1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
12/18 janvier 1936 - Le programme, version janvier (2)
Le 12 janvier 1936 (curieusement des documents parlent aussi du 9, ou du 10, ou du 11), les partis radical, socialiste et communiste rendent public le programme du « rassemblement populaire » en vue des législatives du printemps (avril/mai). S’y associent la CGT en voie de réunification, des associations de défense des droits de l’homme et antifascistes (Ligue des droits de l’homme, Comité de vigilance des intellectuels antifascistes…).
Ce programme est intéressant et assez mal connu. Il parle de « la réduction de la semaine de travail sans réduction du salaire hebdomadaire », d’« un régime de retraites suffisantes pour les vieux travailleurs », de « l’institution d’un Fonds national de chômage ».
Il y est aussi question de la suppression immédiate des mesures frappant les plus faibles par les décrets lois ; de revalorisation des produits de la terre, création d’un office interprofessionnel des céréales, soutien aux coopératives agricoles ; de la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans ; de l’exécution rapide d’un plan de grands travaux d’utilité publique, citadine et rurale, et associant à l’effort de l’État et des collectivités l’effort de l’épargne locale. En matière de défense de la paix, le texte prône la nationalisation des industries de guerre et la suppression du commerce privé d’armes.
L’intervention du parti radical dans la rédaction du programme a limité des propositions qui étaient contenues dans l’accord PC/SFIO de septembre 1935. Ainsi on ne mentionne plus la « semaine des 40 heures ». Il faudra les puissantes grèves ouvrières du printemps, trois mois plus tard, pour que cette revendication phare du Front populaire s’impose à nouveau.
Georges Politzer commente ainsi ce programme : « C’est parce que le programme du Rassemblement est une liste de revendications qu’il a pu rallier l’unanimité. (…) Ce qui importe aux chômeurs, c’est le Fonds national du chômage et non la théorie au nom de laquelle on adhère à cette revendication. (…) L’accord sur le programme a pu être réalisé parce que c’est un programme de revendications et non un traité d’économie politique. »
Le 17 janvier marque la fin du procès de l’affaire Stavisky, un scandale politico-financier faisant suite au « suicide » du susnommé Stavisky. Le Canard Enchaîné titrera : « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à 3 mètres ; voilà ce que c’est que d’avoir le bras long. »
Cette crise, mettant en cause des notables de la presse, de la justice, de la politique et de la police, secoua le pays et aboutit à l’émeute du 6 février 1934.
Gérard Streiff
Article publié dans CommunisteS, numéro 1069 du 14 janvier 2026.