La puissante mobilisation du 18 septembre est soulignée à peu près partout, avec plus ou moins d’enthousiasme cependant selon les rédactions. Au soir du 18, il fallait voir les chroniqueurs et chroniqueuses de CNEWS ou de LCI (n’est-ce pas Mme Elkrief ?) tournicoter sur leurs sièges pour reconnaître, tout en ne reconnaissant pas vraiment, que c’était peut-être un succès, oui mais relatif, c’était une grosse journée syndicale, certes, mais tout de même limitée. Etc. etc. Ils souffraient d’avoir à reconnaître la force du mouvement. Et puis les mêmes donnaient l’impression d’être un peu déçus que tout se soit globalement bien passé. Comme s’ils attendaient (espéraient) de la grosse castagne, qui n’a pas eu lieu. Le Figaro (papier) titrait sur toute sa page 4, le matin du 18, « Les forces de l’ordre redoutent de graves bouffées de violence ». Et la veille, sur son site, on dramatisait à mort l’événement, on parlait de « journée noire », de « tonalité insurrectionnelle », de « risques de trouble à l’ordre public », de « sabotages » et autres « dégradations ». Une phraséologie directement inspirée par le ministère de l’Intérieur. Lequel tançait ses préfets qui à leur tour lançaient « des mises en garde ». Toujours dans ce genre de presse (et dans le même ordre d’idées : faire peur), ces médias se pavanaient devant l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre, 80 000 policiers et gendarmes, des véhicules blindés, les fameux « Centaure », des engins lanceurs d’eau, des drones. On répétait qu’à Paris étaient déployés deux fois plus de policiers qu’en 2023.
Tout était fait pour ne point trop encourager à sortir le 18.
Héas pour eux, le peuple était dans la rue. Et sa force était tranquille. Du jamais vu depuis 2023.
Le 19, toute la presse écrite en convenait mais certains pinaillaient. Le directeur adjoint de la rédaction du Parisien parlait certes d’ « importante journée de grève et de manifestations » (déjà le choix d’ « importante », c’est vraiment le minimum syndical, si l’on peut dire), mais il estimait, dans son édito, que tous ces gens étaient là en somme sans vraies revendications partagées : « Quelle était la question (de cette journée) ? Les cortèges avaient un air de « manif-moi-je » où chacun venait avec sa revendication personnelle. Les slogans ne se concentrent sur aucune mesure précise. »
Ses reporters heureusement étaient moins bornés, soulignant la place prise (reprise) par les syndicats dans le débat public. Le Figaro boudait, l’info n’occupait qu’une deuxième place (et 6e page). « Mobilisation en demi-teinte », titrait ce quotidien, avec ce commentaire saugrenu à propos du nombre de manifestants : « C’est un chiffre inférieur aux prédictions de la place Beauvau ».
Ainsi, non seulement il faudrait croire les chiffres donnés par le ministre de l’Intérieur après les manifs mais aussi ceux qu’il donnerait avant les rassemblements !
Le Monde insiste sur le rôle (renouvelé) des syndicats : « Ce succès fait des organisations syndicales des interlocuteurs incontournables du chef du gouvernement. Après des années de mise à l’écart par l’exécutif, les syndicats sont en capacité de jouer leur rôle. C’est une bonne nouvelle. »
Libération salue le « succès de la mobilisation » et l’Humanité propose ce beau titre : 18 septembre, « l’ultimatum ».
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1055 du 24 septembre 2025.