Villerupt : Sécurité et urbanisme, les défis d'une ville frontalière

Publié le 26 novembre 2025

Villerupt, commune de 10 200 habitants, située dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, est à l’épicentre d’une profonde transformation, notamment en raison de sa proximité immédiate avec le Luxembourg.

Un avenir démographique et urbain ambitionné

Depuis plus de dix ans, une Opération d’intérêt national (OIN) pilotée par l’État est en cours sur notre territoire. Cet engagement majeur prévoit, à l’horizon 2030-2032, la construction de 1 700 nouveaux logements. Ce développement urbain devrait faire croître notre population pour atteindre environ  000 habitants, représentant un enjeu de planification et d’intégration sociétale considérable.

Les contraintes de la proximité luxembourgeoise

La position stratégique de Villerupt, à seulement 5 km du Grand-Duché, génère des problématiques spécifiques et aiguës :

  • Tensions urbaines :difficultés de stationnement en journée et présence de véhicules de chantier luxembourgeois le soir.
  • Crise immobilière : flambée des prix de l’immobilier, rendant l’accès au logement difficile pour les populations locales.
  • Difficultés de recrutement :L’écart salarial avec le Luxembourg crée une concurrence déloyale et fragilise l’emploi local.
  • Insécurité:la frontière alimente des filières organisées de trafic de drogues, douces et dures, qui impactent directement la sécurité de notre commune.

La lutte pour le maintien des effectifs de police

L’enjeu sécuritaire est devenu le combat central de notre mandat, suite à une série de décisions et d’événements :

  • 2017 : L’hôtel de police de notre circonscription est inauguré à 20 km de Villerupt, transformant notre commissariat en une simple subdivision. Conséquence directe, les effectifs ont diminué drastiquement.
  • Septembre-octobre 2020 : Des rencontres avec les syndicats de police, une réunion publique et une manifestation citoyenne ont été organisées pour alerter sur le sort du commissariat. Un rendez-vous au ministère de l’Intérieur a alors annoncé un effectif de référence pour notre circonscription de agents (selon la nouvelle clé de répartition).
  • 2021 : Lors de sa visite, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, annonce le maintien de notre commissariat, mettant fin aux rumeurs de transformations en un bureau de police. En septembre, en signe de protestation, des élus du territoire ont symboliquement occupé l’hôtel de police et le commissariat de Villerupt pour dénoncer le manque d’agents.

Le point de rupture : la fusillade de 2023

Le 13 mai 2023, la situation a atteint un point critique. Une fusillade a éclaté sur un point de deal, à seulement 200 mètres du commissariat et face à l’hôtel de ville. L’incident a fait cinq blessés graves, dont un jeune qui gardera des séquelles à vie.

  • À ce moment, notre circonscription ne comptait que 76 agents gradés, bien loin des 104 annoncés par l’État.
  • Une nouvelle réunion publique, réunissant plus de 400 personnes, a été organisée. Seuls les représentants de l’État ont brillé par leur absence.
  • En juin 2023, un nouveau rendez-vous ministériel a conduit à la signature d’un Contrat de sécurité intégrée (CSI) avec l’État. Cependant, à ce jour, l’État est le seul signataire à n’avoir pas tenu ses engagements.

Pour appréhender la réalité du terrain, j’ai moi-même effectué des patrouilles complètes de jour et de nuit avec les agents du commissariat. Aujourd’hui, les effectifs fluctuent au gré des sorties d’école, faisant de ce sujet une lutte permanente.

Les initiatives de la ville

En parallèle de ce combat pour le maintien des forces de police nationale, la municipalité a pris des mesures concrètes pour renforcer la sécurité de proximité, malgré l’absence de Quartier politique de la ville (QPV) :

  • Police municipale et ASVP : Ouverture d’un ème poste de policier municipalet création de postes d’Agents de surveillance de la voie publique (ASVP).
  • Médiation : Mise en place d’un service de médiateurs composé de agents.
  • Vidéo protection* : Déploiement d’un réseau de vidéo protection (à différencier de la vidéosurveillance) prioritairement dans l’ensemble des bâtiments communaux et en centre-ville. Nous sommes passés de caméra en 2020 à plus de 90 prévues fin 2025.

À ma prise de fonction en 2020, 25 ans après le dernier maire communiste, nous n’imaginions pas que la sécurité serait le fil rouge de notre action. La sécurité ne doit pas être un sujet tabou dans les politiques de gauche. Elle s’est imposée à nous, nous enseignant une chose essentielle : il est impératif d’être plus spécialiste que nos opposants pour traiter le sujet en profondeur et efficacement.

Pierrick Spizak, maire de Villerupt.

*Vidéo protection : vidéo passive où les images sont consultables uniquement en cas de réquisition par la police contrairement à la vidéosurveillance où un agent est derrière les caméras à regarder ce qu’il se passe.

Article publié dans CommunisteS, numéro 1064 du 26 novembre 2025.