Quel bilan peut-on tirer du sommet Trump-Xi qui vient de se tenir à Pékin les 14 et 15 mai ? Entre les États-Unis voulant conserver leur domination hégémonique, et la Chine défendant un ordre mondial multilatéral, la rencontre aura pour le moins mis en avant deux visions du monde entre ces grandes puissances. Pour Pékin l’objectif étant « d’élargir la coopération et de gérer les différends afin d’apporter stabilité et certitude dans un monde en pleine mutation ». Le président chinois rappelant à son hôte que leurs pays se devaient d’éviter « le piège de Thucydide » en référence à la guerre du Péloponnèse opposant Sparte à Athènes.
Une confrontation qui de nos jours se décline en conflits et agressions multiples : les actions des États-Unis en Iran et au Venezuela, ainsi que le blocus pétrolier contre Cuba, prouvent pour Pékin que la puissance prime désormais sur le droit. Face à ce monde imprévisible et dangereux, Xi exposait à Trump sa vision des relations internationales : « La coopération profite aux deux parties, tandis que la confrontation nuit aux deux. Nous devons être des partenaires, pas des rivaux, nous devons nous entraider pour réussir et prospérer ensemble, traçant ainsi une nouvelle voie, celle de la bonne entente entre grandes puissances en cette nouvelle ère. »
Empêtré dans les conséquences désastreuses de sa guerre contre l’Iran, Trump entendait surtout obtenir une aide de la Chine pour débloquer rapidement le détroit d’Ormuz. La position chinoise sur cette question a été explicitement exposée par le ministre des Affaires étrangères Wang Li à son homologue Marco Rubio : « Il faut instaurer un cessez-le-feu et mettre fin aux hostilités. La sagesse chinoise ancestrale nous enseigne que les armes sont des instruments redoutables et ne doivent pas être utilisées sans discernement. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est ravagé par les flammes ». « Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu ; elle ne profite à personne. L’histoire du Moyen-Orient a toujours démontré au monde que la force n’apporte aucune solution et que les conflits armés ne font qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises. Une fois encore, la Chine appelle à un arrêt immédiat des opérations militaires afin d’éviter une escalade incontrôlée de la situation et d’empêcher que le conflit ne s’étende. »
Pour la Chine qui entend se positionner comme une puissance stable dans un monde de plus en plus incertain, le sommet a clairement consacré son accession au statut d’égal des États-Unis, marquant la fin des ambitions de Washington depuis les années 1990 d’imposer un monde unipolaire sous son égide. Une position centrale de la Chine confortée par la visite de Poutine à Pékin, cinq jours après celle de Trump. Ces deux visites en l’espace d’une semaine illustrent le fait que Pékin « s’impose rapidement comme le centre névralgique de la diplomatie mondiale », se félicitait le quotidien chinois Global Times.
Poussant ses avantages, Xi Jinping a fait de Taiwan « la question la plus importante des relations sino-américaines ». « Une gestion appropriée de cette question assurera une stabilité globale des relations bilatérales. Et une mauvaise gestion provoquera des affrontements, voire des conflits qui mettront en grave danger les relations sino-américaines dans leur ensemble », avertissait-il.
Confirmant publiquement depuis Pékin la traditionnelle position officielle de Washington, reconnue et acceptée par Taipeh, affirmant ne pas venir au secours de l’Île « très éloignée des côtes américaines », si elle déclarait l’indépendance sans avoir été attaquée. Trump a aussi initié au moins un retard sinon un blocage de la validation des récents contrats de ventes d’armes destinés à l’Île. Propos nuancés plus tard lors de son voyage de retour vers Washington.
Sur le plan commercial, le bilan du voyage est resté très en-dessous des espérances, malgré la présence des grandes figures industrielles et technologiques de Boeing, Apple, Tesla, N’Vidia, et Meta. Washington tentant toujours d’entraver l’ascension technologique de la Chine en empêchant l’exportation de puces avancées et d’autres technologies de pointe, il n’y a pas eu d’avancée sur la vente à la Chine de microprocesseurs de très grande finesse, malgré la présence de Jensen Huang, PDG du géant N. Vidia ; Le point essentiel est l’accord entre les deux parties pour continuer à respecter leur trêve commerciale conclue après l’avalanche des taxes douanières en 2025. À cet effet, elles ont mis sur pied un mécanisme dit « Board of Trade » destiné à gérer la réduction progressive des droits de douane et suivre les engagements d’achat de part et d’autre.
Par ailleurs, la stratégie chinoise engagée contre la politique étatsunienne d’endiguement se met en place. Pékin a utilisé pour la première fois, le 2 mai, à quelques jours de la visite de Trump une récente loi qui oblige les entreprises chinoises à ignorer des sanctions américaines les visant. En application d’une mesure adoptée en 2021 baptisée «loi de blocage des sanctions extraterritoriales», cinq raffineries de pétrole chinoises accusées par les États-Unis d’acheter illégalement du pétrole iranien ont reçu l’ordre de faire comme si elles n’avaient pas été placées sur une liste noire américaine. La loi de blocage « oblige les parties liées - comme les banques, les fournisseurs, les assureurs ou les clients - de continuer à faire affaire avec les entités chinoises sanctionnées par les États-Unis ». « Nous nous opposons fermement aux sanctions unilatérales illicites qui n’ont aucun fondement en droit international ni l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies », rétorquait Pékin.
Dominique Bari
Article publié dans CommunisteS, numéro 1087 du 20 mai 2026.