences dans notre propre organisation, à tous les niveaux.
Si les femmes sont au cœur du bloc historique que nous voulons rassembler, alors elles doivent être au cœur du Parti qui veut mener cette transformation.
Cela suppose :
• une lutte acharnée contre les violences sexistes et et sexuelles,
• plus de femmes dans les directions, plus de femmes élues à tous les niveaux,
• des responsabilités reconnues, stables et dotées de pouvoir réel,
• un fonctionnement qui lève les obstacles matériels à l’engagement,
• et une culture de parti qui valorise les apports, les pratiques, les luttes portées par les femmes comme nous le faisons aujourd’hui avec cette assemblée
Il ne s’agit pas de cocher des cases pour dire « regardez nous sommes féministes ». Il s’agit de cohérence stratégique.
Pour être le parti de l’émancipation, le PCF doit être exemplaire dans sa propre organisation.
Et cette Assemblée nationale des femmes est un moment pour avancer, proposer, décider.
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Chères camarades,
Le chemin que nous avons à parcourir est immense, mais l’exigence est claire : articuler le féminisme de lutte de classe, la reconstruction d’un bloc historique majoritaire, et la transformation de notre propre organisation.
C’est à ce prix que nous pourrons construire une alternative politique forte, crédible, offensive face à l’extrême droite et au capitalisme néo-féodal.
C’est à ce prix que nous pourrons ouvrir un nouvel horizon d’émancipation pour notre peuple.
J’ouvre ces travaux persuadés que votre apport fera progresser toute notre organisation.
Je vous remercie.
Igor Zamichiei,
Coordinateur du comité exécutif national du PCF