Dominique Bucchini nous a quittés | Hommage de Fabien Roussel

Publié le 06 janvier 2026

Dominique Bucchini nous a quittés. Avec lui disparaît une grande voix de la Corse populaire, une conscience politique rare, une figure communiste défendant sans relâche l’émancipation humaine, la justice sociale et la paix.

Fils de Sartène, fils d’un quartier populaire, Dominique Bucchini n’a jamais oublié d’où il venait, ni pour qui il se battait. Toute sa vie, il l’a prouvé. Communiste très jeune, instituteur par vocation, militant par nécessité, Dominique Bucchini était de cette génération forgée par la Résistance, par l’idée que la dignité humaine ne se négocie pas et que la liberté se conquiert. Révolutionnaire, il l’était dans la volonté inlassable de transformer la société, de faire reculer les dominations, les injustices, les spoliations. Orateur remarquable, ses chants et sa voix disaient tout, tout haut, sans jamais en dire trop. Une voix imprégnée de culture corse et d’universel, capable de mêler l’histoire populaire de son île aux combats des peuples du monde. Pendant plus de quarante ans, Dominique Bucchini a marqué durablement la vie politique nationale.

Il a toujours été de ceux pour qui la politique n’est jamais une carrière, mais un engagement total au service des autres.

Comme Maire, pendant vingt-quatre ans, ferme sur les principes, ouvert au débat, Dominique Bucchini a démontré ce qu’était une politique communale de gauche tournée vers l’intérêt général. Il a œuvré pour défendre l’école publique, la culture, l’accès à la santé, aux services publics de proximité, aux équipements utiles à la population. Il a fait de la commune un lieu de vie, de travail et de dignité.

Mais aussi comme élu européen, conseiller général puis président de l’Assemblée de Corse, Dominique Bucchini n’a jamais perdu de vue l’essentiel. À l’heure où tant cherchent des raccourcis, il rappelait que l’émancipation est un chemin long et exigeant. Toute son action était tendue vers la défense de celles et ceux qu’il nommait, en 2010, « les spoliés de la terre ».

Cette formule résumait une vie de combats au service de la Corse des travailleurs, des paysans, des précaires, de tous les dominés. Son combat pour la protection du littoral restera l’un des actes les plus forts de son engagement. Face à la spéculation immobilière, aux appétits financiers et aux pressions multiples, il a tenu bon. Il a sanctuarisé des centaines d’hectares, transféré des kilomètres de côtes au Conservatoire du littoral, afin que la terre corse ne soit ni vendue à la découpe ni confisquée par l’argent-roi. Il démontrait ainsi qu’il était possible de préserver sans détruire et de résister sans violence.

Car Dominique Bucchini était aussi, et surtout, un homme de paix. Dans une Corse meurtrie par la violence politique et mafieuse, il a tenu une ligne droite et courageuse. Cible de tentatives d’assassinat, sa maison plastiquée, sa famille menacée, il n’a jamais cédé.

Jamais courbé l’échine devant la loi du silence. « Celui qui porte un calibre sur lui n’est pas un homme », répétait-il aux jeunes refusant la brutalité comme mode d’action politique. Alors fondateur et premier président de la Commission anti-violence de l’Assemblée de Corse, il a nommé l’ennemi : l’argent sale, la spéculation, la précarité, l’injustice sociale. Il savait que la violence ne naît pas du vide, mais des inégalités, du mépris et des abandons. Sa lutte contre le clanisme, le clientélisme et la dérive mafieuse fut constante. Elle reste un héritage majeur.

Il portait une vision profondément internationaliste de son île, indissociable des luttes des peuples palestinien et kurde, attentive aux dynamiques d’émancipation en Méditerranée et partout où des femmes et des hommes se levaient pour leur dignité. Sa Corse n’était ni repliée ni soumise, mais solidaire et ouverte au monde. Dans un moment historique marqué par le retour brutal de la guerre impérialiste, par la montée des nationalismes agressifs, la voix de Dominique Bucchini nous manque déjà.

Il rappelait que le combat communiste est indissociable de la paix, que la véritable force est celle qui émancipe, qui protège, qui rassemble.

Au Parti communiste français, à toutes celles et ceux qui l’ont connu, combattu à ses côtés, parfois affronté mais toujours respecté, Dominique Bucchini laisse une responsabilité : continuer le combat pour la justice, la solidarité et la fraternité.

Au revoir camarade

Fabien Roussel
Secrétaire national du Parti Communiste Français