Je nous souhaite une année au service de la paix. Parce que ces premiers jours de 2026 nous donnent une idée de la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés, et nous obligent à porter ce flambeau de l’internationalisme pacifique plus haut et plus visible que jamais.
Alors, vous le savez, dans la nuit du 2 au 3 janvier dernier, et c’est comme ça qu’a commencé l’année, une offensive militaire américaine, décidée par l’administration Trump sans même l’aval du Congrès, a visé le Venezuela, engageant dans cette attaque plus de 150 appareils militaires : avions de chasse, avions de reconnaissance, drones, hélicoptères. 78 personnes ont trouvé la mort dans cette opération, dont des civils, pour kidnapper le président Maduro et son épouse, elle-même députée. C’est un véritable acte de guerre perpétré par la première puissance de l’OTAN contre un État souverain.
Je souhaite réadresser à nouveau, et au nom de l’ensemble des communistes français, notre solidarité la plus totale au peuple vénézuélien. Et ce peuple vénézuélien est le seul souverain légitime, et il n’appartient donc qu’à lui-même, hors de toute ingérence étrangère, de décider de son avenir. Le Parti communiste français, comme de nombreuses forces progressistes à travers le monde, a immédiatement et fermement condamné cette violation insupportable de la souveraineté du Venezuela, du droit international, de la Charte des Nations unies et du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Je salue à ce titre les déclarations très importantes du Parti de la gauche européenne, mais aussi de la Confédération syndicale internationale et de la Confédération européenne des syndicats. Cette agression militaire achève l’entreprise de déconstruction méthodique de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale, engagée il y a maintenant plus de 30 ans. Elle ouvre en grand la porte à toutes les ingérences, à tous les interventionnismes armés, et place la force brute et la puissance militaire comme nouvelle et seule arbitre des relations internationales, au Venezuela comme en Ukraine, ou comme ce fut le cas en Libye, en Afghanistan, en Irak.
Rien ne saurait justifier une agression militaire étrangère contre un pays souverain, encore moins une opération de changement de régime par la force. Toutes les tentatives en ce sens n’ont abouti qu’à la guerre civile, au chaos, à des déstabilisations régionales et mondiales de plus grande ampleur encore.
Avec Donald Trump, la doctrine Monroe est devenue la doctrine Donroe, comme il le dit lui-même. Cette doctrine, définie au début du 19e siècle, fixe comme objectif aux États-Unis de prendre la main politiquement, militairement, économiquement sur le continent américain, de l’Alaska à la Terre de Feu, et aussi de renvoyer chez eux les Européens qui étaient, à l’époque, présents sur ce continent à travers de nombreuses colonies.
Trump affirme clairement son intention de la mettre en œuvre, de la réactualiser, pour mettre la main sur les richesses, sur le pétrole, les terres rares, je pense au Groenland, de ce continent, par la force, et la colonisation de pays qui ne se soumettraient pas.
Lors de sa conférence de presse du 03 janvier, hallucinante à bien des points de vue, le président américain a clairement affirmé que les États-Unis entendaient diriger politiquement le Venezuela, jusqu’à ce qu’un gouvernement conforme aux intérêts américains soit établi, et qu’il s’apprêtait à s’approprier l’exploitation du pétrole vénézuélien pour le bénéfice des grandes entreprises pétrolières américaines. Tous les jours, de nouvelles déclarations confirment que ce projet est à l’œuvre. C’est le grand retour des protectorats qu’on pensait relégués dans les poubelles de l’Histoire.
Cette agression poursuit ouvertement un objectif clair : l’accès aux ressources énergétiques du Venezuela, qui dispose, chacun le sait, des premières réserves de pétrole au monde. Elle se situe clairement dans le cadre de la guerre de l’énergie que Donald Trump entend mener au monde, au profit des seuls intérêts des grandes compagnies pétrolières américaines et des grandes fortunes américaines. L’administration américaine en a fait une priorité stratégique. Et cette question de l’énergie, je l’ai déjà dit ici, elle est centrale dans tous les conflits qui s’exercent depuis plusieurs années sur la planète.
La guerre par procuration contre la Russie, alimentée par les États-Unis, a conduit à la fin des importations de gaz russe et à une augmentation énorme du prix de l’énergie en Europe et en France. Elle a surtout permis aux États-Unis de faire commerce de son GNL et de gagner beaucoup d’argent. L’Europe et la France, tout particulièrement, doivent prendre la mesure de la relation de dépendance énergétique qui les tient désormais aux exportations de brut et de GNL américains : il y a là une question majeure de souveraineté.
Elle est pour nous centrale et sera placée au cœur des prochaines élections présidentielles, car elle est et elle sera déterminante pour reconstruire la France et garantir l’exercice de notre liberté, de notre souveraineté. Elle sera aussi, je le précise, au cœur d’un prochain débat au Parlement, ça commence par le Sénat, sur l’exploitation des ressources pétrolières de la Guyane, comme par hasard.
De l’aveu même de Donald Trump, c’est donc bien l’accaparement des immenses ressources du continent américain qui est la cause de cette intervention, et non les prétendues accusations de narco-terrorisme à l’encontre du président Maduro, des accusations largement relayées par les médias, y compris français à l’issue de l’opération. Une partie des éléments de langage a déjà disparu de l’acte d’accusation.
Dans cette même conférence de presse, et le lendemain sur une grande chaîne américaine, les propos de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, sont de plus venus alimenter les craintes que nous pouvions nourrir sur le fait que cette agression américaine contre le Venezuela s’inscrit dans une logique d’escalade régionale la plus large, dans laquelle Cuba, qui a été réinscrite par Trump sur la liste des États sponsors du terrorisme, pourrait être la prochaine victime. Le Mexique, la Colombie ont eux aussi fait l’objet d’intimidations violentes et directes.
Je rencontrerai aujourd’hui, avec une délégation du Parti, l’ambassadeur de Cuba, la représentante de la République bolivarienne du Venezuela. Je leur réaffirmerai notre solidarité, pleine et entière, avec l’ensemble des peuples sud-américains et ceux de la zone Caraïbe, confrontés à une logique impérialiste brutale qui menace leur souveraineté, mais aussi la paix mondiale.
Pour la France, cette déstabilisation des pays de ce continent, de l’Amérique latine, inquiète également les élus et les citoyens des territoires français présents dans cette zone : la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, mais aussi la Guyane, toute proche du Venezuela.
J’ai échangé sur ce sujet avec Jean-Victor Castor, député de Guyane, et qui nous alerte sur les conséquences d’une déstabilisation du Venezuela. Il nous alerte sur les enjeux en Guyane, où se trouve notamment la base de lancement spatiale française. Il y a quelques mois, il y avait aussi Soyouz, mais il nous alerte aussi sur les enjeux énergétiques et les immenses réserves de pétrole au large de la Guyane, aujourd’hui non exploitées par la France du fait de la loi Hulot, qui a été votée en 2017-2018, que le gouvernement met à l’ordre du jour pour la faire sauter, afin de pouvoir exploiter ces réserves de pétrole qui existeraient donc dans notre espace maritime.
Bref, les enjeux sont donc importants pour la France. Plusieurs centaines de millions de nos compatriotes vivent dans cette région. C’est pourquoi la déclaration du président de la République, dans les heures qui ont suivi l’agression américaine du Venezuela, était d’autant plus honteuse, scandaleuse de soumission et de vassalisation. La France est devenue le cinquante-et-unième État des États-Unis. Le seul pays dont la déclaration du président de la République a été retweetée par la Maison-Blanche, c’est peu dire.
Cela s’ajoute aux dernières ingérences de Trump vis-à-vis de notre pays, telles que l’interdiction de visa à Thierry Breton, telles que les menaces exercées contre des juges qui pourraient prendre une sanction contre l’extrême droite et Marine Le Pen, contre un magistrat français, qui siège au sein de la CPI, la Cour pénale internationale.
Tout ça est extrêmement grave à l’encontre de notre nation, de notre pays, et venant des États-Unis, n’a fait l’objet d’aucune réaction proportionnée de la part de la France. Avec Macron, la France est devenue un paillasson devant Trump. Et la goutte d’eau, c’est cette déclaration à l’issue de l’agression contre le Venezuela, où le président de la République appelle seulement à une transition pacifique.
Comment être crédible face à l’administration américaine ? Comment résister face à ces menaces d’annexion du Groenland, prochain territoire mis sur la liste ? Car les menaces formulées sur le Groenland sont aussi une intimidation et un message clair adressés à l’ensemble des pays d’Europe. Personne n’est à l’abri.
America First n’a pas d’alliés, mais seulement des vassaux. Le Groenland intéresse Trump pour ses terres rares : il fera tout pour les obtenir. Quelle sera la réaction de la France, de l’Europe ?
Tout cela confirme encore plus que la France ne peut plus, ne doit plus participer à l’OTAN, à son commandement militaire, et rester alignée sur un pays qui n’est plus aujourd’hui un allié, avec cette administration au pouvoir.
La tradition pacifiste et internationaliste qui a toujours été la nôtre doit vivre avec plus de force que jamais. Le peuple vénézuélien a besoin que s’exprime cette solidarité internationale, seule à même de faire bouger les lignes et de construire les conditions de la paix.
Alors que les premiers rassemblements se sont tenus le week-end dernier dans plusieurs villes de France, alors qu’un grand rassemblement se tiendra cet après-midi même à Paris, dans le cadre d’une journée mondiale de solidarité, à laquelle nous avons appelé et à laquelle nous participerons, nous appelons bien sûr à multiplier partout les actions de solidarité avec le peuple vénézuélien.
J’appelle nos concitoyens aussi à ne pas tomber dans le piège qui leur est tendu, et qui prend la forme d’une campagne médiatique et politique orchestrée depuis les États-Unis, dont l’objectif vise à concentrer le débat sur la nature du régime vénézuélien, et ne jamais poser la nature réelle de l’agression américaine.
La question qui est posée, la seule, c’est celle de l’usage de la force contre un pays, un pays souverain. C’est celle de la capacité des nations à vivre pacifiquement les unes avec les autres, et aucune autre question n’est à poser. C’est pour cela que nous participons à toutes les initiatives de solidarité, et que nous serons de toutes les actions de solidarité avec le peuple vénézuélien.
L’intervention au Venezuela aura aussi, bien sûr, des impacts sur la politique nationale : sur la question de la politique énergétique, j’en ai dit un mot, mais aussi sur le budget militaire, sur l’appel à la stabilité, sur l’appel à voter un budget. Il nous faut, sur ce point, et notamment sur la question du budget militaire, mesurer collectivement les discours auxquels nous aurons à faire face dans les semaines qui viennent.
Emmanuel Macron a ainsi confirmé cette semaine, et là je parle du budget de la guerre et de l’Ukraine, avec la réunion à Paris de la coalition des volontaires, son choix de l’escalade militaire avec la Russie. Des milliers de nos soldats pourraient être déployés sans aucun mandat de l’ONU, dans un pays en guerre, mettant en confrontation directe des puissances nucléaires.
Encore une fois, comme c’est le cas depuis le début du conflit en Ukraine, Emmanuel Macron s’aligne totalement derrière les volontés américaines d’un conflit par procuration, au bénéfice du complexe militaro-industriel des États-Unis, et condamne toute perspective de paix durable sur le continent.
Je rappelle que dans l’accord entre les États-Unis et l’Union européenne, il est prévu que l’Union européenne achète pour 100 milliards de dollars d’armes aux États-Unis pour soutenir l’Ukraine. C’est comme ça que nous alimentons l’industrie militaire américaine.
Mais là, on passe une étape supplémentaire : l’envoi de troupes au sol, anglaises, françaises, la mobilisation d’une coalition de pays de l’Union européenne et de l’OTAN, je pense à la Turquie, va conduire les pays qui auront des soldats sur le sol, dont la France, inévitablement, à réagir en cas d’attaque contre leurs soldats, contre nos soldats, et à entrer en guerre contre la Russie. C’est l’engrenage de la guerre, exactement comme cela s’est produit pour déclencher la Première Guerre mondiale.
Cette présence au sol, prévue et annoncée par le président de la République, et la possibilité de réagir en cas de violation du cessez-le-feu ou d’agression de la part de la Russie, cette possibilité, elle est appelée « Backstop », dans la déclaration de Paris et dans l’accord signé avec l’Ukraine. Vous allez en entendre parler, mais à chaque fois que vous entendrez parler de « Backstop », cela signifie la possibilité pour la coalition des volontaires de réagir militairement à toute agression, toute violation du cessez-le-feu.
Cette possibilité, ce n’est ni plus ni moins que la mise en œuvre de l’article 5 du traité de l’OTAN au service de l’Ukraine. C’est donc extrêmement grave, et ça constitue un pas vers un embrasement du conflit, et vers une troisième guerre mondiale avec des puissances nucléaires. Est-ce là ce que nous voulons ? Est-ce là l’avenir que nous réservons à nos enfants pour cette nouvelle année 2026 , où beaucoup d’entre nous présentent leurs vœux ?
Et c’est ce que j’ai pu dire au président de la République avant-hier à l’Élysée, lorsqu’il nous a rencontrés, en présence de Cécile Cukierman, de Stéphane Peu, et de l’ensemble des autres forces politiques représentées au Parlement. Nous avons été plusieurs, d’ailleurs, à faire un parallèle entre ce « Backstop » et la possibilité d’intervenir, sur le fait que ça correspondait à la mise en œuvre de l’article 5 du traité de l’OTAN. Et beaucoup d’autres ont donc interrogé le président de la République sur la mesure, la proportion de la réaction de la France en cas d’agression, à quel niveau, dans quelle proportion, est-ce que c’était écrit.
La seule réponse du président de la République, c’est de laisser planer l’ambiguïté stratégique, parce que c’est au nom de cette ambiguïté qu’on peut faire peur aux Russes.
Lors de cet échange avec le président de la République, plutôt qu’une coalition des volontaires pour la guerre, nous avons défendu l’idée d’une coalition des volontaires pour la paix. Nous avons appelé à l’unification d’une coalition, d’un rassemblement de pays, pouvant aller jusqu’aux pays du Sud global, eux aussi inquiétés par ce conflit qui s’étend et qui dure, pour pouvoir, au nom de cette coalition, aller dialoguer avec Poutine, pour trouver la voie d’un cessez-le-feu et d’une paix durable.
Nous avons aussi demandé à solliciter l’ONU, le respect du droit international, pour la mise en place d’une force d’interposition sous l’égide de l’ONU, plutôt qu’une force militaire exclusivement européenne, sans aucun mandat de l’ONU. Et d’ailleurs, je l’ai dit lors de mon intervention, cette coalition des volontaires initiée par le président Macron fait référence, pour nous, à celle de 2003 mise en place par Bush, pour pouvoir envahir l’Irak sans mandat de l’ONU. J’ai rappelé ce fait historique au président de la République, et le fait que la France avait fait le choix de ne pas y participer à l’époque.
Nous lui avons donc signifié notre opposition totale à l’envoi de troupes au sol sans mandat de l’ONU, et nous avons été nombreux à appeler à ce que cette décision fasse l’objet, comme le prévoit notre Constitution, d’un débat et d’un vote au Parlement. Et ça aura lieu : il y aura un vote.
Cette situation de danger pour l’humanité appelle les forces progressistes de tous les continents à renforcer leur coopération pour défendre un autre ordre du monde, sur la base de la transformation sociale et démocratique du multilatéralisme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
C’est ce message aussi que le Parti est notamment allé porter au Forum européen des forces de gauche, à Vienne, en novembre dernier, parce que nous ne voulons pas laisser les racistes, les fondamentalistes religieux, les impérialistes, les marchands de canons, entraîner une nouvelle fois le monde dans l’abîme d’une guerre généralisée.
Enfin, vous voyez bien que cette situation internationale, et nous l’entendons déjà dans la voix des ministres et des porte-paroles du gouvernement, va peser sur les débats nationaux, et notamment sur le budget de la France, je l’ai dit, avec des voix gouvernementales qui s’élèvent déjà pour demander de ne pas ajouter de la crise à la crise, et demander des moyens pour nos armées pour agir. C’est l’économie de guerre qui se met en place, très concrètement.
Et sur ce sujet, sur la question du budget, qui est aussi à l’ordre du jour de cette rentrée, on ne peut pas parler que de questions internationales : il y a forcément la politique nationale qui se poursuit, et la question du budget qui est à l’ordre du jour.
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Mes chers camarades,
Pardonnez-moi d’avoir été un peu long sur la situation internationale et d’avoir volontairement écarté, d’une part, les questions liées au débat budgétaire, sur lesquelles nous pourrons revenir dans notre discussion, et, d’autre part, la question fondamentale des élections municipales, sur laquelle je dirai un court mot avant l’introduction de Pierre Lacaze.
J’en viens maintenant à quelques premières propositions d’objectifs que je verse au débat collectif en vue de notre 40ᵉ Congrès, qui se tiendra à Lille du 4 au 6 juillet prochain et dont nous lançons officiellement, avec ce Conseil national, la préparation.
Au regard des bouleversements du monde et de la situation du pays, mais aussi du calendrier national dans lequel ce Congrès trouvera sa place, le premier impératif, je crois, sera de nous exprimer avec une grande responsabilité et une grande clarté, afin de rendre lisible, pour le peuple tout entier, notre ambition pour la France et pour la République.
Le préalable, c’est — je crois — l’affirmation collective et partagée que nous sommes une force politique qui compte dans le pays, avec un projet politique global, et que nous voulons que ce projet soit mis en œuvre. Pas pour nous, pas pour défendre des intérêts personnels, mais pour le peuple, pour la jeunesse, pour la paix et pour la planète.
La France a de grands défis à relever. Une guerre impitoyable est menée contre la classe travailleuse. Nous sommes là pour porter ce combat. Adhérer au PCF, rejoindre le PCF, c’est contribuer à faire grandir les consciences par les luttes et à faire gagner ce projet.
C’est ce message de conviction, fondé sur l’utilité de l’engagement individuel et collectif au service d’une transformation concrète de la société, que nous devons affirmer et diffuser le plus largement possible.
Face à la montée de l’extrême droite et au danger de sa prise de pouvoir, nous devons revendiquer fièrement et clairement le rôle de notre parti : celui de conquérir le pouvoir pour reconstruire la France et la République, pour sortir du capitalisme et s’engager vers une société démocratique mettant l’être humain et la planète au cœur de ses priorités, vers le communisme.
Sans sacrifier les enjeux de court terme, nous devons proposer aux communistes un objectif de plus long terme, qui devra pouvoir se décliner à chaque étape et se mesurer à chaque élection.
Ce que nous devons mettre sur la table du débat démocratique devant tous les Français, c’est la double alternative que nous entendons incarner : alternative au capitalisme et alternative à l’extrême droite.
En rappelant d’abord à toutes et à tous que le PCF, ses députés, ses élus et ses ministres sont en responsabilité, représentés d’une façon ou d’une autre à tous les échelons du pouvoir depuis 1945, et que nous revendiquons toujours notre aptitude, notre ambition et notre légitimité à gouverner pour la France.
Parce que nous ne sommes ni un super-syndicat ni les porteurs d’eau de nos partenaires, l’ambition de notre parti pour les 15 à 20 prochaines années doit être la construction de l’Union du peuple de France : la conquête d’une majorité populaire, la conquête du pouvoir par les luttes, par une remontée de notre influence, pour gouverner avec et pour le peuple. Pas moins.
L’Union du peuple de France pour la conquête d’une majorité doit être l’ambition du Parti pour les 15 à 20 prochaines années.
Pour atteindre cet objectif, il nous faut analyser rigoureusement l’étape historique de la crise du capitalisme dans laquelle nous nous situons et appréhender les éléments indispensables à la structuration d’un bloc social historique capable de prendre le pouvoir et de transformer la société.
Je souhaite, dans cet objectif, que nous puissions évoquer, sans tabou, avec tous les communistes, l’ensemble des sujets qui traversent l’actualité et nourrissent régulièrement nos débats et nos controverses : clarté de notre expression à destination du peuple sur des sujets tels que la défense nationale, la mondialisation et la coopération, la production, l’indépendance nationale et l’Union européenne, les réseaux sociaux et l’IA, leurs impacts sur la démocratie, la laïcité, l’immigration, les mécanismes de financement de nos plans, le contrôle démocratique de l’argent, la démographie, la nature du projet communiste que nous voulons mettre en œuvre… Autant de sujets majeurs pour lesquels nous devons structurer notre argumentaire et partager collectivement nos analyses.
Affirmer cette ambition de l’Union du peuple de France, c’est accepter d’y consacrer individuellement et collectivement les moyens et l’énergie nécessaires ; c’est bâtir un projet solide, crédible, partagé et partageable ; c’est enfin mettre à niveau notre organisation, ses articulations, ses instances et ses processus de travail, à tous les niveaux.
Il n’y aura pas de rassemblement majoritaire de la classe travailleuse, pas de conquête des pouvoirs locaux ou nationaux, sans un PCF structuré, organisé et priorisant son action au service de cet objectif : la construction d’un rassemblement majoritaire du peuple.
Face à la pyramide des âges et aux nouvelles formes d’engagement militant, nous devons repenser notre fonctionnement et l’allocation de nos ressources, en mettant la question de l’organisation au cœur du travail de nos directions locales et nationales, afin de réenraciner la culture d’organisation qui a toujours fait notre force.
Un bilan rigoureux s’impose également pour nous fixer des objectifs crédibles et précis, inscrits dans une démarche stratégique collective et accompagnés de moyens partagés de suivi et de mise en œuvre.
Au-delà du travail d’organisation, ce 40ᵉ Congrès devra être l’occasion d’un bilan politique de l’action engagée depuis le précédent Congrès.
Notre parti a retrouvé toute sa place dans le paysage politique national. Il est présent dans des dizaines de milliers de villes, dans les conseils municipaux, départementaux et régionaux. Il est actif au Parlement — je salue Fabien Gay, sénateur de l’année — et dans les luttes, souvent à l’initiative. Il nous faut maintenant gagner en influence et progresser aux élections locales et nationales.
Nous devrons aussi analyser, lors de ce Congrès, nos forces et nos freins, en sortant du seul débat sur les alliances pour nous concentrer sur nos capacités à rassembler.
Les élections locales montrent que les communistes savent rassembler largement autour de projets progressistes, aussi bien dans les grandes villes que dans les territoires où l’extrême droite est forte. Ce que nous réussissons localement, nous devons le réussir nationalement.
Mes camarades,
Ce Congrès s’inscrit dans un moment de bascule marqué par l’arrivée au pouvoir de forces héritières du fascisme. Nous sommes leur ennemi, et elles nous ciblent clairement. Milei en Argentine, Trump aux États-Unis, Pavel en République tchèque : tous désignent leurs opposants de la même manière.
La recette, le vocabulaire et les objectifs sont les mêmes qu’il y a 90 ans. L’offensive idéologique de la droite et de l’extrême droite vise notamment la mémoire de la Résistance et l’héritage des grandes conquêtes sociales.
Nous demeurons la seule alternative historique à leur projet funeste.
C’est pourquoi je vous propose de réassumer, à l’occasion de notre Congrès, une ambition de résistance, de projet et de rassemblement à la hauteur de celle du CNR et des Jours heureux.
Mettons à l’ordre du jour un programme aussi ambitieux, écrit collectivement, et affirmons clairement notre objectif : empêcher l’extrême droite de prendre le pouvoir.
Chers camarades,
Ce 40ᵉ Congrès doit à la fois inscrire notre action dans le temps long et répondre aux enjeux immédiats. Il doit être celui où, avec Aragon, nous pourrons redire ensemble : « Mon parti, tu m’as rendu les couleurs de la France. »