Si l’on en croit le projet de loi finance prévue pour 2025, l’Office national des forêts (ONF) pourrait bien faire l’objet d’une énième coupe budgétaire. Il serait question de supprimer 95 postes supplémentaires, dans la mesure où les effectifs de l’Office sont déjà passés de 12 500 à 8 000 agents entre 2000 et 2023. Pourtant, la tâche confiée à l’ONF est immense. En effet, la forêt française recouvre près de 25 millions d’hectares dont la moitié se situe dans les territoires d’Outre-mer. Au sein de cette vaste surface forestière, l’ONF gère 11 millions d’hectares et assure, en volume, près de 40% de la commercialisation nationale de bois.
Les communistes s’associent aux organisations syndicales de l’ONF et aux élus locaux - à l’image de la Fédération nationale des communes forestières - qui s’inquiètent de cette nouvelle réduction de moyens. Il en va de la capacité de l’Office à remplir les missions de service public qui lui sont assignées. En effet, dans un rapport publié en septembre dernier, la Cour des comptes alertait sur le fait que « l’établissement ne pourra pas répondre seul aux enjeux de la transition écologique, notamment ceux liés au changement climatique ». En effet, l’ONF doit gérer de nombreux risques climatiques, notamment la prévention des feux de forêt, la défense des dunes et du littoral ou encore ou encore les dépérissements massifs causés par le réchauffement climatique. L’ONF fait également partie des acteurs chargés de la préservation de la biodiversité, à travers la gestion de près de 140 réserves naturelles couvrant 140 000 hectares. Ainsi, en réduisant les moyens humains alloués à l’ONF, l’Etat est coupable d’inaction criante face aux effets toujours plus spectaculaires du dérèglement climatique.
Le Parti communiste français défend une toute autre ambition pour l’Office national des forêts, voyant cet établissement comme la pierre angulaire d’un véritable service public forestier. Ce dernier ferait une large place aux collectivités locales qui possèdent près de 16% de la forêt métropolitaine. La dotation globale de fonctionnement des communes forestières mériterait d’être revalorisée à des fins d’investissement (régénération, cloisonnement d’exploitation etc.) où l’ONF jouerait tout son rôle de gestionnaire aux côtés des élus locaux. Au regard des évolutions climatiques récentes et à venir, les investissements de plantation seront d’autant plus importants, avec l’enjeu de relever le défi de la fragilisation des écosystèmes forestiers afin de léguer une forêt en bonne santé aux générations futures.
Ce service public forestier permettrait notamment d’assurer notre souveraineté en bois d’œuvre (meubles, construction etc.), tout en se donnant les moyens de gérer durablement la forêt publique française pour faire face au défi climatique. A travers leur attachement à l’ONF, les communistes souhaitent démontrer que l’humain doit être vu comme un allié de la nature, à condition de respecter celle-ci. Il ne s’agit pas de prôner l’« ensauvagement » de massifs forestiers, mais bel et bien la cohabitation pacifiée de différentes activités humaines. En ce sens, le Parti communiste français promeut une gestion forestière multifonctionnelle qui allie des enjeux d’écologie, d’exploitation forestière, d’accueil du public (randonnée, cueillette, chasse loisir etc.) ou encore de régulation des populations de cervidés ou de sangliers. Toutefois, il sera nécessaire de se doter d’un maillage de parcelles forestières en libre-évolution à des fins de préservation de la biodiversité. De même, l’exploitation raisonnée et durable des ressources fourragères forestières, dans les régions où cela se justifie, à travers le sylvopastoralisme, participera à la résilience des élevages de ruminants face aux effets du dérèglement climatique. Ainsi, l’ONF et les collectivités locales demeurent des acteurs de premier ordre pour réguler les conflits d’usage et veiller à ce que les activités humaines ne portent pas atteinte à la reproduction des ressources naturelles. Cette mission demande là encore des moyens humains suffisants pour accueillir le public et sensibiliser ce dernier à la fragilité des milieux forestiers amplifiée par le dérèglement climatique.
Pour parvenir à ces objectifs ambitieux les communistes proposent de recruter et pré-recruter 1 000 agents de l’ONF par an pendant 5 ans afin de revenir, d’ici 2030, aux effectifs des années 2000. Cela demandera d’augmenter immédiatement les moyens alloués à la formation de futurs techniciens et ingénieurs forestiers de demain. Le PCF défend également une ambitieuse politique de titularisation des agents contractuels pour leur permettre d’accéder au statut de fonctionnaire. Ces dépenses nouvelles seraient financées par un fonds de développement européen des services publics, alimenté par la création monétaire de la Banque centrale européenne et défendu de longue date par les communistes. Telles seraient les conditions nécessaires pour disposer d’un service public forestier efficace et doté des moyens de ses ambitions.
Parti communiste français
Paris, 18 octobre 2024