Les chiffres sont sans appel : chez les 15-24 ans, les nouvelles infections au VIH explosent. On parle d’une hausse de 41 % en dix ans, et d’une jeunesse qui se fait de moins en moins dépister. Beaucoup pensent que « la pilule suffit », comme si éviter une grossesse réglait tout. Pendant ce temps, les IST progressent, les connaissances reculent, et les idées fausses sur le VIH se multiplient.
Face à ça, on pourrait croire que l’école joue son rôle. Après tout, depuis septembre, un programme national d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (l’EVARS) est enfin entré en vigueur. Il était censé combler 24 ans de retard et rendre effectives les trois séances obligatoires prévues par la loi de 2001. Le tribunal administratif a d’ailleurs condamné l’État pour inaction, ce n’est pas rien !
La réalité est bien différente.
Selon France Info, « moins de 15 % des élèves » bénéficient aujourd’hui de ces séances. Le tribunal administratif a certes considéré que la grande « carence » de l’État appartient au passé, mais les syndicats et associations disent l’inverse : la non-application persiste. Dans de nombreux établissements, les personnels ne savent même pas ce qu’est l’EVARS.
D’autres n’ont pas été formés, faute de moyens. Dans au moins 18 départements, aucune formation n’a encore été lancée. Et on parle de centaines d’heures de cours à assurer… sans heures supplémentaires, sans remplacements, sans infirmier·es scolaires.
Les chefs d’établissement eux-mêmes alertent : impossible de faire intervenir des associations faute de budgets. Le Planning familial, SOS Homophobie ou Sidaction constatent déjà une baisse des financements locaux.
Et dans le privé ? Le programme officiel est parfois détourné au profit d’enseignements religieux, conservateurs, voire militants, avec des associations non agréées invitées dans le temps scolaire. Là encore, l’absence de contrôle réel ouvre la porte à toutes les dérives. Nous venons pourtant de fêter les 120 ans de la loi de 1905, comme quoi, la laïcité est toujours un combat !
La France a enfin un programme ambitieux, mais pour l’instant il reste sur papier. Pendant ce temps, des jeunes s’exposent au VIH parce que personne ne leur a transmis les bases : consentement, prévention, respect, santé.
Ce qui manque aujourd’hui, ce ne sont pas des lois : ce sont des moyens, du contrôle et de la fermeté face à l’obscurantisme.µ
Assan Lakehoul
Article publié dans CommunisteS, numéro 1067 du 16 décembre 2025.