En Meuse, une préparation entamée de longue date, dès la fin du 39e congrès 2023, l’an 1 du renouveau pour notre département.
Au moment du 39e congrès, la situation du Parti en Meuse n’avait rien de très reluisante. Des effectifs s’effilochant au fil du temps, une moyenne d’âge élevée, une activité atone, une motivation durement impactée par l’actualité bien sûr, mais aussi par un lien militant distendu du fait de la dispersion géographique, du fait de la raréfaction des engagements individuels, du fait de la paupérisation lente mais prégnante des camarades, souvent retraité·e·s, quelquefois salarié·e·s, toujours avec un petit revenu et une mobilité de plus en plus coûteuse, du fait d’une sorte de lassitude triste devant ces courbes toutes descendantes.
Dans un département, rappelons-le, votant massivement à droite et à l’extrême droite deux députés RN sur les deux sièges disponibles depuis les dernières législatives. Une population peu urbanisée et sur la défensive, qui se fourvoie majoritairement vers cette radicalité populiste ou l’abstention et le repli sur soi. On lâche prise pour moins que ça ! D’ailleurs, depuis bien des années, notre fédération n’envoie plus personne au congrès du Parti. On pourrait imaginer le fil du temps qui aurait depuis accentué ce marasme, jusqu’à dissoudre toute présence communiste sur le département.
Mais, enfin ! C’est bien à Varennes-en-Argonne, en Meuse, que le maître de poste Drouet arrêta en juin 1791 le carrosse d’un Roi, imprimant à notre Histoire un chemin bien plus révolutionnaire qu’il ne l’était avant cela. Et faut-il parler aussi de Verdun ?
Juillet 2026. C’est à n’y plus rien comprendre… Deux délégués se proposent pour représenter les communistes meusiens à Lille. Le congrès donne lieu à des débats animés et mobilise efficacement les adhérent·e·s dans nos sections. Nous avons réussi, pour ce 40e congrès, à remettre en place des discussions, des débats entre camarades au fur et à mesure que les textes alternatifs apparaissaient. Il faut s’y prendre bien avant l’envoi du livret pour notre département où nous sommes si éloignés les uns des autres. Autant pour amener les discussions que pour l’impact financier. Il faut envoyer le nécessaire à nos camarades pour voter dans les règles, vu que beaucoup votent par correspondance.
Que diable s’est-il passé entre ces deux congrès ?
Reculons à nouveau de 3 années : au sortir du mois d’avril 2023, le Parti amorce une phase supplémentaire dans sa mue. Pour nous, cela se concrétise par une direction fédérale plus jeune (à peine 40 ans pour le secrétaire fédéral, autant dire un nouveau-né pour les vieux ballons que nous sommes). Un travail méthodique est mené, avec l’obsession de reconstruire une organisation efficiente, de réagréger des éléments dispersés ; des effectifs à remonter, certes, mais aussi et surtout une soif d’actes, d’initiatives impactant la vie des habitants. Coûte que coûte retisser du lien, entre communistes et avec la population. Redevenir visibles. Du concret, du palpable. Redonner de l’envie à nos camarades dans une période si difficile fut déjà un travail conséquent de notre fédération.
Aujourd’hui, le 40e congrès est saisi comme le reste pour mobiliser, pour impulser le désir de comprendre, d’analyser, d’échanger, de regagner en clairvoyance dans le dense brouillage politique et médiatique. Pour se réaccaparer les réalités de nos territoires afin d’être au plus proche, tout contre ce qui bouleverse les gens, les font rager ou les inquiète. Un moment important, décisif, et une opportunité de se réunir encore plus, de débattre et d’en parler, de dire l’utilité d’avoir un parti qui sait faire ça, pose l’équation comme personne d’autre ne le fait. En éveillant la conscience de classe, rien que ça ! La fierté aussi d’être singulier quand on est communiste, et ce n’est pas un détail.
Parmi d’autres initiatives depuis 2023, la création d’un journal de section il y a un an sur Bar-le-Duc, la ville-préfecture, L’Artichaut. Un ovni dans le ciel de la gauche locale, qui se tait depuis tant de temps ou qui baragouine des paroles transparentes à des habitants désabusés.
La réinvention du catalyseur, c’est bien l’intention qu’ont eu les communistes barisiens. Faire le buzz avec un titre surprenant, un brin comique, « coluchien », associé à une volonté de partir du vécu, du territoire, et la politique vient au fil. La popularité de la feuille de chou monte au gré des numéros qui sortent. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas de la prose qui tombe d’en haut, mais qui prend appui sur le vécu direct : sûr moyen d’éveiller l’intérêt.
Coup double : motivation en hausse, et nous sommes plus regardés car plus visibles, et l’Artichaut, ce drôle de légume, s’effeuille chaque trimestre dans les boites aux lettres, sur le marché et sur la « toile ». « Le seul plat que quand t’as fini de manger, t’en as plus dans ton assiette que quand t’as commencé. » Visibilité, motivation, renforcement : ça fonctionne. Au suivant ?
Oui, ces trois années ont vu l’organisation s’étoffer, les communistes se parler à nouveau, se rencontrer plus souvent, décider d’actions en concertation. Se sentir plus investis, utiles, écoutés. Le tissu se refait, les liens s’étendent, hésitants certes, dans un contexte politique difficile, mais obstinément, avec méthode.
Ce n’est pas toujours facile, notre fédération connait comme partout beaucoup de difficultés, ne serait-ce que la menace de voir l’état de nos finances nous contraindre à vendre le siège fédéral à Verdun, et le risque que cela engendrera de perdre l’atout d’un lieu physique pour se retrouver. C’est toujours la même histoire, colonne de gauche, ce qui va, colonne de droite…
Mais on avance, et nous allons continuer, comptant bien sur ce congrès décisif pour nous donner une dynamique supplémentaire. Augmenter notre visibilité, renforcer nos rangs pour devenir un outil politique efficace.
Hervé Granger, Patrick Séchas
Article publié dans CommunisteS, numéro 1090 du 10 juin 2026.