Il était une fois le colonel Fabien - Une série historique de Gérard Pellois (épisode 6)

Publié le 26 février 2025

Un tournant s’amorce, l’Allemagne capitule à Stalingrad et en Afrique du Nord où ont débarqué les Alliés. La Résistance s’unifie autour du Conseil national de la Résistance.

De retour à Paris, « Henri » s’est laissé pousser le collier et porte des lunettes noires, il reprend vite contact avec Albert Ouzoulias, commissaire militaire national des FTP. Le 30 novembre 1942, il se rend chez un chirurgien esthétique dans une clinique clandestine pour « arranger » son visage. À 16 h 35, à la station République, la police procède à des interpellations.

Selon les rapports de police, « Henri » voyant le barrage essaie de prendre un autre couloir, mais tout était bouclé. Il tente de s’enfuir, jette sa sacoche, sort un parabellum 9 mm et tire par deux fois, blessant un policier. Arrêté, il est embarqué au commissariat du XIe où il est copieusement tabassé, puis direction les Brigades spéciales (BS) à la Préfecture de police.

Là il est torturé, ses tortionnaires s’ingéniant à réveiller ses blessures de la guerre d’Espagne et celle du « Creux de l’Alouette », il s’évanouit à plusieurs reprises. Il ne révèle rien qui puisse mettre en cause l’organisation et ne répond que sur les attentats qui étaient de son ressort. Il est livré à la Gestapo qui l’interroge et le torture pendant six heures. Il est transféré à la prison du Cherche-Midi, puis à Fresnes, en isolement avec les fers aux pieds et aux mains, il y restera trois mois. Andrée est aussi à Fresnes, arrêtée sur dénonciation d’un des Soviétiques de la compagnie Valmy.

Le 28 janvier 1943, avec Andrée ils sont conduits à la prison de Dijon, avec d’autres FTP francs-comtois, pour clore l’instruction sur les activités en Franche-Comté. Le 1er mars ils sont transférés au fort de Romainville (93), antichambre de la déportation. Il y retrouve son hébergeur de Clerval, Villeminot. Un seul objectif : s’évader. À la troisième tentative, le 1er juin, il y réussit. Raymonde, l’épouse de son frère Daniel, mourra du typhus à Auschwitz en même temps que Danielle Casanova. Andrée, quant à elle, est déportée à Ravensbrück et revient des camps en 1945.

« Henri » s’appelle « Patrie » et se met à la disposition des FTP en expliquant que touché physiquement et psychologiquement il avait besoin de se retaper. Il est hébergé à Aubervilliers.

« Patrie » est de nouveau envoyé dans l’Est de la France où il s’appelle indifféremment « Albert  », « Camille » ou « abbé Granjean ». Il prend en charge sept départements dont la Haute-Saône où il sera hébergé. Il y retrouvera de temps en temps sa fille Monique, mise à l’abri à Magny-Vernois (70), chez le maire du village, petit industriel gaulliste et bon catholique. Monique ne saura pas que « Camille » est son père et ne le reverra plus.

À la fin de 1943 c’est 1 200 FTP, « légaux » ou « volants » d’organisés dans les départements de l’Est. La Haute-Saône à elle seule compte une bonne dizaine de détachements. La guérilla y est si intense que les Allemands installent des garnisons dans la plupart des villages. Les maquis se sont développés partout en France.

« Camille  » quitte la région en décembre 1943. Il sera un temps responsable militaire interrégional des FTP dans le Centre de la France. Puis sur des missions diverses, il est dans l’Oise, l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord puis en Bretagne en mai 1944. Le débarquement a lieu le 6 juin, « Camille » que l’on va appeler Fabien arrive à Paris à la fin du mois.

Article publié dans CommunisteS, numéro 1031 du 26 février 2025.

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