Un programme pour écrire une nouvelle page de notre histoire

Publié le 26 juin 2024

À l’annonce de la dissolution-surprise du 9 juin au soir, la gauche devait relever un double défi : son rassemblement afin de faire écho à l’exigence d’union émanant du peuple de gauche pour faire barrage à une extrême droite menaçante comme jamais ; et le réveil de l’espoir au moyen d’un programme à la hauteur des attentes populaires et du besoin de redressement d’un pays ravagé par le néolibéralisme. Tout cela, sans rééditer les impasses sur lesquelles la Nupes avait échoué en 2022…

Le Nouveau Front populaire aura d’abord été permis par l’élaboration d’un contrat de législature dessinant une ambition de rupture « immédiate et claire » avec des politiques n’ayant eu de cesse de servir le capital. Ce contrat part, à cette fin, des besoins — salaires, emploi, services publics, formation, retraites, logement, climat, protection sociale — pour définir de grandes orientations visant à la justice sociale, au partage des richesses, et à la transition écologique.

Comme le souligne le « chiffrage » réalisé par les économistes soutenant le NFP : « L’action de l’État sur les entreprises et les revenus des ménages doit permettre de dégager les moyens nécessaires pour développer l’emploi de qualité, la formation, les services publics. Le pôle financier public et financier fera les avances nécessaires, et les orientera efficacement sans être soumis aux normes folles des marchés financiers. »

Son originalité, ce contrat la retire de la déclinaison des séquences autour desquelles une nouvelle majorité de gauche articulera sa démarche : d’abord, la rupture des quinze premiers jours pour affronter l’urgence ; ensuite, les cent premiers jours, avec de grandes lois visant à améliorer le quotidien des Françaises et des Français, à reconstruire les services publics les plus vitaux, et à engager la planification écologique ; enfin, les grandes transformations appelées à structurer la mandature.

Tirant les conséquences des échecs de la gauche lorsqu’elle aura accédé aux affaires, l’enclenchement d’une nouvelle logique de développement, où social et écologie seront le but et le moyen de la transformation de la production et de la consommation, se verra financé à la fois par de nouvelles recettes fiscales, une action volontariste pour faire baisser un coût du capital qui hypothèque la création de richesses, et le recours à d’autres mécanismes de financement public qu’autorisera notamment la sortie de l’enfermement austéritaire du pacte budgétaire européen. Ce qui n’en rend que plus indispensables les nouveaux droits annoncés par le programme pour les salarié·e·s.

Ce contrat n’aura, par ailleurs, évité aucun des débats traversant la gauche : par exemple sur l’objectif de paix en Ukraine autant qu’au Proche-Orient, sur la caractérisation des massacres terroristes du Hamas autant que sur l’exigence de l’arrêt des destructions à Gaza, ou encore sur la nécessité d’un combat résolu contre un antisémitisme qui explose autant que sur le besoin d’une lutte de chaque instant contre toutes les formes de racisme.

On l’imagine, une aussi haute ambition ne se concrétisera pas sans l’implication du peuple travailleur. Comme en 1936, c’est sa mobilisation qui transformera la victoire électorale en conquêtes à même de changer durablement la vie de nos concitoyennes et concitoyens.

Christian Picquet

Article publié dans CommunisteS, n°1002, 26 juin 2024.

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