Le milliard de Genevard ou comment gérer l’agriculture à la petite semaine

Publié le 09 septembre 2026

A la suite d’un été marqué par une sécheresse historique et des canicules à répétition, des milliers d’exploitations agricoles font face à une véritable catastrophe économique. D’après le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef), 35 000 unités de production seraient gravement fragilisées. Face au risque de faillite, l’Etat joue la carte du plan d’urgence, en débloquant un milliard d’euros pour l’agriculture. Bien que le montant soit salutaire, il demeure largement insuffisant et terriblement inégalitaire, dans la mesure où il profitera d’abord aux agriculteurs et agricultrices ayant souscrit un contrat d’assurance. La Confédération paysanne partage les craintes du Modef en rappelant que 82% des exploitations agricoles ne sont pas assurées, d’où le risque de soutiens prioritairement fléchés en direction d’une minorité de producteurs.

Le Parti communiste français porte une vive critique sur la succession d’annonces gouvernementales en grande pompe à chaque fois que l’agriculture subit une crise. L’Etat, à défaut d’agir, réagit et se contente de jouer les pompiers plutôt que de s’attaquer aux vraies raisons de la crise systémique traversée par l’agriculture française. Cette crise, à la fois économique, sociale, climatique et environnementale est éminemment structurelle. Elle résulte de décennies d’absorption de l’agriculture dans et par le mode de production capitaliste. Du fait d’une baisse tendancielle des prix agricoles et du versement de subventions publiques majoritairement proportionnelles à la superficie et la taille du cheptel, les agriculteurs ont été contraints d’accroître les volumes produits pour maintenir leur revenu. En découle une course aux rendements et à l’agrandissement marquée par le recours croissant aux intrants et au machinisme, rendant les agriculteurs de plus en plus dépendants aux firmes de l’agrofourniture et aux marchés financiers. Une telle trajectoire s’est accompagnée d’une réduction de l’emploi agricole, d’une érosion de la valeur ajoutée créée sur les exploitations et d’importants préjudices environnementaux, notamment climatiques, dans la mesure où l’agriculture demeure le second secteur émetteur de gaz à effet de serre.

L’agriculture n’est bien entendu pas la seule contributrice au dérèglement climatique. Le développement de la logique capitaliste a favorisé des activités visant la maximisation du taux de profit, plutôt que la satisfaction des besoins sociaux et la reproduction durable des ressources naturelles. Il est urgent de changer de paradigme. Verser un milliard par-ci, des millions par-là sans remettre en cause ce modèle agricole revient à gérer l’agriculture française à la petite semaine, sans tenir compte de l’état réel des trésoreries et de la grande vulnérabilité des exploitations agricoles face au dérèglement climatique.

A l’inverse des choix gouvernementaux, le PCF défend une transformation agroécologique d’ampleur. Cette dernière donne le primat à une logique assurantielle, durable et préservatrice, en défendant des pratiques agricoles contribuant à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, tout en faisant preuve d’une plus grande robustesse face aux immenses enjeux d’adaptation nécessaires au regard du changement climatique. Cela passe notamment par un soutien très fort à la polyculture-élevage, à la déspécialisation régionale des productions, au maintien et à la restauration des prairies permanentes et des zones humides ou encore au déploiement massif de l’agroforesterie tel que défendus dans le Plan Empreinte 2050 du PCF.

Mais la transformation des pratiques agricoles ne se décrète pas. Elle nécessite la mise en place de filets de sécurité publics, à l’image d’une intervention publique sur les prix et les volumes et l’instauration d’un régime public d’assurance, de prévention et de gestion des risques climatiques, sanitaires et environnementaux tel que défendu par le député communiste du Puy-de-Dôme Julien Brugerolles. A cela s’ajoute, d’une part, la nécessité d’un meilleur partage de la valeur ajoutée agroalimentaire, passant notamment par le rétablissement du coefficient multiplicateur et la mise en place de conférences permanentes territoriales en lieu et place de négociations commerciales qui servent d’abord les intérêts de l’aval des filières. A cela s’ajoute, d’autre part, la nécessité d’installer de nouveaux agriculteurs et agricultrices dans des structures qui soient en phase avec des pratiques agroécologiques dans toutes les productions. Enfin, la mise en concurrence internationale entre agricultures doit cesser, d’où l’opposition franche, déterminée et constante du PCF et ses alliés du Parti de la gauche européenne à l’intégration de l’agriculture aux traités de libre-échange. D’ailleurs, l’interdiction récente d’importations brésiliennes de bœuf et de volaille par la Commission Européenne montre bien le scandale sanitaire et environnemental que représente l’entrée en vigueur de l’accord UE-Mercosur.

Les communistes appellent l’ensemble des agriculteurs à venir échanger avec eux à la Fête de l’Humanité, mais aussi sur les foires et salons afin de parcourir ensemble le nécessaire chemin d’une transformation agroécologique tournant résolument le dos au capitalisme.

Parti communiste français
Paris, le 9 septembre 2026

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