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Bonjour à toutes et à tous,
Chers camarades,
Bon, autant vous dire que ce rapport a été rédigé ce matin pour tenir compte de ce qui s’est passé hier. Hier encore, nous avons discuté jusque tard avec quelques camarades — Stéphane Peu, avec qui j’ai passé la journée, et Cécile Cukierman également. Nous avons donc eu le temps d’échanger sur la situation afin de vous proposer ici quelques éléments d’analyse, de réflexion et de propositions.
D'abord, nous avons tous conscience que nous vivons une période de crise profonde et multiple, mais que celle-ci, en particulier, a des allures de farce tragique.
Tragique pour l’image et la crédibilité de notre pays à travers le monde ; tragique pour le pacte social qui rassemble la Nation depuis plus de 70 ans ; tragique pour nos concitoyennes et nos concitoyens qui souffrent d’une République confisquée et mise au service des ultra-riches.
Cette crise est d’autant plus profonde en raison de la nature même de cette Ve République, combattue par le PCF depuis le début et contre laquelle nous avons appelé les Françaises et les Français à voter « non » lors du référendum de 1958, pour les raisons qui conduisent aujourd’hui le président de la République à utiliser tous ces artifices pour concentrer les pouvoirs.
Cette République-là est aujourd’hui à bout de souffle. Malade du présidentialisme hors-sol dans lequel le président de la République, Emmanuel Macron, l’a enfermée ces huit dernières années ; malade d’un Parlement brutalisé, d’une démocratie sociale bafouée, d’une démocratie locale délégitimée et ignorée.
La désignation de Sébastien Lecornu comme Premier ministre, il y a un mois, puis une nouvelle fois hier soir, est révélatrice de cette déconnexion d’Emmanuel Macron d’avec la réalité et les attentes du pays ; révélatrice de leur volonté de protéger le capital envers et contre tout ; révélatrice aussi de la fragilisation politique du socle présidentiel et de l’isolement personnel du président de la République, dont 73 % des Françaises et des Français souhaitent le départ. Comme nous d’ailleurs.
La nouvelle nomination de Sébastien Lecornu hier soir est une gifle au peuple français, un bras d’honneur à la République. Emmanuel Macron s’assoit une nouvelle fois sur le résultat des urnes de juin 2024, comme sur les espoirs de changement de nos concitoyennes et concitoyens.
Alors que, depuis un an, les Françaises et les Français expriment, dans la rue et dans les urnes, une volonté forte de changement,
Alors qu’ils demandent des réponses concrètes face aux feuilles de paie qui n’augmentent pas, à la vie chère qui rend chaque mois plus difficile, aux problématiques d’emploi, d’éducation, de justice, de logement, de climat… le président de la République n’entend pas.
Le président de la République n’écoute pas. Il défend jusqu’au bout le monde de la finance, les privilèges des plus riches, les milliards d’euros de cadeaux fiscaux accordés et la vente à la découpe de notre modèle social, de nos services publics.
Je le dis, car il est important de nommer les responsables de la crise que nous traversons.
Car ce n’est pas la gauche qui porte la responsabilité de l’impasse institutionnelle et politique dans laquelle nous sommes. Certains voudraient le faire croire.
Ce n’est pas la gauche qui, en huit ans, a grevé le budget de l’État de centaines de milliards d’euros et détourné les richesses produites par les travailleurs au profit des 500 familles les plus riches de ce pays.
Dans chacun de nos gestes ces dernières semaines, nous avons, face à la crise, privilégié le dialogue constructif et la recherche de solutions.
Mais le président de la République a fait un choix clair ; celui de maintenir coûte que coûte son alliance avec la finance.
À l’Assemblée, avec ses députés, la semaine dernière, il a même fait le choix de l’alliance avec les forces de droite et d’extrême droite, pour empêcher la nomination de députés de gauche dans les instances.
Hier, lors de la rencontre à l’Elysée où nous avons réaffirmé, avec le Parti socialiste et les Verts, l’urgence de répondre aux attentes de changement par la nomination d’un Premier ministre de gauche, nous avons entendu un président de la République qui reste droit dans ses bottes, sûr du soutien de l’ensemble des forces du socle commun composé des députés Renaissance, du Modem, d’Horizon mais aussi des Républicains.
Nous verrons bien dans les jours qui viennent, dans les heures qui viennent, si cette majorité très relative est réelle ou pas. En tout cas, les discussions qui ont eu lieu hier autour de la table à l'Élysée ont montré que ce socle commun que défend le président de la République dans la réalité n'existe pas.
Avant de revenir sur cette réunion à l’Élysée, j’aimerais avec vous quand même valoriser ce qui a bougé dans la société, dans la bataille idéologique féroce qui se mène entre le monde du travail et la finance.
Et je voudrais le dire parce qu’il faut prendre conscience quand même de ces quelques points que nous avons su marquer, par exemple celui de l'abrogation de la réforme des retraites qui est toujours à l'ordre du jour.
C'est une victoire. Ils n'ont pas pu se débarrasser de ce sujet porté par les syndicats et l'intersyndicale et les forces de gauche. Il y a aussi le scandale des aides publiques accordées aux entreprises, ces fameux 211 milliards révélés par la Commission d'enquête qui, elle aussi, est au cœur de l'actualité, au cœur des discussions dans les entreprises, au cœur des débats, à la télévision, dans les repas de famille, partout. Ces 211 milliards se sont imposés comme un scandale. Nous en sommes à l'origine grâce à la commission d'enquête pilotée par Fabien Gay. C'est à revendiquer comme une victoire politique dans la bataille idéologique contre le capital.
Aujourd'hui, des mesures de fiscalité sur le capital telle que la taxe Zucman sont devenues presque incontournables.
C'est aussi une victoire idéologique à revendiquer, même si ce n'est pas une position que nous défendons, ayons en tête que les forces de résistance du capital contre toute mesure qui viserait à les taxer sont très organisées et que ces forces du capital feront tout pour empêcher la moindre mesure de taxation à leur encontre.
Enfin, il y a l’abandon du 49.3, qui est aussi une victoire à revendiquer. Nous avons été les premiers à le mettre dans le débat, et l’abandon du 49.3 permet de remettre le Parlement et ses élus au cœur des débats de l’actualité. Mais en même temps, cela remet en cause cette Constitution qui, au-delà du 49.3, contient encore beaucoup d’articles antidémocratiques.
Il faut saluer ces victoires idéologiques, acquises grâce au mouvement social ; grâce à l’intersyndicale, restée ferme sur ses revendications ; grâce aux luttes, aux grèves dans les entreprises ; grâce aussi au mouvement Bloquons tout, qui avait débuté ce mois de septembre.
Grâce également à notre travail — celui du Parti, de ses élus, de nos parlementaires et de toutes les forces de gauche.
Je le redis : les 211 milliards, c’est une victoire idéologique que nous avons gagnée.
La taxe Zucman a été votée à l’Assemblée grâce à l’initiative de la niche parlementaire des écologistes. La résolution sur l’abandon de la réforme des retraites à 64 ans, votée elle aussi majoritairement à l’Assemblée nationale, l’a été grâce à la niche du groupe GDR.
Il ne faut surtout pas sous-estimer toutes ces étapes, qui ont été autant de coups portés contre les forces du capital.
ll faut saluer ces avancées dans l’opinion, car elles contribuent à nourrir l’espoir du changement. Elles permettent de montrer les différences entre la gauche et les forces du capital. Elles valorisent aussi les mobilisations, le mouvement social, autant que le rôle des élus et notamment des parlementaires communistes, qui ont fait un gros travail sur ces différents sujets.
Et puis, parmi les choses qui ont bougé ces dernières semaines — je ne vais pas m’attarder dessus —, je voudrais aussi saluer la reconnaissance de l’État de Palestine.
Car enfin, le président de la République l’a déclaré, et avec toutes celles et ceux qui se sont mobilisés — notamment la jeunesse, mais aussi les forces politiques et associatives —, nous n’y sommes pas pour rien. Tout comme l’annonce d’un cessez-le-feu, qui vient enfin d’arriver à Gaza, même si tout cela reste fragile.
Nous aurons l’occasion, je l’espère, d’en parler cet après-midi, ainsi que de revenir sur la situation internationale, notamment la guerre en Ukraine.
J’en reviens à l’actualité nationale et à la nouvelle crise qui s’annonce, suite à la nomination de Sébastien Lecornu — Lecornu acte deux. La réunion d’hier à l’Élysée a permis de révéler les fractures du socle commun. Et rien ne dit que le nouveau Premier ministre disposera d’une majorité de non-censure issue de ce même socle, tellement les tensions sont grandes entre eux.
Ça va débattre tout le week end et on verra lundi comment ils se positionneront. L’objectif du Président en renommant un fidèle serviteur est d’avoir un gouvernement à sa main qui, dès lundi, pourra déposer un budget d’austérité en Conseil des ministres. À partir de cette date, les délais imposés par la Constitution courent. Ce qui fait que, si ce gouvernement était censuré et qu’il y avait une dissolution dans la foulée, dès la fin de semaine, il ne serait pas possible de remettre en cause ce budget déposé en Conseil des ministres, puisqu’une nouvelle Assemblée n’arriverait que mi-décembre et qu’à ce moment-là, il serait trop tard pour revoir la totalité de la copie.
C’est important d’avoir en tête la mécanique institutionnelle, qui fait qu’ils ont forcé le passage en nommant Lecornu pour avoir un gouvernement qui dépose un budget, puis que les délais courent. Qu’importe si cela se dissout dans la foulée.
Et donc, s’il y a une nouvelle dissolution, je veux quand même donner de l’espoir : ce sera pour faire élire une nouvelle Assemblée nationale dans laquelle il faudra qu’il y ait une majorité de gauche, afin de pouvoir mettre à l’ordre du jour, dès le mois de janvier, une loi de finances rectificative, un projet de loi de financement de la Sécurité sociale rectificatif, et corriger la copie qui aura été imposée.
Seule une victoire de la gauche et un nouveau gouvernement pourront décider de mettre à l’ordre du jour une loi de finance rectificative en début d’année pour corriger la copie.
Leur objectif est donc d’assurer un budget d’austérité quoiqu’il arrive.
L’objectif du Président, en nommant Lecornu et en faisant hurler la France, c’est donc d’abord d’assurer un budget d’austérité, quoi qu’il arrive.
L’autre point à retenir de la réunion d’hier, c’est celui de la réforme des retraites. Et c’est pour cela que je dis qu’il faut souligner ce qui a été fait depuis qu’elle a été imposée avec autant de brutalité à notre pays, il y a deux ans.
La réforme des retraites a été au cœur des discussions pendant ces deux heures de rencontre à l’Élysée. La réforme des retraites à 64 ans reste le détonateur de la crise politique dans laquelle se trouve le pays, par la manière dont elle a été imposée par le 49.3 et par la brutalité de cette réforme pour le monde du travail.
Cette réforme des retraites laisse une cicatrice ouverte, béante, parmi nos concitoyennes et nos concitoyens, et la plaie n’est pas refermée.
Hier, lors de la rencontre à l’Élysée, toutes les forces politiques ont été obligées de s’exprimer sur la nécessité — ou non — de remettre cette réforme à l’ordre du jour des débats du Parlement.
Les forces de droite y sont totalement opposées. C'est clair, c'est net.
Les autres forces du socle commun, Modem, Renaissance acceptent timidement qu’une éventuelle suspension soit discutée. Mais c’est très timide. Ils sont totalement coupés de la réalité et de ce que les Français attendent.
Dans une énième provocation au cours de la discussion, le président de la République, qui veut s’occuper de tout — y compris de ce que doit faire le futur Premier ministre —, a même essayé de négocier ce qui pourrait être une solution concernant cette réforme des retraites, en proposant de décaler légèrement l’âge de départ à la retraite à 63 ans, tout en respectant les contraintes qu’il impose aux finances publiques. Et donc, en disant qu’il faudra payer ce décalage en gelant les pensions de retraite des retraités d’aujourd’hui — ce qui est scandaleux et inadmissible.
En tout cas, Sébastien Lecornu, nouvellement nommé, sait qu’il va devoir traiter cette question. C’est le point d’achoppement : il va devoir la traiter.
Pour notre part, nous lui avons exprimé clairement la position des communistes et du groupe GDR. Nous demandons l’abrogation de cette réforme. À un an et demi de l’élection présidentielle, un gel de cette réforme ne provoquerait pas les effets attendus. Ils seraient trop minimes.
Aujourd’hui, l’application de la réforme, c’est 62 ans et neuf mois. Il y a un an, ce n’était pas la même. Aujourd’hui, elle est vraiment en route. C’est pour cela que nous demandons son abrogation, au regard des déclarations des différents groupes du socle commun.
C’est la raison pour laquelle notre première réaction hier soir a été d’appeler à la censure de ce nouveau gouvernement et à retourner aux urnes en poussant le président de la République à provoquer une nouvelle dissolution.
Nous avons d’ailleurs rappelé au président de la République hier que nous n’avions pas peur d’une nouvelle dissolution. Mais nous avons voulu montrer, par notre présence à l’Élysée, que nous étions déterminés à travailler à un changement de politique par la nomination d’un Premier ministre de gauche. Et nous lui avons dit clairement.
Nous avons donc dit : ou un Premier ministre de gauche, ou sinon nous ne croyons pas aux possibilités de changement attendues par les Français, et donc nous censurons. Et donc, hier, nous avons dit : nous censurons, et nous appelons à retourner aux urnes.
Ce choix, nous l’avons exprimé à l’issue de notre Comité exécutif de lundi où nous avions parlé des différents scénarios qui pouvaient se dérouler. C’est aussi le mandat que nous avons porté dès mardi matin, avec l’ensemble des forces de gauche et écologistes, qui appelaient elles aussi à la nomination d’un Premier ministre de gauche.
Je refais le film de cette semaine.
C’est le sens du communiqué signé avec nous par le Parti socialiste, Les Ecologistes, GRS, l’Après, Génération Ecologie, Debout et des représentants de la société civile dont Lucie Castets.
Vous avez vu aussi que, cette semaine, le choix d’appeler d’abord à la nomination d’un Premier ministre de gauche n’a pas été celui défendu par la France Insoumise, qui, depuis lundi, refuse les rencontres à Matignon et privilégie d’abord, surtout et uniquement, une procédure de destitution.
Procédure de destitution qui, d’ailleurs, a avorté, puisqu’elle n’a pas obtenu la majorité au bureau de l’Assemblée nationale.
Et donc, aujourd’hui, ils demandent la démission du président de la République.
D’ailleurs, la démission du président de la République est attendue par tout le monde : elle est majoritaire chez les Français, elle est forte, et nous partageons aussi cette attente.
Qu’il parte en 2027 ou qu’il parte dans six mois, si on peut gagner un an, tant mieux!
Surtout, il nous faut mesurer la grande lassitude des Françaises et des Français devant ce cirque auquel nous assistons. C’est ce que j’ai dit en commençant : c’est tragique. Il y a de la colère, mais il y a aussi de l’inquiétude, de la lassitude.
Il y a aussi beaucoup de dégoût de la politique.
Car si il y a un rejet d’Emmanuel Macron , il y a aussi un grand rejet de la politique, de tous les politiques, y compris nous.
Nous sommes tous mis dans le même sac.
Et c’est bien pour cela que nous devons expliquer en quoi nous ne sommes en rien responsable de ce chaos. D’abord, comme je l’ai dit au début, avec l’ensemble des arguments que j’ai développés, nous ne sommes en rien responsables des choix qui sont faits.
Nous les dénonçons et montrons, au contraire, que nous avons tout fait pour trouver des solutions avec les Françaises et les Français. Avec eux et pour eux, et à chaque fois en pointant la responsabilité de la finance et du capital.
À chacune de nos expressions, ces derniers jours, nous avons voulu associer la perspective de changement politique à des mesures fortes et concrètes pour nos concitoyens.
À chaque fois, nous avons rappelé que, si la gauche était nommée, nous mettrions à l’ordre du jour, tout de suite, la hausse des salaires, la hausse des pensions, les investissements pour les services publics, la justice fiscale et la justice climatique.
À chaque fois, nous avons voulu associer le Parti communiste français et la gauche à des mesures qui vont changer la vie des Françaises et des Français.
À chaque fois, nous faisons appel à l’intervention des Français, aux mobilisations pour ne pas s’enfermer dans la délégation de pouvoir.
Malheureusement, la culture médiatique de notre pays ramène tout à des débats politiciens. Il est difficile d’en sortir.
Nous devons tout faire pour nous en éloigner et rester concentrés sur les attentes de changement exprimées par la très grande majorité des Françaises et des Français.
C’est pourquoi dans cette période où il est bien difficile de trouver les mots justes, nous devons chercher à chaque fois le moyen de garder de la hauteur et de représenter, pour nos concitoyens, l’image d’une force politique utile, honnête, responsable, organisée et proche d’eux.
Nous devons pointer la responsabilité immense des forces du capital qui, comme dans les années 30, feront tout pour briser le monde du travail et empêcher toute mesure de progrès social. Nous les voyons à l’œuvre tous les jours et aujourd’hui, elles sont prêtes à tout pour garder leurs privilèges, leur patrimoine mais aussi pour remettre en cause totalement notre modèle social et mettre la main sur les centaines de milliards qui leur échappent encore.
Écoutez, à chaque fois, les commentaires de Jordan Bardella jusqu’à Gabriel Attal. Ils sont alignés là-dessus, pour supprimer les cotisations, pour attaquer la Sécurité sociale et notre modèle social. Et, en cette année de célébration du 80ᵉ anniversaire de la Sécu, il faut le mesurer et pointer ces questions-là.
C’est pourquoi la décision de nommer, une nouvelle fois, comme Premier ministre Sébastien Lecornu symbolise tellement cette volonté de les protéger et de remettre en cause notre modèle social. C’est violent car cela renvoie également l’image d’un Président qui maintient contre vents et marée un cap politique que les Français rejettent massivement.
Et quand nos concitoyens, pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, vont découvrir ce choix de renommer Lecornu, cette décision va paraître pour tout le monde scandaleuse, inacceptable.
C’est une nouvelle impasse, un énième recul, avec le grand saut vers une dissolution désormais inéluctable, car nous ne voyons pas comment, ni par quels chemins, ce gouvernement réussira à construire un accord de non-censure.
Et entre ceux du socle commun qui hésitent à le censurer tout de suite et ceux qui, à gauche, annoncent qu’ils le censureront, il faut véritablement se préparer à une dissolution qui peut intervenir de manière très proche.
Ça peut être ou dès lundi ou la semaine prochaine ou dans quinze jours, mais c'est très proche. Donc on va faire comme si c'était demain. Je vous propose qu'on travaille dans ce sens là, ça va nous faire gagner du temps. En tout cas, un accord de non-censure, c'est clair, ce sera sans nous. Nous devons donc nous préparer, comme nous le faisons depuis quelques semaines, à cette dissolution et c'est ce que je vous propose.
Cette dissolution qui engage l’avenir du pays et la vie de notre Parti, il faut nous y préparer. Quelle arrive cette semaine ou dans les prochaines semaines. En responsabilité. Avec toute l’énergie et l’ambition nécessaire. Lucidement. Pragmatiquement.
D’abord, en prenant conscience, en tout premier lieu, de la menace de l’extrême droite et de l’accélération de la recomposition du pays, à droite et à l’extrême droite.
Vous avez vu ce qui se passe dans le Tarn-et-Garonne ?
Conscients aussi des 140 députés dont dispose déjà l’extrême droite, mais également des 100 circonscriptions où, il y a un an et demi, ses candidats ont fait plus de 45 %.
Cela en fait donc 250 où ça pèse.
Conscients aussi des rapprochements de plus en plus clairs d’une partie des Républicains avec le parti de Marine Le Pen — rapprochements qui s’accélèrent —, et ils vont tout faire pour nouer des alliances, des deals, comme ils le font dans le Tarn-et-Garonne.
Lucides aussi sur la capacité de l’extrême droite, en cas de dissolution, à trouver les conditions d’une majorité à l’Assemblée lui permettant de gouverner. Les appels sont déjà lancés par Marine Le Pen.
Face à ce danger, le Parti communiste français a un rôle décisif à jouer, avec d’autres, pour permettre l’émergence d’une majorité populaire, positive, fondée sur des contenus de rupture, et créer ainsi les conditions de la victoire de la gauche, comme nous l’avons voté lors de notre Conférence nationale.
Notre démarche de rassemblement s’adresse au monde du travail et à toutes les forces de gauche.
Elle doit s’appuyer sur les luttes, sur la mobilisation des forces syndicales et associatives.
Elle doit aussi dépasser les obstacles au sein de la coalition du Nouveau Front populaire, qui empêchent la gauche d’être majoritaire. C’est l’analyse que nous avions faite lors de notre Conférence nationale.
Nos objectifs — je l’ai redit, je les réaffirme — en cas de dissolution sont au nombre de trois :
- Empêcher le Rassemblement national et l’extrême droite d’accéder au pouvoir.
- Faire gagner la gauche.
- Renforcer le Parti communiste français en France et à l’Assemblée nationale avec un groupe de 15 députés communistes.
Pour mettre en œuvre ces objectifs, nous ne partons pas de rien.
Nous devons pouvoir nous appuyer sur notre implantation territoriale dans tous les départements de notre pays, ainsi que sur la situation qui existe dans chacun de ces départements.
Les communistes attendent également, et ils le disent, que nous tenions compte de la mauvaise expérience vécue en 2024, qui, au nom de l’Union et de l’Union sacrée, nous a imposé un accord réduit à 50 circonscriptions.
Nous n’en voulons plus.
La dernière Conférence nationale a été claire sur ce sujet
Les communistes, très majoritairement, ne veulent pas d’un nouvel accord à 50 circonscriptions qui réduirait notre influence et nous permet pas de gagner des députés communistes.
Et c’est pour cela que nous devons nous fixer l’objectif d’en gagner.
C’est la raison pour laquelle nous voulons discuter avec les forces politiques qui sont ouvertes à cette démarche et à ces objectifs.
Mais aussi — et je rajoute un dernier point — en liant élection nationale et élections locales.
Car, pour atteindre les objectifs que nous nous fixons, nous voulons tenir compte des élus locaux et des élections municipales.
Parce que nous disons depuis des mois que ces élections locales sont très importantes pour la France, pour nos concitoyens et aussi pour le Parti communiste français.
Nous affirmons donc qu’il est essentiel pour la gauche de gagner les élections législatives et les élections municipales, sans faire l’impasse sur l’une ou l’autre de ces échéances.
Depuis la rentrée de septembre dernier, nous avons multiplié les déclarations dans ce sens.
Nous avons appelé au rassemblement de la gauche, à la construction de candidatures à la base, dans les départements, en tenant compte des enjeux locaux, des mobilisations, des rapports de force.
Dans le même temps, malheureusement, la France Insoumise a été claire dans son refus de toute remise en cause de l’accord du NFP de juin 2024. Pour eux, c’est le NFP, rien que le NFP, tout le NFP et le même accord. De même, ces dernières semaines, la France Insoumise et le Parti socialiste multiplient les déclarations, refusant de travailler ensemble et mettant fin à la perspective d’un accord des quatre forces principales du NFP.
Il n’y aura pas d’accord des quatre forces principales du NFP, en raison de leur refus assez fort de travailler ensemble et de signer un accord. Cela implique donc pour nous, par principe de réalité, de promouvoir une nouvelle démarche s’adressant à tous, partant du local jusqu’au national, garantissant la victoire de la gauche et l’échec de l’extrême droite. C’est donc un appel à la responsabilité de toute la gauche que je lance, pour que nous trouvions ensemble, et en lien avec le local et les départements, les meilleures candidatures, les meilleures constructions politiques pour affronter les nouvelles élections législatives et les municipales dans quatre mois.
Les instances de notre parti, le CEN comme le CN, qui aujourd’hui se réunit, seront, comme nous l’avons fait en 2024, convoquées autant de fois qu’il le faudra pour faire le point sur ces discussions. Depuis plusieurs mois, et sur la base du mandat de la Conférence nationale, le secteur Élections mène, en lien avec les fédérations, un travail préparatoire sur ce sujet. Pierre Lacaze et Cécile Cukierman, qui y travaillent, interviendront dans le débat pour vous dire où nous en sommes.
En tout cas, ce travail doit être accéléré pour être finalisé rapidement d’ici la fin de la semaine prochaine. Et s’il y a une dissolution avant, il faudra être prêts.
Un dernier mot pour vous dire que, dans ce calendrier et sans savoir ce qui va se passer, nous travaillons au prochain Conseil national, qui se tiendra le 22 novembre, et nous proposons que ce Conseil national soit délocalisé.
Oui, s’il y a dissolution et des élections législatives le lendemain, bien sûr, nous changerons de braquet. Il faudra un peu de souplesse. Mais nous travaillons dans la perspective de tenir une séance délocalisée à Marseille.
L’objectif d’un CN délocalisé, c’est de pouvoir organiser un meeting à ce moment-là, dans les Bouches-du-Rhône. Un grand meeting du Parti communiste français, afin d’avoir, à ce moment-clé de la vie politique, une expression forte.
Et mettre dans le débat politique les combats que nous menons pour la paix, pour le monde du travail, pour la justice sociale. Il faut que nous puissions nous exprimer fortement, et autrement que dans les médias, en montrant aussi que nous sommes une force implantée dans tout le pays et que nous avons beaucoup de choses à dire aux Français.
C’est donc une proposition que nous faisons, et qui, bien sûr, s’adaptera en fonction des suites de la dissolution ou non.
Voilà ce que je voulais vous dire ce matin, pour apporter un peu de propositions et de réflexions à nos échanges. Je nous souhaite une bonne journée de travail, la plus studieuse possible, en espérant faire converger au maximum les points de vue, sachant qu’il n’est pas évident de travailler dans des conditions où tout bouge à chaque instant.
Merci à vous.