1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
1-11 janvier 1936 - Une loi importante (1)
Depuis le début des années trente, la France est frappée par une crise économique, sociale, démocratique grave. Les gouvernements qui se succèdent imposent sans fin des politiques d’austérité. (Le gouvernement Laval en 1935). Il en est de même en Europe où l’extrême droite montre son groin (Mussolini, Hitler). Mais cette crise suscite aussi un puissant mouvement de résistance. Face à la montée des périls, aux injustices sociales, aux diktats patronaux, les communistes revendiquent « un front populaire du travail, de la liberté et de la paix » (discours de Maurice Thorez à la Chambre des députés le 13 novembre 1934). Une dynamique unitaire à gauche est à l’œuvre. Les municipales de mai 1935 sont favorables à la gauche. Le PCF gagne 90 communes de plus de 5 000 habitants (+ 43) ; c’est un peu l’acte de naissance des « banlieues rouges ». Le 14 juillet de la même année, pour la première fois, tous les partis de gauche défilent ensemble de Bastille à Vincennes.
On parle de 500 000 personnes qui scandent le slogan de « paix, pain, liberté ». En septembre, le PC et la SFIO conviennent d’une plate-forme programmatique commune où il est notamment question de la semaine de 40 heures.
C’est dans ce climat que s’ouvre l’année 1936. Les premiers jours de la nouvelle année sont marqués par l’adoption d’une loi importante, le 10 janvier, la « Loi sur les groupes de combat et milices privées ». Elle va permettre de dissoudre plusieurs ligues d’extrême droite, qui avaient participé aux émeutes fascistes du 6 février 1934. Soit l’Action française, un des groupes les plus virulents (notamment sa fédération étudiante), adepte du nationalisme intégral de Charles Maurras ; les Camelots du roi, le service d’ordre de l’Action française, xénophobe (parmi eux on repère un certain Norbert Pinochet, oncle d’Augusto Pinochet) ; le mouvement des Croix-de-feu, aussi nommée « Association des combattants de l’avant et des blessés de guerre cités pour actions d’éclat », dirigé par le colonel de La Rocque, un mouvement puissant, on parle de 500 000 adhérents ; le Parti franciste de Marcel Bucard (ils portent l’uniforme, la chemise bleue, et saluent à la romaine).
Autant de groupes plus ou moins issus du courant antidreyfusard, et que l’on retrouvera, quatre ans plus tard, parmi les adeptes de la collaboration vichyste. (Loi importante mais loi qui, au fil du temps, sera dévoyée : elle permettra de réprimer durement la gauche et notamment les mouvements indépendantistes, de libération nationale). Notons encore que le 7 janvier 1936, le parlement espagnol, les Cortes, est dissous. On va voir que les histoires du Front populaire en France et du Frente popular en Espagne sont intensément, dramatiquement liées.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1068 du 7 janvier 2026.