Une ambition de politique publique cohérente

Publié le 09 septembre 2026

Vous l’avez sans doute remarqué : après la pause estivale, la mobilisation pour une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles a repris ce lundi. Devant le ministère de la Justice, les tribunaux, sur les places publiques, des femmes et des hommes — pas encore assez nombreux — se rassemblent partout en France pour porter une même exigence : il est temps que les choses changent, enfin. Cette mobilisation est d’autant plus importante que le texte doit désormais entrer dans le débat parlementaire.

La loi intégrale n’est pas une loi de circonstance. C’est une réponse globale à un phénomène systémique. Elle entend agir sur tout le parcours : prévenir les violences, mieux protéger les victimes, former les professionnel·les, donner à la justice les moyens d’enquêter et de juger, accompagner les victimes, réparer, prévenir la récidive.

Parmi les mesures portées figurent notamment un investissement massif de l’État avec une demande de 2,6 milliards d’euros, une véritable politique de prévention et d’éducation à la vie affective et sexuelle, une justice spécialisée et mieux formée, une protection renforcée des enfants et la prise en charge des conséquences psychotraumatiques des violences.

La coalition féministe et enfantiste porte ainsi une ambition de politique publique cohérente et globale, là où nous avons trop longtemps répondu par des dispositifs dispersés et insuffisamment financés.

Mais cette ambition se heurte encore à une réalité : celle d’institutions qui manquent de moyens pour protéger réellement les victimes. C’est le cas de la justice, mais aussi du service public de l’éducation et de la protection de l’enfance, qui jouent pourtant un rôle essentiel dans la prévention, le repérage et la prise en charge des violences. Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’associations qui accompagnent les victimes avec des financements insuffisants, ni d’institutions qui peinent encore trop souvent à entendre leur parole et à les protéger.

Au 4 septembre 2026, on dénombrait 93 féminicides, soit un décès tous les deux jours. Derrière ce chiffre, ce sont des vies brisées : celles de ces femmes, mais aussi celles de leurs familles, de leurs enfants, de toutes celles et ceux qui les aimaient. Nous devons aussi regarder en face qui sont les auteurs de ces violences, des hommes, dans leur immense majorité, et ce qui rend ces violences possibles. Collectivement, nous avons encore à déconstruire les représentations et les rapports sociaux qui apprennent aux garçons et aux filles, aux hommes et aux femmes, des rôles inégalitaires. C’est ce terreau qui banalise la misogynie ordinaire, légitime parfois la domination et favorise la diffusion des discours masculinistes dans notre société. Ceux-ci participent plus largement à la progression de forces réactionnaires qui contestent les droits des femmes et, à travers eux, les fondements mêmes de l’égalité et de la démocratie.

Ce n’est pas un hasard si les réactionnaires appuient les mouvements masculinistes : ces derniers constituent les troupes avancées d’une contre-révolution qui entend remettre en cause les avancées féministes, avant de s’en prendre plus largement à tous les autres fondements démocratiques de notre société.
La France se place à ce titre sur un triste podium : elle est le deuxième pays d’Europe en matière de sources de financement anti-genre, juste derrière la Hongrie. Alors, face à la structuration de ces mouvements, nous devons agir, et agir urgemment.

L’histoire nous enseigne que les forces réactionnaires cherchent souvent à faire reculer en premier lieu les conquêtes féministes. Ce qui s’est passé à la Tour Eiffel nous rappelle que ce combat est toujours d’actualité : lorsque le symbole de Paris, de la France et de ses valeurs invisibilise ses salariées et les remplace par des hommes pour se plier aux exigences misogyne d’une délégation religieuse étrangère réactionnaire, il ne s’agit pas d’un simple incident, mais d’un signal inquiétant qui doit nous alerter.

Alors, défendre les droits des femmes, c’est donc défendre bien davantage que le droit de plus de la moitié de la population à l’égalité. C’est défendre le droit à l’émancipation de celles qui font fonctionner le monde, trop souvent dans l’ombre, trop souvent précarisées, trop souvent méprisées. Défendre les droits des femmes, c’est défendre l’idée même d’une société démocratique fondée sur l’égalité et la dignité de toutes et tous.

Défendre les droits des enfants, vulnérables par essence face aux violences des adultes, c’est reconnaître que nous ne parvenons pas encore suffisamment à les protéger des agresseurs : qu’ils en soient les victimes directes, qu’ils deviennent leur souffre-douleur, qu’ils soient victimes de violences destinées à atteindre davantage encore leur mère, ou qu’ils soient les témoins de violences qui les traumatiseront parfois toute leur vie. C’est, là aussi, un combat d’égalité et de dignité.

Parce que les violences sexistes et sexuelles trouvent leurs racines dans les mêmes systèmes le patriarcat et le capitalisme, la loi intégrale est un combat féministe et enfantiste. Et c’est aussi un combat de justice sociale.

La loi intégrale est, à ce titre, un combat féministe, un combat enfantiste. Mais c’est aussi un combat républicain, social et profondément humaniste. Celui d’une société qui cesse de demander aux victimes de s’adapter à ses insuffisances et qui choisit enfin de prévenir les violences, de protéger celles et ceux qui les subissent et de faire répondre les auteurs de leurs actes.

La loi intégrale n’est donc pas et ne doit pas être une nouvelle loi répressive parmi les autres. Elle propose autre chose : une politique publique globale, coordonnée et durable, qui s’attaque aux causes comme aux conséquences des violences.

Changer de paradigme, c’est précisément cela : ne plus attendre que les violences aient eu lieu pour agir, ne plus fermer les yeux jusqu’à ce que l’insupportable arrive. C’est décider collectivement de prévenir les violences, de protéger les victimes et de réparer ce qui peut l’être.

C’est faire de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants une véritable politique d’émancipation de la personne humaine.

Barbara Gomes

membre du Conseil national

Article publié dans CommunisteS, numéro 1099 du 9 septembre 2026

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