1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
1/7 juin 1936 (22) Les accords de Matignon
Cette première semaine de juin 1936 est exemplaire. Alors que de jour en jour le mouvement de grèves se développe, mobilise des centaines de milliers de travailleurs, la semaine s’ouvre (ou presque) sur la constitution du gouvernement Blum et se conclut sur les accords de Matignon.
On assiste dans le même temps à une mobilisation sociale sans pareil et à une transformation du paysage politique et sociale absolument radicale. Ces deux dynamiques se confortent, s’épaulent, s’encouragent l’une l’autre.
Chaque jour de la semaine, l’Humanité titre sur le nombre de nouvelles grèves victorieuses. « Dans l’ordre, pour le droit syndical, pour le pain : 35 victoires, 200 entreprises en grève » (3/6) ; « 200 000 travailleurs défendent leur pain. 80 victoires nouvelles. Le mouvement s’élargit encore. » (4/6) À Renault, un premier mouvement avait contraint le patron à faire des promesses et le travail avait repris ; mais comme la direction ne tenant pas ses engagements, les 33 000 ouvriers de Renault reprennent la lutte. « Victoire à Gennevilliers ! », « Victoire à Nantes ». C’est un vrai feu d’artifices de victoires.
Au point que le 5 juin, le quotidien communiste accorde trois colonnes en Une à l’annonce de la formation du premier gouvernement de Léon Blum (la veille) et quatre colonnes aux luttes sociales (« 500 000 grévistes en France »). Le nouveau gouvernement comprend trois femmes dont Irène Joliot-Curie (sous-secrétaire d’État à la Recherche). Vincent Auriol est aux Finances, Roger Salengro à l’Intérieur, Jean-Baptiste Lebas au Travail, Édouard Daladier à la Défense nationale, Pierre Cot au ministère de l’Air, Jean Zay à l’Éducation, Léo Lagrange aux Loisirs et au Sport. Notamment. Il s’agit de responsables socialistes et radicaux. Le PCF soutient sans participer. Édouard Herriot est président de la Chambre et Jacques Duclos vice-président. Le gouvernement obtient la confiance : 384 voix contre 210.
Des négociations tripartites - CGT, patronat, gouvernement - aboutissent le dimanche 7 juin aux Accords de Matignon : reconnaissance de la liberté syndicale, élections des délégués du personnel, signatures de conventions collectives, semaine de travail de 40 heures, deux semaines de congés payés, augmentation générale des salaires (7 à 15 % de hausse).
Au Parlement, les communistes déposent une proposition de loi pour taxer les grosses fortunes. De premiers changements ont lieu dans l’appareil d’État. Jean Tannery, gouverneur de la Banque de France, « créature des 200 familles », est « remercié ». Au ministère des PTT, Georges Mandel, « l’homme des châtelains médocains », est parti sous les quolibets, son départ a été salué par une vibrante Internationale.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1089 du 3 juin 2026.