À l'assaut du ciel

Publié le 18 mars 2026

Cent cinquante-cinq ans après l’insurrection des ouvriers parisiens montés à « l’assaut du ciel », selon la belle formule de Karl Marx, il est tentant de repérer dans les réponses apportées, esquissées ou suggérées par la Commune aux questions du temps et dans les conditions de l’époque, des pistes à explorer aujourd’hui, sans fétichisme, mais avec une audace inspirée de ces « fourriers d’un Monde nouveau » (Lénine).

« Antithèse du Second Empire » pour Marx, la Commune, par son œuvre sociale, ses fulgurances émancipatrices et ses anticipations, clôt d’une certaine façon la révolution industrielle confortée dès 1830 par la Monarchie de Juillet. C’était l’époque des maîtres de forges, des fameuses « 200 familles » actionnaires de la Banque de France qui permettaient à la représentation politique du temps de déclarer en confiance, « le règne des banques commence ».

Après la révolution de février 1848 qui jette les bases de la IIe République, la bourgeoisie écrase les ouvriers en juin, ouvrant la voie au futur Napoléon III. En 1864, la parution du Manifeste des Soixante, véritable programme électoral défendu par des ouvriers parisiens opposés à l’Empire, et en septembre la création à Londres de la 1re Internationale ouvrière, l’AIT, ont renforcé les capacités de résistance des prolétaires.

Le 19 juillet 1870, le Second Empire déclarait la guerre à la Prusse. Dès le déclenchement des hostilités, le conseil général de l’Internationale s’adresse aux ouvriers de toutes les nations : « La guerre ne peut être aux yeux des travailleurs qu’une criminelle folie. »

Née des désastres militaires de l’été 1870, la IIIe République est proclamée le 4 septembre, alors que débute le siège de Paris par l’armée prussienne.

Avant la signature d’un armistice vécu comme une trahison, le Comité central de la garde nationale fédérée placarde partout dans la capitale une affiche rouge : Place au peuple, place à la Commune. Le 18 mars, Thiers, chef du pouvoir exécutif, envoie à Montmartre l’armée régulière pour reprendre les canons acquis par souscription populaire. La foule arrivée en masse fraternise avec les soldats. Le 28 mars, la Commune après les élections est acclamée à l’Hôtel de Ville par 200 000 Parisiens.

En 72 jours, la Commune réalise une œuvre sociale considérable dont l’ambition et l’audace sont encore riches d’enseignements aujourd’hui. Porteurs d’un mandat impératif et révocable, les élus vont défricher des terrains aussi nouveaux que ceux de la démocratie à l’entreprise, l’émancipation des femmes, la place des étrangers dans la cité et celles de la culture et de la laïcité.

Beaucoup des mesures qu’ils prennent sont profondément révolutionnaires : réduction de la journée de travail, interdiction du travail de nuit (dans les boulangeries), suppression des amendes et retenues sur salaires, égalité salariale homme/femme à qualification égale (instituteur/institutrice), gestion des ateliers par des coopératives ouvrières, restitution gratuite des objets gagés au mont de piété, droit au divorce et reconnaissance de l’union libre, séparation de l’Église et de l’État, abolition de la peine de mort, réquisition des logements vacants et moratoire sur les loyers, développement de la culture populaire.

Universaliste quand elle condamne les guerres napoléoniennes en déboulonnant la colonne Vendôme, la Commune considère les étrangers comme des citoyens à part entière : « Est réputé citoyen de la Commune tout être qui en sert loyalement les intérêts. »

Pour écraser ce rêve en chantier, Thiers et les versaillais aidés par Bismarck vont se livrer aux pires exactions pendant la semaine sanglante du 21 au 28 mai, au cours de laquelle 30 000 Parisiens mourront au combat sur les barricades ou fusillés sans jugement. C’est cette même bourgeoisie française au service des mêmes intérêts de classe qui va réprimer au même moment, de mars à mai 1871, l’insurrection du peuple algérien en Kabylie.

Jean-Philippe Gillet

Article publié dans CommunisteS, numéro 1078 du 18 mars 2026.

Les dernières actualités

Je m’inscris à la newsletter