Conférence internationale pour la Paix : table ronde 2 Vincent Boulet

Publié le 16 mai 2024

Agir pour la paix implique de rompre avec la politique du « deux poids, deux mesures » menée par les puissances occidentales, États-Unis et UE : indignations sélectives, aides sélectives, application sélective du droit international selon leurs propres intérêts. C’est le propre d’une politique néocoloniale et d’une politique impérialiste.

On le voit particulièrement en Ukraine et Palestine. Je vais me concentrer sur ces deux points.

Notre boussole est l’application partout des mêmes principes : le droit international, le respect des choix souverains des peuples et la sécurité collective.

Personne ne peut remettre en doute l’engagement continu du PCF pour la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien et pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Les communistes ont pris énormément d’initiatives dans ce sens, dans les fédérations, via les groupes parlementaires. Le voyage de Fabien Roussel et d’une délégation du PCF en Israël et en Palestine occupée en témoigne également.

Notre revendication centrale immédiate est la reconnaissance de l’État de Palestine ! Certains nous disent que ce n’est plus à l’ordre du jour. Ce n’est jamais à l’ordre du jour depuis 76 ans ! Mais on n’a jamais autant parlé maintenant d’une solution à deux États que depuis plusieurs années. Toutes les grandes voies palestiniennes et israéliennes pour la paix aboutissent à cette conclusion.

Il faut en effet tirer le bilan de l’échec du processus de paix et des accords d’Oslo. Qui est responsable ? Les gouvernements israéliens qui ont encouragé la poursuite de la colonisation et ont construit le mur de la honte, qui ont développé des politiques d’apartheid dans les territoires occupés et qui maintenant développent une politique d’épuration ethnique. Mais aussi la fameuse « communauté internationale » qui n’a rien fait, aucune pression sur les gouvernants israéliens, et donc, ce s’est rendue complice de cet échec dont on voit aujourd’hui les conséquences catastrophiques.

Oslo a voulu commencer par le début, des petits pas etc. c’est l’échec. Il faut maintenant commencer par la fin ! c’est-à-dire les deux États et donc la reconnaissance de l’État de Palestine juridiquement dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale aux côtés de l’État d’Israël. Cela permettra de donner un cadre politique, et une nationalité aux Palestiniens, ceux de Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est, des camps de réfugiés. Ce cadre politique donnera un cadre nécessaire pour sortir de l’incantation, un cadre concret de négociations pour faire appliquer les résolutions de l’ONU (entamées à Taba et à Camp David) pour :

  • Le démantèlement des colonie.
  • La fin de l’occupation.
  • L’exercice du droit au retour des réfugiés.

Enfin et surtout, cela donnera un cadre pour la réconciliation entre les deux peuples, qui sera longue et difficile.

Par ailleurs, reconnaître l’État de Palestine par la France, c’est redonner un rôle à notre pays. Macron signe des tribunes. Mais il doit agir concrètement. Quel rôle aurait notre pays si l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, la Belgique reconnaissaient l’État de Palestine et que le gouvernement français continuait à dire « ce n’est pas le moment » ? Ce serait honteux.

Cela redonnerait en plus à notre pays un rôle à jouer pour l’exercice du droit international, un espace de dialogue avec le sud global et serait une rupture concrète avec l’alignement sur Washington, une rupture avec la politique des petits marquis et des technocrates qui nous gouvernent sans vertébration politique autre qu’un lien structurel à la finance.

Dans ce contexte, la libération des prisonniers politiques palestiniens, au premier rang desquels figure Marwan Barghouti, demeure une bataille historique des communistes. Il y a au PCF une génération Barghouti comme il y a une génération Mandela. Il représente la continuité et la légitimité du combat pour les droits nationaux du peuple palestinien. Il a la légitimité et l'autorité pour porter, au nom du peuple palestinien, l'exigence d'une solution négociée en vue de l'existence de deux États sur la terre de Palestine, à l’opposé du projet intégriste du Hamas.

Par ailleurs, nous continuons à exiger la libération des otages israéliens détenus par le Hamas dans la bande de Gaza. N’oublions qu’il y a trois Français parmi eux.

Il est urgent d’augmenter la pression sur le gouvernement de Netanyahou pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza ! Par des sanctions contre le gouvernement de l’État d’Israël. Cela implique :

◦ La suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël tant que le gouvernement israélien ne se conforme pas au droit international.

◦ L’arrêt de toute livraison d’armes, de munitions, de composants militaires et de coopération militaire avec Israël.

◦ Le soutien à toute mesure qui peut traduire B. Netanyahou et son gouvernement de criminels de guerre devant la CPI. Si la CPI place Netanyahou et ses ministres sous mandat d’arrêt international, la France doit le faire respecter.

◦ Le rappel pour consultations de l’ambassadeur de France à Tel Aviv afin de signifier que toute complaisance du gouvernement français envers Netanyahou est terminée. Surtout alors que ce dernier répète ses menaces d’offensive contre Rafah, et de « détruire » l’AP si la CPI émet un mandat d’arrêt est prononcé contre lui.

Cela implique de maintenir aussi la solidarité avec les forces, de paix en Israël, qui s’expriment dans la rue, dans les universités, dans le monde culturel.

Ukraine:

Après deux ans de conflits, aucune issue militaire n’est en vue. L’armée russe prétend remporter des victoires mais c’est comme à Verdun : au prix de plusieurs dizaines de milliers de mort à chaque fois. La société ukrainienne est asphyxiée humainement : sans doute aux environ de 500 000 morts. La solidarité avec le peuple ukrainien, qui a le droit de se défendre, y compris militairement, comme tous les peuples, et à être aidé pour ce faire, doit se poursuivre. Mais dans le respect des lignes rouges, pour éviter tout engrenage supplémentaire : pas d’envoi de troupes au sol, ni de livraison d’armes susceptibles de frapper le territoire russe.

Depuis un mois maintenant, on commence à reparler de négociations : conférence internationale en Suisse, initiatives de la Chine, formule de Scholz. Même le pouvoir russe évoque à nouveau la conférence d’Istanbul d’avril 2022 que les Britanniques avaient fait échouer. Il y a des propositions concrètes sur la table : examinons-les !

Mais où est la France ? Que fait la France ? Rien ! A part accélérer l’engrenage de la guerre avec des annonces dangereuses et irresponsables de partage de l’arme nucléaire. C’est une honte pour notre pays.

La France doit agir pour un sessez-le-feu combiné avec l’ouverture de négociations de paix permettant :

◦ Le retrait des troupes russes des territoires occupés depuis le 24 février 2022.
◦ La neutralité de l’Ukraine sous garanties internationales onusiennes.
◦ Le respect de la souveraineté de l’Ukraine.
◦ Le refus de l'élargissement de l'UE (comme de l’OTAN), le refus du fédéralisme européen alors que les classes dirigeantes européennes développent un projet de fédéralisme armé, dangereux pour la sécurité des peuples européens.

Cette base pour un règlement négocié permet d’aller plus loin : résoudre non seulement le conflit déclenché par la Russie en 2022 mais tout ce qui y a mené. Cela implique de rebâtir une architecture de sécurité collective en Europe et reposer la question de l’OTAN. Cette guerre démontre que l’OTAN n’est en rien une solution pour la sécurité collective en Europe et va même à l’encontre de cette dernière. Revenir aux questions que les dirigeants européens ont refusé de se poser depuis 1997 : comment construire la sécurité collective de tous les peuples en Europe en toute indépendance de l’OTAN ?

Dans l’immédiat la France doit changer de rhétorique pour participer à l’instauration d’un climat propice à des négociations pour un cessez-le-feu. Elle peut prendre dès maintenant des initiatives démontrant sa disponibilité à agir dans ce sens :

◦ Nommer un représentant spécial pour une solution politique à la guerre en Ukraine.
◦ Faciliter l’échange de prisonniers.
◦ Exiger l’arrêt des frappes en profondeur : donc ne pas fournir d’armes capables de le faire.
◦ Avancer que la levée conditionnelle et progressive des sanctions est possible au fur et à mesure de l’avancée des négociations.
◦ Exiger de la Russie d’indiquer clairement une limite dans ses buts de guerre, de suspendre les frappes sur les villes ukrainiennes et de cesser la délégitimation des dirigeants ukrainiens.
◦ Exiger de l’Ukraine la suspension le décret de septembre 2022 qui interdit de négociant que Vladimir Poutine est au pouvoir et de cesser de frapper les villes russes.