Le carré rouge Docteur Pierre Rouquès et Ambroise Croizat (10)
En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».
Une sépulture unique en pierre de taille avec un médaillon en bronze de chacun d’eux.
Docteur Pierre Rouquès 1900-1952
Il adhère au PCF en 1921. À partir de 1925 il crée une douzaine de dispensaires municipaux dans les communes communistes de « la ceinture rouge ». En 1936, il se rend en Espagne et jette les bases du service de santé pour les Brigades internationales, d’une centrale sanitaire internationale et de la Maison du blessé.
En 1937 il contribue à la création de la polyclinique des métallurgistes «Les Bluets », à Paris, premier établissement à inaugurer les méthodes de l’accouchement sans douleur. Polyclinique qui deviendra en 1951 le « Centre de santé des métallurgistes Dr Pierre Rouquès ».
En 1941, clandestin, la direction du Parti lui demande de se fixer à Paris. En 1943, il œuvre au Front national des médecins et au service de santé des FTP. Il devient chef de cabinet de François Billoux, ministre de la Santé (10 septembre 1944 au 21 novembre 1945), puis Pierre Rouquès est élu conseiller municipal de Paris à deux reprises. Il décède le 19 avril 1952. Le cortège funèbre part de la fédération des métaux rue Jean-Pierre Timbaud pour se rendre au cimetière du Père-Lachaise en un cortège de milliers de personnes entre deux haies de Parisiens massés sur les trottoirs. André Marty prononce l’éloge funèbre de celui qu’il appelle : « le grand chirurgien des pauvres ».
Sonia Rouquès 1908-1980, née Stéphanie Xaviera Fusch, partage sa sépulture.
Ambroise Croizat 1901-1951
Apprenti métallurgiste, il travaille dès l’âge de 13 ans. Adhérent de la SFIO en 1918, il fait le choix en 1920 de la IIIe Internationale et adhère à la SFIC-Parti communiste. En 1928 il est secrétaire de la fédération CGTU des métaux. En 1929 il est membre du Comité central du Parti. En 1936 il est élu député dans XIVe arrondissement de Paris.
Le Parti est interdit en septembre 1939. Il est arrêté le 7 octobre, puis, comme tous les députés communistes qui avaient reconstitué le groupe parlementaire « Ouvrier et paysan », il est condamné à une peine de prison, inéligibilité et une amende, avant d’être, comme tous, déporté au fort Carré d’Alger. En 1943, au débarquement des Alliés en Afrique, il est libéré, nommé à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger et devient le président de la commission du Travail et des Affaires sociales.
Ministre du Travail de quatre gouvernements, il met en place le système de la Sécurité sociale ; il renforce le rôle des comités d’entreprise, organise la médecine du travail, réglemente les heures supplémentaires, la semaine à 40 h, puis un arrêté qui portera son nom ; supprimant la notion de travail féminin, abrogeant tous les abattements légaux sur le salaire des femmes, il crée également le statut des mineurs.
Il décède le 11 février 1951. Un million de personnes l’accompagnent du siège de la CGT, rue La Fayette, au Père-Lachaise.
Gérard Pellois
Article publié dans CommunisteS, numéro 1080 du 1er avril 2026.