1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
26 octobre/1er novembre 1936 (37)
L’idéal communiste pour Thorez
Régulièrement, au cours de l’année 1936, Maurice Thorez commente dans l’Humanité l’actualité. Mais le texte de lui qui figure dans le quotidien du 30 octobre, sous le titre « Voici ce que veulent les communistes ! », est d’une autre nature. Sollicité par un journaliste du Temps, M. Millet, qui réalise un livre Le communisme ou quoi ?, chez Grasset, Thorez lui propose une longue réflexion théorico-politique sur ce qu’il entend par communisme. Il détaille l’idéal économique, social, humain des communistes ; il y est question de plan, des monopoles, de la concurrence faussée, du refus de l’étatisme, de la défense de la petite propriété (et des classes moyennes), du dépassement des classes, du refus de l’égalitarisme. « L’idéal humain des communistes, c’est l’homme libre développant sa personnalité originale dans une société libre. » À aucun moment (sauf une très brève allusion au plan), il n’est question de l’URSS ni de modèle soviétique. On se souvient qu’en ce début de l’année 1936, toutes les initiatives du PCF se terminaient encore par le mot d’ordre « Des soviets partout ! » Ce texte thorezien d’octobre 1936 traduit une « modernité » de projet et une évolution sensible de la pensée communiste. On pense bien sûr au même Thorez et à son texte au Times de 1947. Une « Université ouvrière » se tient 8 avenue Mathurin-Moreau (à l’époque métro Combat), à l’emplacement de l’actuel siège du PCF. La presse communiste publie volontiers le programme. Par exemple, le samedi 31 octobre on a le choix entre cinq cours : langue espagnole ; histoire de l’énergie et des moteurs industriels ; cours de dessin ; chorale. Une sortie pédestre en forêt (de Sénart) est prévue pour dimanche. Paul Vaillant-Couturier rapporte devant la direction communiste sur la Culture. Il a le goût des formules, genre : « L’ouvrier qui ne connaît pas Platon n’est pas plus responsable de son ignorance que ne l’est de la sienne l’helléniste qui ne sait pas planter un clou dans se frapper sur les doigts », ou : « Nous continuons la France, la France généreuse, accueillante, compréhensive, rayonnante, toute de mesure et de goût. » Au terme de son texte, il proclame : « Nous proposons la convocation des États généraux de l’intelligence française. (…) C’est à l’esprit que le Parti communiste, parti des masses travailleuses, fait confiance pour l’aider à résoudre les problèmes de la paix, de la liberté et du pain des hommes. C’est à l’esprit de préparer et de proclamer à nos côtés la victoire de la dignité humaine. » L’Espagne est toujours à la Une, bien sûr. À noter dans l’Humanité du 30 octobre une superbe carte d’Europe montrant les liens entre groupes financiers et industriels et leurs homologues (ou hommes de paille) espagnols.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1106 du 28 octobre 2026