C’est une mobilisation populaire spectaculaire d’entre-deux-tours qui a permis de conforter Lula à la présidence du Brésil. La victoire est nette, avec près de 4 millions de voix d’avance pour Lula, et rendraient dérisoires les réclamations d’un Flavio Bolsonaro aux abois, s’il n’avait été massivement appuyé par Trump et les intérêts américains avides des ressources naturelles du pays et inquiets d’éliminer l’émergence de nouveaux concurrents. La grande propriété terrienne, sous couvert de dénomination « agrobusiness », avait pesé lourdement en faveur de la droite et de l’extrême droite sur les résultats du premier tour, notamment dans les petites villes. La droite a gagné une majorité à l’Assemblée et au Sénat, l’extrême droite y prenant une part très importante. Mais, au lendemain du premier tour, ceux des Brésiliens qui considéraient encore comme acquises les avancées sociales des gouvernements Lula et Dilma en matière de protection sociale, d’accès à la santé et à l’éducation, de justice fiscale ont perçu le risque de reculs majeurs, le programme de Flavio Bolsonaro ne faisant pas de doute sur les conséquences de privatisations massives du système universel de santé ou du service public de l’éducation. Aussi, la campagne de 20 jours initiée, notamment par les étudiants, a trouvé une réponse et un engagement grandissant dans la jeunesse et le monde du travail, notamment en engageant une bataille culturelle intense, face à des médias et des outils numériques aux mains de puissants oligarques, financiers ou religieux, résolument hostiles. Face à la propagation de fausses nouvelles et de toutes sortes d’ingérences dénoncées par l’Agence nationale de renseignement brésilienne, la mobilisation massive dans la rue et les réseaux de communication des acteurs populaires du champ culturel, artistes, chanteurs, humoristes, journalistes, écrivains, intellectuels et syndicalistes, a réussi à submerger toutes les impostures et les périls de la candidature bolsonariste, alors que les réalisations et le souci de souveraineté de Lula étaient valorisés et mis en avant. Cette accélération victorieuse de l’engagement populaire est riche d’enseignements dont le premier est sans doute de ne rien céder dans la défense des intérêts de classe : la morgue de classe d’un Flavio Bolsonaro est devenue flagrante quand il a traité de « neuf doigts » son adversaire victime d’accident du travail alors qu’il était encore mineur. Comme le soulignent nos camarades brésiliens, cette mobilisation populaire décisive pour la victoire de Lula devra se poursuivre pour faire face aux pressions des marchés financiers, à un Congrès plus conservateur que jamais et pour renforcer un projet national de développement. Ce sont en effet de nouveaux horizons de progrès social et de développement qui sont attendus et, en cela, la recherche scientifique et technique entendue comme un enjeu clé de développement souverain appelle à des coopérations auxquelles la France devrait participer. En France, les Brésiliens résidents ont pu trouver auprès de notre parti un appui résolu, notamment en leur ouvrant ses locaux, à leur campagne engageant largement le champ culturel avec les partis de la Fédération « Brésil de l’Espérance » (PT et PcdoB), assurant un score de 84 % pour Lula à Paris et 89 % à Marseille, en progrès de presque dix points par rapport au premier tour. La portée de cette victoire qui assure la continuité d’une trajectoire de croissance des Brics+ et la poursuite d’une dynamique de dédollarisation n’échappe à personne. Notre parti, comme il a pu le montrer par un communiqué du PCF et un message personnel de Fabien Roussel, n’a pas manqué de féliciter Lula, le peuple brésilien et nos camarades.
Henri Blotnik,
collectif Amérique latine du secteur international
Article publié dans CommunisteS, numéro 1106 du 28 octobre 2026