Réflexions sur notre défense nationale

Publié le 14 janvier 2026

En 1996 le président Chirac annonçait la paix en Europe et l’absence d’ennemi pour notre pays, justifiant ainsi la professionnalisation des armées. Mais trente années plus tard voilà le retour en force de l’ennemi de la guerre froide, et dans un avenir très proche, nous explique-t-on, contre lui, un conflit conventionnel de haute intensité auquel nos armées sont incapables de faire face de l’aveu même de nos spécialistes militaires.

Les membres de la FORR-FOMSORR1 avions alerté sur cette faute politique grave, arguant que la paix n’était jamais définitivement acquise et qu’il fallait réformer le service militaire et non le supprimer, car en cas de conflit il faudrait des années pour reconstruire ce que nous étions en train de casser. Malheureusement, les faits nous donnent raison.
Pire encore, c’est le principal membre de l’OTAN qui revendique la possession d’un territoire sous administration d’un autre membre européen de cette organisation, y compris en s’en emparant par la force armée.

Cette menace bafoue et foule aux pieds tous les principes de l’ONU, ouvrant la porte sur une nouvelle aire, celle de la prédation par l’application de la loi du plus fort sans tenir compte des traités d’alliance.
Il faut donc complètement reconsidérer notre vision géostratégique du monde et donc notre défense nationale, sauf à accepter une vassalisation totale.

La professionnalisation est un échec criant. Nos armées sont à l’os et sont incapables de défendre notre territoire métropolitain et ultra-marin.
Elles ont des difficultés de recrutement et sont confrontées à un turnover trop important. Quant à l’armement, que reste-t-il comme matériel en conditions opérationnelles après les cessions à l’Ukraine ? Connaitre ces réalités serait une bonne chose pour éclairer le débat sur le budget de la défense !

Le projet de réinstaurer un service militaire annoncé à Vars par Emmanuel Macron avec une mise en scène théâtrale digne d’un film à grand spectacle n’améliorera en rien ni les capacités ni la situation de nos armées. Ce n’est qu’une tentative de rattrapage pour sauver l’armée professionnelle et prétendre à la première place européenne au sein de l’OTAN.

Alors que le service militaire obligatoire organisait le brassage de la nation, la nouvelle mouture augmentera la fracture sociale, car ce seront majoritairement les jeunes en difficulté ou en échec scolaire qui se porteront volontaires en sachant que tous ne seront pas pris, leurs CV ne correspondant pas aux critères de sélection des armées.
Quant aux futurs réservistes, est-il prévu un statut particulier pour garantir plus de cinq jours obligatoires d’activités vis-à-vis de l’employeur ? Et qu’est-il prévu pour leur protection en cas d’accident grave ou de blessures invalidantes pendant le service ? Si je ne m’abuse, depuis 25 ans que le CSRM2 discute de ces sujets aucune vraie solution n’a été trouvée, si tant est qu’il y ait eu volonté de déboucher.

N’en déplaise au Président de la République, mais « la réalité des missions confiées à nos armées est parfaitement connue », c’est de devenir le bras armé de l’OTAN sous contrôle US pour le continent européen. Les Allemands ont engagé le même processus que nous, et par la voix de leur ministre de la défense n’ont pas caché leur projet : « Les objectifs de Bundeswehr ont pour but de renforcer nos armées et de structurer la réserve pour remplir le contrat négocié avec l’OTAN. »
Loin des déclarations belliqueuses de notre président qui en bon chef de guerre fait monter en première ligne ses chefs d’état-major pour désigner l’ennemi -rompant ainsi au passage le pacte de neutralité politique qui sied aux armées d’une démocratie -, il faudrait au contraire privilégier le dialogue et la diplomatie pour aller vers un retour à la paix.
Mettre de l’huile sur le feu n’a jamais servi à éteindre un incendie, surtout quand on n’en a pas les moyens.

Nos armées, leurs missions et ce qui en découle, leurs armements, doivent être inféodés à la politique étrangère mise en œuvre par le gouvernement et les assemblées élues de la République.

La diplomatie, la discussion avec nos voisins, le recours aux organisations et institutions internationales doivent être privilégiés pour déterminer la recherche d’une sécurité collective en Europe et garantir la paix sur notre continent mais aussi dans le monde.

La situation internationale montre que, certes, l’arme nucléaire joue un rôle dissuasif, mais ne suffit pas. Elle doit pouvoir s’appuyer sur une armée conventionnelle qui est la deuxième jambe constitutive de la dissuasion.

La guerre russo-ukrainienne prouve que la technologie et la production indépendante d’armement sont fondamentales mais ne suffisent pas sans un potentiel important de combattants et leur détermination à défendre leur patrie.

Aujourd’hui, seul un service militaire obligatoire rénové, repensé et donc des réserves instruites et organisées permettraient d’avoir cet outil de défense dissuasif, au service de la paix, en montrant la résilience et la détermination de la nation et de ses citoyens à défendre leur pays et son modèle de société et de vie.

Savoir combien couterait ce nouveau service militaire n’est pas la bonne question. La pose-t-on pour l’école et l’université, pour la santé et la recherche, pour la police, bref pour nos services publics ?

Que rapporte-t-il à la nation est la bonne question !

D’abord et en principal, la cohésion sociale par le brassage de notre jeunesse autour de la même mission : servir son pays et ce quelle que soit l’origine sociale, philosophique, religieuse ou l’origine de la naissance.

Servir ensemble, vivre ensemble, c’est apprendre à se connaitre les uns les autres et accepter les différences. Un militaire s’instruit pour lui mais aussi pour servir son groupe, son unité, bref ses camarades, quelles que soient ses responsabilités, il les exerce pour la communauté. Cela oblige.

C’est un moyen de combattre l’éclatement de notre société et le repli communautaire auquel malheureusement nous sommes confrontés aujourd’hui.

C’est le ciment de la nation.

Il y aurait bien d’autres avantages plus particuliers. Je n’en citerai que quelques-uns mais la liste n’est pas exhaustive :

  • Facilité à constituer une réserve instruite, essentielle pour la dissuasion.
  • En temps de paix, capacité importante d’interventions humanitaires lors de catastrophes industrielles ou naturelles.
  • Première expérience professionnelle pour les uns ou apprentissage d’un métier pour les autres, car tous les corps de métier trouvent leur place dans les armées.
  • Facilité de recrutement dans les armées pour ceux désirant souscrire un engagement ou faire une carrière.
  • Une plus grande ouverture de nos armées sur la diversité de la nation, par l’obligation de commander différemment un soldat citoyen.
  • Une plus grande présence sur nos territoires d’unités militaires est un apport économique à la vie locale non négligeable.

Pour conclure, l’augmentation des effectifs demandera aussi une production plus importante en matériel militaire. Cela pose la problématique de leur production.

Je ne développerai pas ce point, mais il me semble essentiel pour répondre à cette question : que le pays se dote d’un pôle industriel public de l’armement décorrélé du marché international de la vente d’armes pour répondre essentiellement aux besoins de nos trois armées.

Ces entreprises pourront utiliser aussi leurs savoir-faire technologiques pour des productions civiles. Cette dualité permettrait de pouvoir répondre aux fluctuations des commandes.
C’est aussi une garantie d’indépendance de la France qui n’empêche nullement les coopérations internationales.

LCL (h) M. Pytkiewicz
membre de la Commission de Défense du PCF

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1. Fédération des officiers de réserve républicains et Fédération des sous-officiers et officiers mariniers de réserve républicains.
2. Conseil supérieur de la réserve militaire.

Article publié dans CommunisteS, numéro 1069 du 14 janvier 2026.

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