Série - Le carré rouge #1

Publié le 28 janvier 2026

L’exposition d’une richesse ostentatoire, chahutée (1)

En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».

Sur ce Mont-aux-Vignes, au XVe siècle, un certain Regnault construisit une folie ; deux siècles plus tard les Jésuites deviennent propriétaires du lieu. Le passage de Louis, quatorzième du nom, modifie la toponymie du lieu qui deviendra le Mont-Louis.

En 1675, François d’Aix de La Chaize, qui n’est autre que le confesseur de Louis XIV, y fait bâtir un petit château, lieu de convalescence pour les jésuites. L’on dit aussi que le révérend jetait allègrement ses vœux de chasteté au-dessus des moulins, nombreux sur les hauteurs de Belleville.

Endettés, les jésuites cèdent le lieu en 1762. Au début du XIXe siècle, les cimetières intra-muros et paroissiaux sont petit à petit interdits et, en 1803, la ville de Paris charge l’architecte Brongniart d’aménager le lieu en cimetière. Cimetière de l’Est avant de s’appeler le cimetière du Père Lachaise, situé sur la commune de Charonne (annexée à Paris en 1860), ouvre aux inhumations le 21 mai 1804. L’architecte Godde réalisera la porte monumentale de l’entrée principale, boulevard de Ménilmontant, devant laquelle se tiennent les grandes cérémonies.

Pour inciter les Parisiens à se faire inhumer dans cette nécropole de banlieue, une grande opération marketing est lancée en 1817, la translation des restes d’Eloïse († 1164) et Abélard († 1142) à la 7e division et celles de Molière († 1673) et de Jean de La Fontaine († 1695) à la 25e division. L’essentiel étant d’y croire.

Avec ses 44 hectares, c’est le plus grand cimetière des vingt cimetières parisiens, 4 200 arbres dont plusieurs remarquables, la faune n’est pas en reste avec 140 espèces. Le Père-Lachaise c’est aussi plus de 75 000 tombes. C’est le cimetière le plus visité au monde avec plus de trois millions de visiteurs par an. Les arts, l’histoire, les religions, des inconnu·e·s s’y côtoient avec, au travers des sépultures, une prédominance à un étalage ostentatoire de la richesse.

Dans son livre Nous irons chanter sur vos tombes, Danielle Tartakowsky cite Aragon et Vladimir Pozner. Aragon dans Les cloches de Bâle évoque les obsèques des époux Lafargue († 1911) 76e division : « Le cimetière du Père-Lachaise est une étrange ville où les palais en réduction rappellent, mêlées à des tombes misérables, les splendeurs bourgeoises des morts… Le cortège derrière les corbillards chargés d’immortelles rouges avec ses drapeaux semblait interrompre une longue addition de capitaux et de revenus dans le petit gravier des allées. »

Le 17 février 1934, lors des obsèques des militants morts durant les émeutes fascistes de février, Maurice Bureau , Vincent Moris, Marc Tailler, Louis Lauchin (89e division), Vladimir Pozner décrit ainsi l’événement : « Le cortège pénètre dans le cimetière. Et voici la bourgeoisie. Elle est là. Alignée le long des allées, dans ces mausolées plus vastes et plus luxueux qu’une habitation ouvrière. Des messieurs de pierre, à moustaches et à faux cols, des Jésus de marbre, des anges de stuc. Le chemin monte, le cortège presse le pas. Il monte à l’assaut. Vive la Commune de Paris ! »

Bien qu’inhumés dans la 89e division, loin du Mur qui célèbre la Commune de Paris de 1871 (76e division), ce cri de « Vive la Commune ! » résonnera régulièrement au Père-Lachaise.

Gérard Pellois

Article publié dans CommunisteS, numéro 1071 du 28 janvier 2026.

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