Le 28 août 2024, Alban Liechti nous quittait à l’âge de 89 ans. En 1956, militant communiste de 21 ans, il fut le premier des « soldats du refus », ces soldats français appelés sous les drapeaux mais qui refusèrent de participer à la guerre d’Algérie.
La décision n’était pas simple. Alban n’avait pas souhaité être le premier, mais s’il n’y en avait pas d’autres avant lui, il était disposé à assumer les conséquences de ce choix. C’est dans une lettre adressée au Président de la République de l’époque qu’il motive sa décision : « Dans cette guerre, ce sont les Algériens qui défendent leurs femmes, leurs enfants, leur patrie, ce sont les Algériens qui combattent pour la paix et la justice. C’est pourquoi je ne peux prendre les armes contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance. »
Une décision qu’il paya d’abord de 2 ans d’emprisonnement dans des conditions particulièrement difficiles et qu’il renouvela en 1959, poussant à 4 ans son temps d’emprisonnement total durant la guerre. Il acceptera finalement d’être mobilisé lors de la dernière année du conflit, mais fidèle à son engagement il refusera jusqu’au bout que son fusil soit chargé.
L’ARAC et le Mouvement de la paix se sont associés, avec la famille d’Alban et la Maison Paul Vaillant-Couturier, pour organiser une exposition retraçant les grandes lignes de cette « époque algérienne » d’Alban Liechti. Elle couvre également l’origine de son engagement politique ancré dans le mouvement anticolonial et anti-impérialiste des années 50, le mouvement de solidarité autour de sa cause (tout particulièrement le rôle du Secours populaire et des femmes de son entourage qui ont œuvré à soutenir son geste) et de la poursuite de son engagement communiste, anti-impérialiste et pacifiste jusqu’à son décès.
L’exposition participe du besoin de faire mieux connaître cette période à l’heure où un journaliste peut être mis en retrait par sa direction pour avoir rappelé toute la brutalité de la conquête coloniale de l’Algérie au XIXe siècle et où la banalisation de l’extrême droite française nostalgique du colonialisme atteint un nouveau paroxysme.
Elle résonne particulièrement avec l’actualité, tant vis-à-vis de la remontée des tensions entre Paris et Alger, que du peuple palestinien sous le feu d’un conflit d’une violence extrême comparable aux guerres coloniales d’antan et alors que les discours bellicistes et les politiques militaristes et impérialistes font leur grand retour dans le monde occidental.
L’exemple d’Alban offre une autre perspective nous rappelant que la recherche de l’amitié entre les peuples est toujours possible sans naïveté aucune. Qu’il y a une alternative aux nationalismes guerriers et qu’elle ne repose pas sur la seule sensibilité ou le courage d’un individu, mais bien plus sur la force de l’engagement au sein d’un mouvement conscientisé, structuré et organisé, capable de faire face aux enjeux et aux épreuves de son temps et défier tout fatalisme.
L’exposition est actuellement visible à Vitry-sur-Seine dans le hall de l’Hôtel de Ville jusqu’au 18 avril prochain. Elle sera prochainement exposée à Bobigny lors du congrès du Mouvement des jeunes communistes de France, le week-end des 12 et 13 avril prochains. Et elle saura sûrement trouver un large public dans les années à venir !
Thomas Liechti
Article publié dans CommunisteS, numéro 1036 du 2 avril 2025.