Une présidence hongroise de l’Union européenne doublement révélatrice

Publié le 10 juillet 2024

Du 1er juillet au 31 décembre 2024, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne sera assurée par la Hongrie. Son président, issu de la formation d’extrême droite Fidez, Victor Orban, dirigera la réunion des ministres de chacun des Etats membres de l’Union réunis dans des formations thématiques.

Dans le processus décisionnel cette fonction est importante. Le Conseil de l’Union européenne est, aux côtés du Parlement européen, le second législateur dans l’Union. La présidence du Conseil doit alors être comprise comme une présidence de Commission parlementaire permettant d’orienter les débats.

Mais plus qu’autre chose, une présidence du Conseil est l’occasion pour un Etat d’imprimer une marque, une ambition. En 2008, le Président Sarkozy avait voulu faire de la présidence française, celle de la mise en œuvre du Traité de Lisbonne. En 2022, Emmanuel Macron avait inscrit son mandat tournant dans la perspective d’un tournant géopolitique de l’Union.

Victor Orban ne cache pas, lui, sa volonté d’imprimer sa marque sur l’orientation politique de l’Union. C’est ainsi que le plagiat du slogan choisit, « Make Europe great again », constitue un clin d’œil direct à Donald Trump et au travers de lui à l’ensemble des extrêmes droites européennes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si un nouveau groupe d’extrême droite, « l’Europe des patriotes », comptant dans ses rangs le Rassemblement National, se constitue à l’initiative du gouvernement hongrois, concomitamment au début de sa présidence.

Mais au-delà de la symbolique, la présidence hongroise apparaît comme un double révélateur.

Elle rappelle d’abord que dans l’Union la puissance des Etats compte. La Présidence hongroise n’attire en effet que peu d’intérêt. Au-delà du voyage effectué par Victor Orban, au nom de la Hongrie et non de l’Union, à Moscou, la couverture médiatique reste faible, de même que l’agitation politique à Bruxelles. Cette tiédeur contraste fortement avec les récentes présidences française ou allemande. Pourquoi ? Car dans l’Union, les Etats puissants demeurent les plus influents.

Surtout, le programme révélé par la présidence hongroise vient rappeler qu’être « anti-système », comme aiment se décrire les forces d’extrême droite, ne signifie en rien affronter les logiques du capital, bien au contraire. La feuille de route du gouvernement hongrois pour sa présidence, regorgent d’exemples démontrant combien il agit au service des logiques fondamentales de l’Union et du capitalisme libéral. Tout en reconnaissant l’importance du nucléaire la présidence hongroise s’engage à perpétuer le marché unique de l’énergie. Sur les retraites, elle vise à « permettre aux travailleurs les plus âgés d’accompagner leur pension d’un emploi salarié ». Sur l’internaitonal et la défense ? Il s’agit de reconnaitre « l’importance décisive et stratégique des relations transatlantiques avec l’OTAN » et de développer la militarisation du continent. Le droit des femmes ? Orban répond fertilité et natalité. L’élargissement aux Balkans ? La Hongrie propose de le continuer. La liste pourrait s’allonger.

Une chose est sûre, la gauche et le mouvement populaire sont forces de transformation sociale. Les « anti-systèmes », eux, s’en révèlent toujours les meilleurs ennemis.

Article publié dans CommunisteS, n°1004, 10 juillet 2024.