80 ans de la sécurité sociale - Introduction de Fabien Roussel

Publié le 02 octobre 2025

Monsieur le président du groupe GDR, cher Stéphane,

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Cher Pierre Caillaud-Croizat,

Monsieur le représentant du bureau confédéral de la CGT, Cher Denis Gravouil,

Cher Victor Duchesne,

Cher Camarades,

 

Je voudrais avant toute chose vous remercier toutes et tous, d’avoir répondu présents et aussi nombreux à cette soirée d’anniversaire que nous organisons ici place du Colonel Fabien.

80 ans ! C’est une belle dame que l’on célèbre ce soir ! Et je préfère dire une belle dame qu’une vieille dame, parce que c’est une belle dame qui aujourd’hui symbolise cette sécurité sociale. Une belle dame au grand cœur, toujours vaillante, toujours présente et qui a toujours une grande place dans le cœur de nos concitoyens et de nos concitoyennes.

Parce que la Sécu a toujours l’image d’une grande dame qui rassure, qui soigne, qui protège, qui soulage, qui aide … qui accompagne chacune et chacun d’entre nous dans tous les âges de la vie. Une grande dame dont il nous appartient – à tous, en retour – de prendre grand soin pour lui assurer de longues et belles années de vie encore!

Parce que la Sécurité sociale, au-delà de son budget spectaculaire de 660 milliards d’euros, de ses 150 000 agents que je salue chaleureusement, au-delà de ses 68 millions de bénéficiaires ; cette sécurité sociale-là est à la fois, comme je l’ai dit, intimement liée à chacun d’entre nous, mais - aussi et surtout - l’expression de la solidarité nationale, un pilier de la cohésion sociale de notre pays et le socle de fraternité sur lequel s’est reconstruit la République à l’issue de la Seconde guerre mondiale ;

La Sécurité sociale, c’est une expérience pratique de communisme à la française, une gigantesque entreprise de mise en commun, de partage, de protection et de solidarité mutuelles dans laquelle – à une échelle encore jamais vue dans notre pays – les citoyens se sont mis d’accord pour partager le fruit de leur travail; d’accord pour vivre dans un monde solidaire et interdépendant, où tous peuvent compter sur chacun, où chacun cotise en fonction de ses moyens, où chacun reçoit en fonction de ses besoins.

J’ai l’habitude de dire qu’avoir une carte vitale dans la poche, c’est un peu avoir, sur soi, une carte du Parti communiste français.

Je sais, ça fait grincer les dents de quelques uns et bien sûr, en disant ça, j’exagère. J’exagère évidemment parce que la Sécurité sociale, lorsqu’elle est mise en place, est le fruit d’un consensus politique très large.

C’est la fille du programme du Conseil national de la Résistance, écrit à de nombreuses mains. Pour le citer: « un plan complet visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec une gestion appartenant aux représentants désintéressés et de l’État. » C’est le fruit d’un consensus politique qui inscrit ce projet dans le programme des jours heureux !

Mais, ce qui appartient à César doit être rendu à César !

En cette période de célébrations, redisons-le partout et soyons en fiers : c’est un ministre communiste, Ambroise Croizat dirigeant de notre Parti et secrétaire général de la fédération CGT des métaux qui, avec l’appui, sur le terrain, de centaines de milliers de syndiqués CGT, de centaines de milliers d’adhérents du PCF, de dizaines de députés, a su et a pu mettre en œuvre ce projet de société nouvelle qui concrétisait l’aspiration de notre peuple à un ordre social de paix, de fraternité, de progrès et de justice après les souffrances et les épreuves endurées sous l’Occupation.

Et c’est pour cela que nous avons décidé de l’afficher en grand, en très grand, sur la façade de notre siège, en plein cœur de Paris.

 

C’est une grande responsabilité qui s’impose à nous que de relever le véritable défi de ces 80 ans, pour que nous soyons à la hauteur de ce qui s’est fait hier et lui donner des perspectives crédibles d’avenir.

Car la sécu est attaquée. Cette belle et grande dame est attaquée, violemment, constamment. Ces attaques, ce n’est pas une histoire nouvelle. Car l’histoire de la sécu suit celle de la lutte des classes, du rapport violent entre le Capital et le Travail qui s’affronte dans notre pays depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

De grignotages en grignotages, de renoncements en abandons, les organisations patronales, avec l’aide de l’État bourgeois – qui les a chaque fois accompagnées - a tout fait pour confisquer progressivement cette manne financière qui lui échappe encore et qui représente des centaines de milliards d’euros chaque année ; ils ont tout fait pour vider de son contenu ce qu’ils considèrent toujours comme une absurdité sociale et une anomalie historique !

D’ailleurs, les attaques de Gabriel Attal aujourd’hui et du CNPF de Gattaz d’alors sont les mêmes, et ils utilisent les mêmes mots. En s’attaquant à la Sécu, ils attaquent à chaque fois notre modèle social et les acquis du Conseil national de la Résistance. Ils le disent ouvertement. Dans le dernier débat que j’ai fait avec Gabriel Attal, il a commencé comme ça, avec la nécessité de remettre en cause notre modèle social et les acquis du Conseil national de la Résistance.

Les offensives sont méthodiques, nombreuses. La remise en question de son financement avec 88 milliards de « cadeaux » faits par l’État aux entreprises en exonérations de cotisation sociales est au cœur des débats.

Mais il n’y a pas que ça, je rappelle aussi qu’il y a dans l’Histoire les ordonnances de 1967 qui ont donné la gestion des caisses au monde patronal et à l’État en supprimant les élections aux conseils d’administration par les travailleurs salariés.

C’est aussi la mise en place de la CSG par Michel Rocard qui a poussé toujours plus loin la volonté d’étatiser la sécurité sociale en remplaçant la cotisation par un impôt et donc en fiscalisant le financement de la sécurité sociale.

Ce sont aussi les ordonnances Juppé en 1996 qui, après l’instauration de la CSG, ont institué le vote par le Parlement d’une loi de financement de la Sécurité Sociale et de l’ONDAM (Objectif national des dépenses d’assurance maladie), dépossédant définitivement les travailleurs de sa gestion. D’ailleurs, c’est à partir de cette date que, tous les ans, est voté un PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité sociale), et que le budget de la Sécu entre dans le budget de la nation et qu’il est pris en compte dans le calcul du déficit de la France inscrit par le traité de Maastricht.

Il y a de la cohérence dans tout cela : traité de Maastricht 1992, 1996 budget de la Sécu dans les comptes de la nation et le budget qui compte dans les causes du déficit.

C’est aussi une bataille sémantique que nous entendons tous les jours autour de la Sécurité sociale. Quand, tous les jours, nous entendons parler de charges quand nous nous parlons de cotisations sur les salaires. C’est une bataille sémantique importante pour dénoncer, à travers ce qu’ils appellent des charges, le « coût » du travail. C’est d’ailleurs quelque chose dont on entend beaucoup parler aujourd’hui qui fait même la une des médias, quand la majorité des députés LR, Macronistes, Centristes et du Rassemblement national proposent de rapprocher le salaire net du salaire brut en faisant croire aux salariés aux ouvriers qu’ils vont pouvoir gagner le salaire brut en supprimant ce qu’ils appellent des charges et que nous appelons des cotisations sociales sans jamais poser la question de qui financera les cotisations sociales ! Sans jamais poser cette question-là ! La sécu donc la politique familiale, les accidents du travail, l’assurance maladie et les pensions de retraites. On en parle pas! Par contre rapprocher le salaire brut du net, tous les jours mais qui finance la Sécu ? C’est tabou !

Malgré toutes ces réformes, malgré toutes ces batailles qui ont fait perdre à la Sécurité sociale une partie de son sens originel, nos concitoyennes et nos concitoyens restent profondément et viscéralement attachés à notre Sécurité sociale. C’est la preuve que le monde patronal n’a pas gagné la bataille idéologique là-dessus et que nous tenons bon!

C’est la preuve que les principes sur lesquels la Sécu a été fondée : les principes de solidarité interprofessionnelle et intergénérationnelle, principe d’universalité qui permettent à notre nation politique de faire société. Tout cela est encore bel et bien vivant ! A plus de 88 % dans l’opinion !

C’est le fruit, aussi, d’un combat que nous - les communistes - avons toujours mené, aux côtés des salariés et aux côtés de la CGT tout particulièrement ; Tous convaincus que la défense de la Sécurité sociale est intrinsèquement liée à la défense du travail, des salariés et du salaire. A la défense des droits qui y sont attachés.

Mais il nous faut être vigilants. Alertes. Combatifs.

L’offensive menée contre notre sécu est loin d’être terminée ! Les débats qui vont avoir lieu dans les prochains jours, dans les prochaines semaines vont mettre la Sécurité sociale au cœur de l’actualité.

Tous les derniers PLFSS ont cherché à faire des économies sur la Sécu et c’est ce qu’ils projettent de faire encore. Ce qui se traduit par le déremboursement des médicaments, hausse des mutuelles, fermeture de lits d’hôpitaux, endettement de nos hôpitaux, déserts médiaux, c’est tous ça les économies sur le budget de la Sécurité sociale ! C’est aussi le gel des pensions et la non-indexation des pensions sur l’inflation.

Et je veux saluer le travail de nos parlementaires, qui à l’Assemblée et au Sénat, en commission ou en séance, se battent pied à pied pour défendre d’autres logiques, d’autres perspectives et qui déploient, comme tu l’as dit ce matin Yannick, dans l’Humanité, « autant d’énergie à sauver la sécurité sociale que celle qui a été mise pour la créer » et c’est effectivement le même niveau bataille que nous avons face à nous.

C’est Edouard Bénard, député communiste de Seine-Maritime, qui a fait adopter en première lecture une proposition de loi pour que les allocations familiales soient versées dès le premier enfant, proposition qu’il nous faut faire connaître. C’est Yannick Monnet et moi qui avons fait adopter la proposition de loi que nous avons portée pour une meilleure prise en charge des soins liés au cancer du sein, qui a été reprise par Cathy Apourceau-Poly et par le groupe communiste au Sénat lors de sa niche parlementaire.

Ce sont les parlementaires communistes très offensifs pour défendre la Sécurité sociale et l’élargir et qui portent la proposition d’inscrire la Sécurité sociale dans le marbre de notre Constitution ! J’ai ici la proposition de loi déposée par les députés communistes à l’assemblée nationale, proposition de loi n°1782 intitulé « constitutionnaliser la sécurité sociale », ça permettra de débattre sur le pourquoi c’est important.

Le combat est donc toujours bien vivant et les communistes sont toujours aux avant-postes.

La Sécurité Sociale est présentée par le MEDEF et tous les libéraux comme un coût qui pèse sur l'entreprise, sur le travail, un frein au développement, un anachronisme dans le monde d’aujourd’hui et pourtant ! Pourtant notre Sécurité sociale est tellement moderne.

Face aux défis du XXIe siècle, je pense à ceux du grand âge, du vieillissement de la population; je pense à la révolution du numérique, la révolution informationnelle, à la transformation même du monde du travail, cette Sécurité social qui protège, qui soigne, qui finance la retraite, la politique familiale : nous en avons mille fois plus besoin!

Dans un monde où l’individualisme grandit, nous avons mille fois besoin de solidarité intergénérationnelle. Entre travailleurs, nous avons mille fois besoin de solidarité tout court !

Dans un monde où la finance se développe et refuse de contribuer à l’effort de la nation et de solidarité, nous avons beaucoup plus besoin d’un financement assis sur le travail et sur les richesses produites.

Oui, nous avons mille fois besoin d’une sécurité sociale du XXIe siècle, solide, élargie, bâtie pour durer, pour garantir aux jeunes d’aujourd’hui qu’ils seront protégés demain pour leurs retraites et pour le grand âge. Combien de jeunes avec qui je parle et qui n’y croient plus ! Il faut continuer justement à défendre ce modèle qui peut leur garantir de s’inscrire dans la vie après le travail.

Pour élargir la Sécurité sociale, il faudra y consacrer une part plus importante de la valeur ajoutée. C’est un nouveau choix de société que nous avons à faire. Et je le dis ce soir, face à l’offensive très forte du MEDEF de Patrick Martin et des députés de la droite jusqu’à l’extrême droite, qui appellent aujourd’hui à supprimer encore plus de cotisations sociales sur les salaires et qui appellent à faire un grand Meeting, le 13 octobre prochain. Moi j’appelle à ce que nous-aussi, nous fassions un grand Meeting pour défendre notre modèle social, notre Sécurité sociale et notre droit à vivre à égalité et en fraternité dans la République française du XXIe siècle. Soyons nous-aussi à offensive, autant qu’eux peuvent l’être !

Nous leur dirons, qu’il est possible de mettre en place une contribution additionnelle sur les revenus financiers des entreprises qui permettrait de combler le déficit annoncé de la Sécu pour 2025 ;

Nous leur dirons qu’il est possible de financer l’abrogation de la réforme de la retraite à 64 ans et que nous pouvons nous fixer l’horizon à 60 ans. Nous leur dirons qu’il est possible d’indexer les pensions de retraite sur l’inflation et de les augmenter. Nous leur dirons qu’il est possible de supprimer la CSG sur les pensions de retraite.

Oui, il est nécessaire de remettre à plat les exonérations de cotisations patronales et mettre à l’ordre du jour la possibilité de les conditionner en fonction des engagements des entreprises en faveur de l’emploi, des salaires, de l’égalité femme-homme, des investissements faits pour relocaliser des emplois, pour l’environnement, pour le climat.

Sur les 211 milliards d’aides révélés par la commission d’enquête pilotée par Fabien Gay, plus de 80 milliards d’euros correspondent à ces exonérations de cotisations dont bénéficient aujourd’hui des grands groupes qui distribuent des bénéfices et des dividendes par milliards mais qui n’ont pas besoin de ces exonérations. Pourtant l’État les finance et du coup grève son budget.

Chaque euro d’aide publique doit être jugé en fonction de son efficacité sociale environnementale et économique. C’est le combat que nous menons. C’est pour ça que la Sécurité sociale, c’est pas que la sécurité sociale. La sécurité sociale c’est un projet de société que nous défendons. Pour être totalement fidèles à Amboise Croizat, encore aujourd’hui, il faut oser, il faut innover pour s’inscrire dans XXIe siècle.

Comme le rappelait tout à l’heure Pierre Caillaud-Croizat, quand nous avons dévoilé cette carte vitale sur notre siège, cette sécurité sociale est créée au lendemain de la guerre. Alors que nous parlons aujourd’hui d’une éventuelle dissolution, et bien, je demanderais tout simplement aux Français de regarder l’Histoire et je leur dirais, quand le PCF était le premier parti de France, il a fait la Sécurité sociale. Aujourd’hui, le Rassemblement National qui se dit être le premier parti de l’Assemblée nationale, ce qu’il met lui à l’ordre du jour : c’est la destruction de la Sécurité sociale !

C’est toute la différence entre eux et nous. C’est que nous sommes du coté du monde du travail et que eux ont toujours été contre. Alors oui il faut se battre pour ce combat politique. Nous avons besoin de beaucoup de députés communistes pour moderniser notre Sécurité sociale, l’inscrire dans ce XXIe siècle, inventer de nouvelles règles, de nouveaux cadres, de nouvelles sources de financement pour mettre toutes les richesses au service du développement humain tout simplement.

Au service de l’humain, c'est notre ambition communiste pour une Sécurité Sociale du 21ème siècle.

Et je dirais en conclusion, oui la Sécu on l’aime et on la kiffe !