Le débat budgétaire pour 2026 s’était terminé sur des compromis politiques qui ne satisfaisaient personne : ni nos concitoyennes et concitoyens, qui voient s’aggraver la baisse du pouvoir d’achat et l’affolante dégradation de nos services publics. Mais pas non plus le patronat et les forces du capital, saisis d’angoisse en constatant, malgré les assauts d’Emmanuel Macron et de ses prédécesseurs, que les profits arrivent de moins en moins à suivre l’accroissement démesuré d’une masse de capital matériel et financier. Pour la rentabiliser, ils s’acharnent donc à prendre sur tout le reste : salaires, dépenses de formation, cotisations sociales, financement des services publics. Jusqu’à envisager de confier ce sale boulot à l’extrême droite.
Comme le montre Jean-Marc Durand dans le numéro d’Économie&Politique qui paraît cette semaine, le débat budgétaire 2027 commence sous des auspices encore plus inquiétants. Tous les indicateurs de l’économie française sont au rouge : une production de richesses en baisse depuis le début de l’année, un pouvoir d’achat des ménages qui recule, un taux de chômage qui continue de monter. Ramener le déficit public à moins de 5 % en 2026 et 2027 paraît hors de portée. Pire, l’inflation accélère et pousse les taux d’intérêt à la hausse : les charges d’intérêt payées par l’État pourraient atteindre 125 milliards en 2030.
Plutôt que de chercher des excuses dans la hausse du prix du pétrole ou dans la canicule, il faudrait s’attaquer aux causes structurelles de l’affaiblissement économique du pays. Embaucher massivement dans l’enseignement public, la santé, la justice, la protection de l’environnement, dans tous les services publics. Former et recruter les millions d’ouvriers, de techniciens, d’employés, d’ingénieurs, de cadres dont nos entreprises manquent cruellement. C’est-à-dire, inévitablement, s’attaquer au pouvoir du capital dans les entreprisses : c’est un choix politique.
Pour justifier la poursuite de l’austérité, patronat et gouvernement agitent l’épouvantail de la « dette ». Prétendre faire mieux que la droite dans le rétablissement de l’équilibre budgétaire, comme le font beaucoup de programmes de gauche, en annonçant un feu d’artifice de mesures fiscales, c’est prendre le problème à l’envers. Bien sûr, il faut « taxer les riches ». Mais lorsque la gauche s’enferme dans le débat fiscal, elle perd à tous les coups – toute l’histoire des cinquante dernières années est là pour nous le rappeler. Et surtout, les dépenses à engager d’urgence par les administrations publiques et par les entreprises dépassent largement la taille du « gâteau » à partager et la capacité d’épargne des Français : réparer les services publics, décarboner l’industrie, isoler les bâtiments, repenser radicalement l’urbanisme, l’aménagement du territoire, les transports, pour préserver le climat et la biodiversité…, ce sont des centaines de milliards, chaque année.
Alors, continuer d’emprunter aux marchés financiers en espérant qu’ils laisseront l’argent aller aux services publics et non aux profits ? Poser la question, c’est y répondre.
Il n’y a qu’une issue à l’impasse budgétaire : la lutte et les mobilisations populaires. Pour exiger que l’argent aille à des projets concrets, immédiats, de créations d’emplois, d’augmentation des salaires, de développement des services publics, et pour contrôler l’usage de cet argent. Et pour aller le chercher là où, chaque jour, les banques et les banques centrales ne cessent de le mettre en circulation. En menant la bataille, par exemple, pour que les institutions financières publiques comme la Caisse des dépôts financent un fonds de développement des services publics doté de plusieurs centaines de milliards d’euros, et pour qu’elles se refinancent, comme les traités européens les y autorisent, auprès de la Banque centrale européenne. Ce sont les richesses ainsi créées qui permettront à la fois d’augmenter les salaires, de faire rentrer l’argent dans les caisses de l’État et de la Sécurité sociale, et de consolider notre appareil productif face aux turbulences de la mondialisation capitaliste en crise.
C’est une bataille politique. Elle peut rassembler des forces considérables en France et en Europe.
Denis Durand
Article publié dans CommunisteS, numéro 1098 du 2 septembre 2026