Notre forêt brûle. D’après le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis), 40 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année. L’heure n’est pas à la consternation, mais bien à l’action. Les effets du dérèglement climatique sont là, d’où l’urgence d’œuvrer dès à présent à la réduction des émissions ainsi qu’à l’adaptation des populations.
Pour le Parti communiste français, la nécessaire atténuation du dérèglement climatique passe notamment par la mise en œuvre des mesures proposées dans son Plan Empreinte 2050 visant la neutralité carbone d’ici vingt-cinq ans. Toutefois, ces projections ne se fondent pas uniquement sur la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elles visent également à maintenir les puits de carbone que sont les prairies permanentes et les forêts. Or, d’après les rapports Secten du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), la capacité de stockage de carbone du puits forestier a été quasiment divisée par 2,5 en dix ans du fait des maladies, sécheresses et incendies. Outre l’impératif climatique de protéger nos forêts, ces feux sont également un traumatisme pour les riverains et professionnels du tourisme voyant leur habitation ou leur camping dévasté, mais aussi pour l’ensemble des professionnels de la filière forêt bois, impuissants face à la destruction d’une ressource si précieuse.
C’est en ce sens que le Parti communiste français défend une stratégie globale de lutte contre les feux de forêt en mettant l’accent sur le développement des moyens d’intervention, mais aussi et surtout la mise en place d’un véritable arsenal préventif.
Développer les moyens d’intervention
Lorsque le feu est là, l’Etat et les collectivités doivent disposer de moyens performants et rapidement déployables.
Pourtant, en 20 ans, près de 1 800 centres de secours ont été supprimés. Or, lorsqu’un feu se déclenche, les premières minutes sont décisives. Les communistes défendent donc l’ouverture de nouvelles casernes, notamment dans les communes rurales qui ont été particulièrement impactées par la fermeture des plus petits centres de secours. De même, les moyens humains et matériels des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) doivent être renforcés. En effet, la CGT des agents des SDIS alerte depuis 2021 sur la perte de plus de 1 000 camions-citernes feu de forêt (CCF). Outre l’acquisition de nouveaux véhicules, le PCF défend d’importants investissements publics dans la télédétection à l’image de caméras IA et du recours aux images satellitaires. Cette technologie utilisée par certains SDIS permet de détecter précocement les départs de feu, et prévoir plus efficacement leur déplacement et leur propagation.
En parallèle, alors que les milliards pleuvent pour l’achat d’équipements militaires, la France manque cruellement de bombardiers d’eau. Là encore, celle-ci n’est pas à la hauteur des besoins, avec seulement 23 avions bombardiers d’eau et de transport pour tout le territoire national, dont 12 Canadair. Toutefois, l’âge moyen de cette flotte est de 30 ans, avec d’importants besoins de maintenance. Or, faute de production de pièces de rechange pour les bombardiers les plus anciens, l’entretien de ces appareils repose depuis des années sur le réemploi de composants provenant des anciens avions de la flotte, déjà pour l’essentiel hors d’usage. A l’instar de l’alerte formulée il y a un mois de cela par Jérémy Bacchi, sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, la France doit se doter des capacités industrielles de production de bombardiers d’eau et des pièces de rechange nécessaire sur le sol national. A cela s’ajoute le développement de nouvelles coopérations avec nos voisins européens, notamment pour la gestion du risque incendie dans les massifs frontaliers de l’Est et des Pyrénées.
L’enjeu d’une véritable politique de prévention
Néanmoins, la lutte contre les feux de forêt commence bien avant la première étincelle et la prévention constitue la mère des batailles.
Tout d’abord, les communistes défendent des moyens supplémentaires pour l’entretien des forêts (débroussaillage, élagage, gestion des pares-feux, etc.). Cela va de pair avec des investissements pour faciliter l’intervention des services de lutte. Il s’agit par exemple de créer des zones d’appui à la lutte, des équipements en points d’eau et en pistes de défense des forêts contre l’incendie (DFCI). Néanmoins, le désengagement de l’Etat ne permet pas un entretien régulier de ces ouvrages.
De même, des restrictions d’usage s’avèrent nécessaire quand le risque incendie est élevé. C’est par exemple le cas d’arrêtés municipaux pris cet été par des communes savoyardes pour interdire l’accès aux forêts du bassin chambérien. Mais ces mesures se fondent sur des recommandations émises par l’Office national des forêts (ONF) et le service « Météo des forêts » produit par Météo France. Ces informations précieuses demandent de consacrer de vrais moyens à la météorologie publique en combattant l’austérité imposée aux agences et opérateurs d’Etat que la droite et l’extrême droite rêvent de détricoter.
Il s’agit également de lutter contre la déprise pastorale et viticole qui favorise la progression des feux. En effet, l’abandon des parcours, des prairies permanentes les plus difficilement motomécanisables et les arrachages de vigne au précieux rôle de coupure de combustible font partie des conséquences de la crise structurelle de l’agriculture française. Il est donc urgent de soutenir une agriculture rémunératrice et créatrice d’emploi pour contrer la déprise agricole. C’est en ce sens que la transformation agroécologique défendue par les communistes cherche à s’attaquer aux racines du problème, notamment l’érosion du nombre de travailleurs et travailleuses agricoles, en combinant différents leviers d’action tels que l’intervention publique sur les prix et les volumes, l’assurance et la gestion des risques ainsi que le soutien à des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Ceci nécessite le renforcement des moyens alloués à l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) pour cartographier les parcelles en friche afin de mobiliser des outils de gestion foncière, notamment par voie préfectorale, face à des parcellaires trop morcelés ou des biens sans maître qui ne demande qu’à être réinvestis. Se pose aussi la question du soutien aux pratiques sylvopastorales, où le pâturage des sous-bois peut être d’un précieux secours face aux incendies, qu’il s’agisse de la gestion de la strate herbacée et des broussailles, d’un accompagnement des interventions sylvicoles ou de la présence de chemins d’accès pouvant être empruntés par les pompiers.
Enfin, une forêt en bonne santé est une forêt qui brûle moins et se remet mieux du passage du feu, d’où la nécessité de favoriser des pratiques sylvicoles durables. Face à l’émiettement des politiques publiques forestières, le Parti communiste français propose de construire un grand service public forestier s’adressant tant à la forêt publique qu’à la forêt privée. Il s’agirait de rassembler les services de l’Etat, les agences (comme l’ONF ou le Centre national de la propriété forestière), les organismes de recherche (comme INRAE) afin d’adapter notre politique forestière au changement climatique. Pour relever ce défi, il est nécessaire d’embaucher 2 000 agents, de sécuriser leur action par un statut de fonctionnaire, et de consacrer des moyens supplémentaires à l’investissement forestier. Ce grand service public intègrera des missions de DFCI de manière plus forte, en conservant les liens nécessaires avec les SDIS et la Sécurité Civile, sans oublier l’équipement et la formation des comités communaux feux de forêt (CCFF) et leurs nombreux bénévoles. La loi transpartisane sur la forêt française déposée à l’Assemblée Nationale sera l’occasion de mettre au cœur des débats ce sujet essentiel.
On l’aura compris, les feux de forêt nécessitent de se doter d’une combinaison systémique de mesures d’intervention et de prévention. Elles motivent le besoin criant de services publics essentiels tels que les SDIS, mais aussi Météo France, l’ONF, l’IGN ou encore le BRGM et la nécessité de tendre vers de nouvelles pratiques sylvicoles et agricoles pour relever l’immense défi de l’adaptation au dérèglement climatique. Cet arsenal de mesures concrètes invite à se projeter dans le temps long, avec l’ensemble des acteurs concernés par la gestion forestière et la lutte contre les incendies.
Paris, le 17 juillet 2026
Parti communiste français