Le carré rouge (série) Pierre Sémard (6)
En quelques épisodes nous allons vous accompagner pour découvrir le cimetière du Père-Lachaise. Enfin, y prétendre serait présomptueux, aussi au travers d’un aperçu rapide de son histoire, nous nous dirigerons plus particulièrement vers un espace que l’on nommera le « Carré rouge ».
Pierre Sémard, 1887-1942, est inhumé le 11 mars 1945 dans ce carré du Parti. Il y sera « le premier secrétaire prolétarien de notre grand parti. », comme l’a dit Gaston Monmousseau lors de son allocution face au Mur des fédérés.
Son père est cantonnier des chemins de fer et sa mère garde-barrière. À la mort de son père il doit travailler, il a 11 ans. En 1904 il part à Paris où il exerce plusieurs métiers dont celui de charcutier. Il retourne dans sa Bourgogne natale comme charcutier et cuisinier, puis part se fixer à Valence et s’engage trois ans dans l’armée. À sa libération il passe un examen et devient secrétaire du chef de gare de Valence. Là commence son militantisme. En 1914, père de trois enfants il n’ira pas au front.
Pierre Sémard devient secrétaire général de la Fédération CGTU des cheminots à deux reprises (1921-1924 et 1934-1942), dont il sera, comme l’écrivit le journal Ce soir, « leur guide ardent ». Il est également membre du Bureau confédéral de la CGTU (1933-1935).
Il adhère au PCF en 1923 et s’engage dans l’action contre l’occupation de la Ruhr, ce qui lui vaudra un séjour à la Santé. Membre du Comité central et du Bureau politique de 1924 à 1942, il est le secrétaire général de 1925 à 1929. En 1925, il met en œuvre la politique du front unique avec les socialistes, première alliance antifasciste.
Pour la cinquième fois il séjourne à la Santé pour ses actions contre la guerre du Rif. Après s’en être évadé, il retourne à la case prison jusqu’en janvier 1928.
L’Internationale communiste marque son désaccord sur la politique de front unique du PCF. Sémard n’accepte pas ; il refuse l’assimilation de la social-démocratie au fascisme, position qu’il considère comme gauchiste. Il demande à être relevé de toutes ses fonctions.
De 1935 à 1940 il est Conseiller général de la Seine.
En 1936, il est membre du conseil consultatif des chemins de fer du gouvernement du Front populaire et se prononce, au nom de la CGT, pour la création de la SNCF. Janvier 1938, il est un des administrateurs représentants des salariés de la toute jeune SNCF. Il en sera révoqué en novembre 1938, pour avoir signé des tracts appelant à la grève. Puis un conseil de discipline le rétrograde et le mute à Loches (Indre-et-Loire).
Durant la guerre d’Espagne, il prend une part active à l’acheminement de secours et d’armes aux Républicains espagnols et se rend fréquemment à la frontière espagnole.
En 1939, le pacte germano-soviétique fait voler en éclats le Bureau de la fédération des cheminots. Le 25 septembre, un jour avant l’interdiction du PCF, il est exclu de ses fonctions dirigeantes et licencié de son poste de permanent, puis accusé de détournement de fonds. Il est arrêté en octobre 1939, jugé par un tribunal militaire, comme tous les élus communistes, emprisonné à Bourges en 1940, puis à Gaillon, puis à Évreux où, le 7 mars 1942, il est fusillé comme otage. Début 1942, sa femme et sa fille sont arrêtées.
Le 11 mars 1945, la levée du corps a lieu gare de Lyon. Ce sont des milliers de personnes et de cheminots qui vont l’accompagner jusqu’au Père-Lachaise. Sa femme née Contier (1895-1979), rescapée de Ravensbrück, est inhumée avec lui.
Gérard Pellois
Article publié dans CommunisteS, numéro 1076 du 4 mars 2026.