Ce jeudi 18 juin, les salarié·es des métiers de la presse se mobilisent à Paris à l’appel de l’intersyndicale pour alerter sur une hémorragie sociale qui menace directement le droit à l’information. Le Parti communiste français leur apporte son plein soutien.
Depuis mars, 638 suppressions de postes ont été annoncées dans la presse. Derrière ce chiffre, il y a des journalistes, des secrétaires de rédaction, des photographes, des maquettistes, des graphistes, des personnels administratifs, commerciaux, techniques, de distribution et d’impression. Il y a surtout une réalité démocratique : chaque emploi supprimé, c’est moins d’enquêtes, moins de vérification, moins de présence sur le terrain, moins de pluralisme, moins d’information utile aux citoyennes et aux citoyens.
Défendre la liberté de la presse en 2026, c’est continuer d’agir pour Christophe Gleizes, journaliste français emprisonné en Algérie, et pour tous les journalistes détenus, menacés ou poursuivis dans le monde pour avoir enquêté, rencontré leurs sources, documenté des conflits, révélé des atteintes aux droits humains ou simplement cherché à établir les faits.
Défendre la liberté de la presse en 2026, c’est aussi regarder en face les menaces qui pèsent sur l’information dans nos propres démocraties : concentration des médias, précarisation des métiers, pressions économiques, dépendance aux plateformes numériques, développement non encadré de l’intelligence artificielle.
Les choix de groupes financiers traitent l’information comme une marchandise ordinaire, par la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires, par la recherche permanente de rentabilité, par l’affaiblissement de la distribution et par la multiplication de statuts précaires qui dégradent les conditions de travail de celles et ceux qui produisent l’information.
Le PCF salue les combats menés par les organisations représentatives de la profession. Leur mobilisation rappelle une exigence simple : il n’y a pas de presse libre sans journalistes, sans rédactions, sans travailleurs et travailleuses de la presse protégés, reconnus, correctement rémunérés et indépendants. Il n'y a pas de presse libre sans distribution sur l'ensemble du territoire. A ce titre le PCF soutient la mobilisation des coopératives CPMM à Marseille et Oyé distribution à Lyon dont l'existence est indispensable à l'accès à la presse pour tous et partout.
Le PCF refuse que l’intelligence artificielle serve de prétexte à supprimer des emplois, à standardiser les contenus, à affaiblir les droits d’auteur, à menacer la protection des sources ou à remplacer le travail journalistique par des productions automatisées opaques. L’enjeu n’est pas de refuser l’innovation technologique, mais de garantir qu’elle ne se fasse pas au détriment de l’emploi, de la qualité de l’information, de la vérification des faits et de l’indépendance éditoriale. Une démocratie ne se renforcera jamais en remplaçant des journalistes par des algorithmes.
La liberté de la presse est aussi indissociable du combat pour l’égalité. Les femmes journalistes demeurent confrontées à des discriminations de carrière, à des violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’à un harcèlement massif lorsqu’elles prennent la parole dans l’espace public ou sur les réseaux sociaux.
Défendre les métiers de l’information, c’est aussi défendre l’égalité professionnelle, la dignité au travail et la protection de toutes celles et ceux qui exercent ce métier.
La liberté de la presse n’est pas un privilège accordé aux journalistes. Elle est un droit fondamental des citoyennes et des citoyens. Elle permet à chacune et chacun d’accéder à une information fiable, de se forger une opinion libre et de participer pleinement à la vie démocratique. Sans information libre, il n’y a pas de véritable délibération collective. Il n’y a pas de contrôle du pouvoir. Il n’y a pas de citoyenneté pleinement exercée.
Le PCF appelle le gouvernement à sortir du silence et à réunir sans délai une table ronde nationale avec les syndicats, les éditeurs, les représentants des rédactions, les parlementaires et les acteurs de la distribution. L’urgence est de stopper la casse sociale et de garantir les moyens d’une presse vivante, pluraliste et indépendante.
Nous proposons :
- un moratoire immédiat sur les suppressions de postes dans les groupes de presse ;
- une loi anti-concentration pour empêcher la mainmise des milliardaires et des groupes industriels ou financiers sur l’information ;
- la réorientation et le développement des aides à la presse vers les médias indépendants, les titres à faibles ressources publicitaires, la presse d’opinion, les médias locaux et associatifs via la création d’un fonds de développement d’une presse pluraliste, financé notamment par une contribution des GAFAM, qui captent une part massive de la valeur produite par le travail journalistique ;
- la garantie d’un financement pérenne, indépendant et suffisant du service public de l’audiovisuel, de l’AFP et des outils publics d’information ;
- la mutualisation et le renforcement des outils d’impression, de distribution et de diffusion afin d’assurer l’accès de toutes et tous à la presse sur l’ensemble du territoire ;
- une répartition des aides à la distribution pour consolider l'ensemble de la filière
- une mutualisation des livraisons de marchandises réglementées (pharmacie, librairie, tabac, jeux...) avec les flux de presse afin d'assurer la pérennité de la distribution
- la création d’un Conseil national des médias associant élu·es, professionnel·les du secteur, salarié·es et usager·es, chargé de garantir le pluralisme, la liberté d’information et l’indépendance des rédactions ;
- la présomption d'utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d'IA comme le propose la proposition de loi soutenue par nos parlementaires et un encadrement strict de l’usage de l’intelligence artificielle dans les médias : transparence des usages, accord collectif préalable, protection des emplois et des métiers, respect du droit d’auteur, protection des sources, contrôle humain obligatoire et interdiction de substituer des contenus automatisés au travail journalistique.
À l’heure où certains cherchent à discréditer systématiquement les médias, où les réseaux sociaux favorisent la diffusion massive de fausses informations et où les logiques économiques fragilisent l’indépendance de la presse, il est de notre responsabilité de réaffirmer avec force que l’information est un bien commun.
Soutenir les salarié·es de la presse aujourd’hui, ce n’est pas défendre une profession isolée : c’est défendre le droit de toutes et tous à une information libre, pluraliste, vérifiée et indépendante des puissances d’argent.
Parce qu’il n’y a pas de démocratie vivante sans presse libre.
Parce qu’il n’y a pas de presse libre sans journalistes protégé·es et indépendant·es.
Parce qu’il n’y a pas de République forte sans débat public éclairé.
Le Parti communiste français appelle ses militant·es, ses élu·es et l’ensemble des forces démocratiques à soutenir la mobilisation de ce jour et à faire de la défense de la presse un grand combat national.
Paris, le 18 juin 2026
Parti communiste français