Energie nucléaire : une filière durable pour le XXIe siècle - Discours de Fabien Roussel

Publié le 24 juin 2025

A mon tour de te remercier Amar (Bellal) pour l'organisation de cette soirée avec toute ton équipe et de nous permettre de nous retrouver ce soir. Et je ne vais pas saluer et remercier toutes les personnalités présentes ce soir mais je voudrais dire quelques mots, à vous les scientifiques, les responsables de ces agences, ceux qui ont de l'histoire dans ce domaine et qui connaissent cette filière.

Je suis un responsable politique modeste et donc je n'ai pas vos connaissances, je n'ai pas vos compétences et je suis venu ici pour me nourrir de la discussion que nous allons avoir ce soir. Et je le dis modestement, mais pour nous, le nucléaire civil et la production d'électricité décarbonée, la nécessité de tenir nos objectifs climatiques, c'est essentiel et nous avons besoin de travailler avec vous, avec vos connaissances pour améliorer les propositions que nous portons dans ce domaine.
Et c'est pour cela que je suis très heureux d'inaugurer cette soirée avant de pouvoir débattre, saluer votre présence et aussi tous ceux qui nous écoutent en direct sur les réseaux sociaux. Je voudrais m'adresser à vous, aux représentants du monde du travail, aux différents syndicats de la filière, mais aussi aux grandes entreprises publiques qui sont donc ici représentées, en particulier EDF, le CEA, le CNRS, toutes celles que tu as citées, Amar (Bellal) tout à l'heure et des personnalités du monde scientifique et de la recherche.


Je vous le dis pour vous mettre à l'aise. Votre présence ici ne vous engage en rien politiquement. C'est sincèrement une contribution que nous appelons de votre part pour que nous évitions de dire des bêtises demain sur ce sujet. Quand on est appelé à s'exprimer ou à porter des propositions dans un programme politique, voire présidentiel, qui sait, il y a un impératif, celui d'être sérieux sur le sujet, de montrer que nous le connaissons le dossier, que nous nous sommes bien renseignés.

C'est important que vous soyez là. D'ailleurs, je trouve que chaque force politique devrait avoir la même démarche, en tout cas pour nous, au Parti communiste français, ça participe de notre culture, du débat que nous aimons et que nous faisons avec toutes les composantes de la société.

Bon, disons-le tout de suite aussi sur le sujet du nucléaire qui va nous occuper toute cette soirée. Nous n'avons, nous, dans notre parti, ni les moyens, ni la prétention, ni la vocation même de produire un travail aussi détaillé et d'ampleur, comme pourraient le faire de grandes agences de l'Etat. Chacun son rôle dans ce domaine. Mais nous voulons travailler à une ambition politique, à des propositions politiques sur la base d'expertises des données qui sont à disposition, mais aussi du travail des militants que nous avons, des salariés, des représentants du monde du travail qui sont eux aussi des experts dans leur domaine et qui mettent leurs savoirs au service de notre projet politique.

On tient aussi cette soirée là dans un contexte international très lourd. La guerre gronde au Proche et au Moyen-Orient. Des dirigeants de pays, des chefs d'Etats font parler les bombes et non plus la diplomatie. Et j'ai d'ailleurs une pensée toute particulière pour toutes les victimes de ces bombardements, en Iran comme en Israël, parce que c'est l'horreur qui s'ajoute à celle de Gaza et à celle du conflit en Ukraine. Et dans un monde en proie à la guerre, il peut paraître incongru de se réunir ce soir, de parler du défi climatique, du nucléaire civil, de se projeter à l'échelle de plusieurs décennies pour assurer la réponse aux besoins énergétiques, alors que notre Monde est au bord du précipice. Mais justement, pour nous, et nous le disons avec force, il n'y aura pas de planète durable, de climat sauvé si le monde devient une poudrière prête à exploser à tout moment. Et dans ces menaces de guerre dont nous parlons tous les jours, nous entendons même que le nucléaire est dans l'actualité. Mais le nucléaire dans sa version destructrice, utilisée au service de la guerre. Notre formation politique dans son histoire, a toujours lutté, au contraire pour le développement de l'usage pacifique de l'atome, dans la fidélité de son soutien aux scientifiques signataires de l'appel de Stockholm au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui refusaient de voir les travaux détournés vers la production d'armes de destruction massive et souhaitaient au contraire qu'ils contribuent au bien être de l'humanité par la production d'une énergie abondante, économisant les ressources de la planète.

Et je le verse au débat comme une proposition. Pourquoi pas, pour celles et ceux que ça intéresse, travailler demain à un appel, je dirais aujourd'hui même parce qu'il y a urgence. De travailler rapidement à un appel de Paris pour une coopération mondiale sur le nucléaire civil durable. Nous, responsables syndicaux, économiques, politiques, associatifs, scientifiques, nous avons cette responsabilité justement d'appeler à un usage pacifique de l'atome, du nucléaire au service du bien-être des peuples, de l'être humain et de la préservation de la planète. Et ce serait un appel important, je pense, à diffuser en cette période.

Mais il y a aussi une autre guerre qui est menée, celle par les forces d'extrême droite au pouvoir qui se multiplient et c'est une guerre contre l'écologie, une guerre contre les politiques climatiques, une guerre même menée contre les scientifiques. On le voit aux Etats-Unis.

Enfin, nous sommes plongés, malheureusement dans beaucoup de pays, en Europe et dans notre pays en particulier, dans un monde où les politiques d'austérité frappent fort de nombreuses agences d'Etat, le budget de la recherche. Et c'est ce qui se passe malheureusement en France.

Les programmes, les budgets en faveur du climat sont en net recul. Ils sont en net recul alors que dans le même temps, le budget des armées va lui quasi doubler d'ici 2030, avec une grande part de ces moyens mis au service de l'investissement dans le nucléaire militaire. Alors qu'on investit beaucoup dans le nucléaire militaire en ce moment, le programme pour l'énergie en France, le lancement de ces constructions de réacteurs que l'on attend depuis maintenant un moment n'est toujours pas lancé.

Et d'ailleurs nous tenons aujourd'hui cette conférence alors qu'un texte de loi arrive à l'Assemblée pour mettre ces enjeux à l'ordre du jour. On voit bien combien ça patine et on ne sait pas quand est ce qu'ils vont appuyer sur le bouton pour lancer le programme, ni avec quel argent. N'est ce pas ? Vous êtes directement concernés, vous, EDF. C'est pourquoi, même dans les moments difficiles, nous devons pouvoir dessiner l'avenir avec une grande ambition et ne pas en rabattre sur nos objectifs.

Une ambition sociale, écologique. Avec d'autant plus de force que, comme je viens de le dire, ces sujets sont relégués au second plan. Le sujet qui nous occupe aujourd'hui est celui du défi climatique et de la réponse aux besoins énergétiques en France, mais aussi dans le monde, et dans lequel l'énergie nucléaire va jouer un rôle croissant. En tout cas, c'est ce que nous, nous pensons.


La réponse aux besoins énergétiques est essentielle pour parvenir aux grands objectifs de développement durable fixés par l'ONU et la politique énergétique de la France. Elle est aussi essentielle pour garantir l'indépendance de notre pays. Et on a vu combien elle pouvait être remise en question avec la guerre qui est menée par la Russie contre l'Ukraine.

Cette politique énergétique est essentielle pour notre indépendance, pour notre souveraineté, mais aussi pour renouer avec un avantage compétitif que nous avions, que nous avons eu pendant des années.

Essentielle pour notre économie, pour nos entreprises, mais essentielle aussi pour les ménages, pour nos concitoyens, pour faire baisser leur facture d'électricité et avoir un usage de l'énergie décarboné et répondant à nos objectifs climatiques.

L'énergie, c'est essentiel. C'est essentiel parce que c'est dans notre quotidien. Sans énergie, pas d'eau potable, pas de chaîne du froid assurant la conservation des aliments, des médicaments, pas de production de biens de première nécessité. La liste pourrait être longue et notre formation politique porte de grandes ambitions écologiques et sociales autour de cette question et en se fixant l'objectif de la neutralité carbone en 2050, comme le précise l'Accord de Paris. Nous avons décidé de prendre ce sujet à bras le corps.

Nous y avons travaillé et nous avons ainsi élaboré un plan climat Empreinte 2050. Travaillé avec beaucoup de personnes ici présentes, présenté en novembre 2023. Nous sommes en ce moment-même en train de travailler à une nouvelle version de ce plan, parce qu'il fait l'objet toujours de discussions d'une large concertation en direction de la société civile, avec de nombreux débats et rendez-vous comme celui que nous avons ce soir.

La réponse aux besoins énergétiques pour les grands secteurs que sont l'industrie, les transports, le bâtiment doit passer forcément par une décarbonation de la production d'électricité, mais aussi par une électrification massive des usages.

Et ça, c'est un sujet dont on parle peu. On parle de produire de l'électricité, mais on ne parle pas de l'électrification massive des usages. Ça fera l'objet de discussions ce soir. Je ne vais pas détailler. Et pour cela, nous, notre plan aborde cette question et prévoit le doublement de la production d'électricité d'ici 2050. Pour nous, doubler la production d'électricité décarbonée d'ici 2050, c'est une condition essentielle si on veut à la fois assurer l'élévation du niveau de vie de la population et faire face au défi climatique.

Pour nous, ce n'est pas le climat ou les jours heureux, c'est le climat et les jours heureux.

C'est en garantissant des logements de qualité par la rénovation des bâtiments, c'est en assurant le droit à la mobilité de toutes et tous, c'est en assurant de hauts niveaux de service public et des bons salaires avec des emplois de qualité que nous donnerons le plus de chances de relever le défi climatique et de remporter l'adhésion de nos concitoyens.

Et notre plan climat montre que c'est une voie possible et que nous voulons emprunter. Nous ne sommes pas non plus opposés à la sobriété énergétique. Notre plan climat y a recours, mais elle doit être comprise comme de la modération, de la tempérance, à l'exclusion de toute forme d'austérité qui conduirait à l'aggravation de la précarité énergétique dont on veut sortir.

Pour produire cette quantité d'électricité, nous pensons bien sûr indispensable de développer la production des énergies solaire et éolienne. Nous le disons, mais en revanche, nous excluons toute perspective d'un mix électrique qui serait composé à 100 % d'énergies renouvelables ou de renouvelables ultra majoritaire.

C'est pour nous une perspective vouée à un très fort risque d'échec qui pourrait rendre la neutralité carbone hors d'atteinte. Ces orientations nous conduisent à considérer donc incontournable, la place du nucléaire dans la production d'énergie décarbonée, non pas comme un simple appoint, mais comme une production de base. Dans un pays comme le nôtre. Et j'ajoute même en tant que responsable politique, que pour nous, pour notre formation politique, la bataille de l'énergie est la bataille essentielle, cruciale du moment.

Essentielle dans le contexte des guerres, de celle que nous avons ici au cœur de l'Europe. Mais on le voit même au Moyen-Orient avec le cours du pétrole qui va augmenter de nouveau. Essentielle pour réindustrialiser le pays, réouvrir des usines, produire des biens de consommation avec de l'électricité, de l'énergie décarbonée. Essentielle, pour baisser les factures d'électricité. Encore une fois, le sujet du pouvoir d'achat de l'électricité est au cœur de toutes les conversations.

Et donc pour nous, c'est un enjeu fort essentiel et il sera au cœur des combats politiques et des initiatives que nous prendrons dans la période. Et je suis persuadé que ce sera au cœur des élections présidentielles 2027 et on verra quelles sont celles et ceux qui prendront des engagements dans ce domaine. Pour nous, on les prend, on les a déjà pris et on continuera de les prendre.


Et ce soir, on avancera d’un pas supplémentaire. Pour notre part, c'est notre originalité, donc à gauche, d'avoir ce discours clair sur ce sujet, là où d'autres se sont fourvoyés en qualifiant le nucléaire d'énergies du passé. Mais il est vrai que nous avons une histoire dans ce domaine avec la création du CEA, le premier haut commissaire à l'énergie atomique n'était autre que Frédéric Joliot-Curie, grand physicien et membre illustre de notre parti.


Mais je pense aussi au plan Messmer de 1974 qui allait être le précurseur du plus grand chantier nucléaire au Monde à l'époque, avec l'ambition de construire pas moins de 58 réacteurs nucléaires en l'espace de trois décennies, plan que nous avons soutenu et approuvé au Parlement, à l'Assemblée nationale comme au Sénat. Et je dirais que, aujourd'hui, nous avons besoin d'un plan Messmer 2.


C'est la même ambition que nous devrions avoir pour notre pays. Cet exploit, ce plan Messmer, c'est important pour nous, il était important parce qu'il a eu l'appui des parlementaires, il a été voté, été financé, mais il n'aurait pas eu lieu sans ces femmes et ces hommes, ouvriers, techniciens, ingénieurs, chercheurs au sein de grands services publics comme EDF et le CEA.

Et il faut le rappeler, il peut y avoir l'ambition politique, il peut même y avoir les sous. Mais s'il n'y a pas les hommes et les femmes derrière, il n'y aura rien. C'est un véritable enjeu que d'avoir les emplois et les travailleurs formés pour travailler à ce grand projet. Enfin, dans notre histoire et plus récemment, nous nous sommes opposés à la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim et l'abandon du projet ASTRID.

Pour l'anecdote, c'est aussi un député communiste, André Chassaigne, qui a saisi l'OPECST, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques sur les conséquences de l'abandon du projet ASTRID, ce qui a abouti à un rapport qui a beaucoup circulé dans la filière et qui a contribué à prendre conscience de l'enjeu de relancer le nucléaire en France. Et je tiens d'ailleurs à remercier sur ce sujet Gilles Cohen-Tannoudji et Yves Bréchet, dont les écrits et la réflexion ont beaucoup nourri cette démarche auprès d’ André Chassaigne.

Aujourd'hui, nous nous réjouissons de voir la cote du nucléaire civil remonter dans le pays, remonter fortement dans l'opinion et même retourner des orientations politiques qui avaient été mises de côté, tant en France que dans de nombreux pays. Construire des centrales nucléaires, investir dans le nucléaire civil redevient un sujet d'actualité, y compris dans des pays comme l'Allemagne. Mais c'est insuffisant.

Insuffisant car il va falloir aller plus loin que les débats et les intentions. Les déclarations qui ont lieu aujourd'hui sont insuffisantes à notre goût car en plus d'un plan de déploiement massif des énergies renouvelables, notre plan à nous prévoit la construction de 20 EPR et non pas 14 comme le prévoit le gouvernement, comme le prévoit dans ses intentions. Ce n'est toujours pas planifié. Et cet écart que nous faisons entre les 14 EPR du gouvernement et les 20 que nous proposons, c'est parce que nous voulons respecter les exigences écologiques de notre temps, en préservant notamment les surfaces agricoles et forestières de notre pays et en les protégeant d'une exploitation irraisonnée de la biomasse à usage énergétique.

Et c'est pour cela que nous faisons ce choix-là. C'est pour préserver nos forêts. Ce choix politique implique mécaniquement un recours massif à l'électricité décarbonée, sensiblement plus importante que les prévisions du gouvernement. C'est pour ça que nous n'avons pas les mêmes trajectoires et Victor Lény aura l'occasion de nous détailler ce plan dans son intervention ce soir, sans trop de chiffres.


Je sais qu'il y en aura beaucoup, mais il y a un auditoire pour ça. Nous disons aussi que le doublement de la production électrique passera par une prolongation des 56 réacteurs existants. C'est ce que nous, nous pensons, prévus pour une durée de 40 ans et nous jugeons qu'ils devraient pouvoir être prolongés jusqu'à 60, voire 70 ans pour certains d'entre eux.

Cela pose bien sûr la question de la recherche des investissements en matière de recherche développement sur les matériaux, sur un renouvellement des équipements, de vastes travaux de remises à niveau de ces réacteurs qui vont forcément nécessiter des financements, à l’heure où le gouvernement ne donne justement pas les moyens financiers à la hauteur des défis auxquels EDF doit faire face.


Nous demandons aussi de relancer les réacteurs à neutrons rapides, réacteurs de nouvelle génération, pour pouvoir relancer la filière actuelle du nucléaire. Cela va de pair parce que nous pourrions nous retrouver durant ce siècle face à une pénurie de ressources en uranium si le nucléaire venait à se développer massivement dans le Monde, comme le prévoient d'ailleurs les grandes agences mondiales de l'énergie.

C'est un sujet et c'est la raison pour laquelle nous devons investir dans la recherche sur ce domaine. Pour investir dans ces nouveaux réacteurs à neutrons rapides. Et Michel Donnedieu aura l'occasion dans son intervention de nous expliquer pourquoi le lancement d'une telle filière permet de résoudre ce problème et d'aller ainsi dans le sens d'un nucléaire dit durable.

J'ajoute un autre programme que j'adore particulièrement sur du long terme, c'est le programme ITER à Cadarache, projet de réacteur nucléaire à fusion. Parce que je suis allé sur place, je trouve que ce projet de recherche est passionnant pour l'avenir, avec bien sûr l'objectif qu'il puisse aboutir. Et d'ailleurs, il y a eu des progrès notables. Je sais que ce n'est pas pour demain, mais c'est pour après demain et c'est une recherche qui est utile de toute façon, y compris pour aujourd'hui, quand ils font des avancées dans ce domaine, mais surtout, et c'est cela que j'ai adoré dans ce projet ITER, c'est que ce projet fait la démonstration dans ce domaine du nucléaire civil notamment, que toutes les nations du monde ont intérêt à coopérer entre elles au service de ce projet.

Parce que ITER, pour ceux qui ne le savent pas, c'est un projet qui réunit des chercheurs venant d'une dizaine de pays qui aujourd'hui ne sont pas alliés ou sont actuellement en conflit plus ou moins larvé mais dont les chercheurs savent travailler ensemble dans des laboratoires, sur un projet de réacteur nucléaire à fusion. Je cite ces pays: la Corée du Sud, le Japon, la Suisse, le Royaume-Uni, l'Inde, la Chine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Et tout ce monde là travaille ensemble. C'est beau. Pour moi, c'est l'avenir. Cela ne devrait pas être que sur ITER et ça devrait être sur l'exploitation, l'utilisation, la recherche dans le nucléaire civil au service de l'humanité. En tout cas pour la France, nous aurons besoin d'une filière dans ce domaine, d'investir dans la recherche, de donner des moyens aux scientifiques, de former des ingénieurs, des ouvriers, des soudeurs, des techniciens et d'avoir un véritable service public qui malheureusement aujourd'hui souffre des politiques d'économie, d'austérité et qui fait que nous sommes pénalisés, parfois retardés.

Par exemple, il y a eu la volonté à EDF de séparer les trois entités qui existent aujourd'hui avec le projet Hercule. Et heureusement, ce projet a été oublié. Mais je ne veux pas ouvrir de polémique ici. Ce n'est pas lieu. Mais nous militons, nous, pour notre part et pour répondre aux grands défis que j'expose, nous militons, nous pour une grande entreprise publique avec un EDF réunifié incluant Enedis et RTE.

Cela passe aussi par des moyens accrus aux grands instituts et agences de recherche que sont le CNRS, le CEA, l'ADEME et l'ASNR. Et concernant l'Education nationale et l'enseignement supérieur, la filière nucléaire estime les besoins à près de 100.000 emplois d'ici 2030. Le défi en formation est donc énorme.

Et pourtant, nos universités, nos écoles d'ingénieurs, nos IUT manquent cruellement de moyens. Valérie Goncalves aura l'occasion de détailler ce point lors de son intervention.

Je termine en disant que la France doit redevenir une grande puissance scientifique et industrielle. Le dire, c'est facile. Mais à l'heure où l'obscurantisme grandit dans un grand nombre de pays, c'est un véritable défi que de dire que nous avons besoin d'investir dans la science et dans l'industrie.


J'avais fait ce vœu lors de la campagne présidentielle d'avoir la jeunesse la mieux éduquée et la mieux formée au monde. C'est une nécessité aujourd'hui pour construire cette France des jours heureux dans laquelle nous espérons vivre un jour. Aussi, ce rendez vous s'inscrit dans notre grande campagne sur l'industrie et les services publics et notre plan climat est de fait un vaste plan industriel dont la relance du nucléaire est une des composantes.

Comment ne pas évoquer l'exemple du retard et les problèmes rencontrés lors du chantier de l'EPR de Flamanville ? Cela traduit pour nous une perte de savoir-faire et un délitement du tissu industriel français. Ce n'est pas vraiment un problème spécifique au nucléaire, mais plus largement un problème industriel. Et il va d'ailleurs se poser aussi pour les grands projets liés aux énergies renouvelables quand il s'agira par exemple de faire de vastes parcs éoliens offshore.

La France va devoir réapprendre à maîtriser ses grands chantiers industriels. L'espoir, c'est qu'on ne part pas de zéro. C'est que nous avons encore un savoir faire et des entreprises stratégiques qui maîtrisent toute la filière nucléaire. Cas unique pour un pays de la taille de la France. Nous sommes une grande nation, forte notamment en mathématiques. Alors c'est vraiment maintenant que nous devons relancer le nucléaire en préparant le rendez-vous de 2050, mais aussi au-delà de 2050, en allant vers un nucléaire durable, durable pour ce siècle et ceux à venir.

On ne part pas de zéro. L'espoir, il est aussi là ce soir, dans la conférence que nous tenons et dans les échanges que nous aurons au-delà de nos opinions. Je vous remercie.