La visite de Xi Jinping en France - Y-a-t-il un pilote à l’Élysée ?

Publié le 15 mai 2024

Lorsque de Gaulle en 1964 décide de reconnaitre la République populaire de Chine, ne faisant que « reconnaître le monde tel qu’il est », affirme alors le général, il rompt avec le front occidental et enfreint les consignes de Washington.

L’indépendance dont avait su faire preuve Paris n’est plus qu’un lointain souvenir, et c’est un Emmanuel Macron dûment briefé par Washington et chaperonné par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, qui a reçu son homologue chinois Xi Jinping. Une visite d’État pour célébrer le soixantième anniversaire des relations diplomatiques bilatérales, mais qui avaient bien d’autres enjeux inscrits à l’agenda.

En premier lieu l’Ukraine. Il fallait une fois encore « inciter la Chine à utiliser ses leviers sur Moscou pour changer l’issue du conflit » (dixit l’Élysée), mais encore la presser de mettre un terme aux transactions commerciales de ses entreprises avec la Russie, lesquelles, selon les autorités étatsuniennes, ont permis à Moscou de redresser son industrie de l’armement et de prendre un avantage dans le conflit.

Le secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Kurt Campbell, à Paris le 2 mai, juste avant la venue de Xi Jinping, avait joué pour l’Élysée les chefs de chœur sur cette question : « Nous devons placer la Chine devant ses responsabilités. Étant donné la détermination de la France à jouer un rôle actif et important sur la question ukrainienne, il est essentiel que le président Macron soit clair et déterminé pour exprimer les préoccupations françaises dans ce domaine », avait-il martelé. Message reçu et transmis à l’intéressé chinois.

En réponse, Xi Jinping a appelé Paris à ne pas « salir » son pays sur le dossier ukrainien, estimant que Pékin jouait un « rôle positif » pour trouver une solution pacifique à la guerre dans le respect des principes de la Charte des Nations unies. Notons ainsi que Li Hui, chargé par Pékin en 2023 d’explorer les conditions du règlement du conflit par des pourparlers de paix, a mené du 3 au 11 mars une nouvelle mission qui l’a conduit à Moscou, Bruxelles, Varsovie, Kiev, Berlin et Paris, avec pour objectifs de rappeler qu’il existait un « plan » chinois pour trouver une fin politique à la guerre.

À ce jour, la Chine n’a pas confirmé sa participation à la « Conférence sur la paix » que la Suisse organise les 15 et 16 juin, en étroite concertation avec l’Ukraine. La réponse reste suspendue à la prochaine venue de Poutine à Pékin.

Outre l’Ukraine, l’un des principaux objectifs de la visite de Xi Jinping tenait au rééquilibrage des relations commerciales entre l’Europe et la Chine. Pour aborder le sujet, Emmanuel Macron a laissé la parole à Ursula Von der Leyen, comme il l’avait fait lors de son séjour en Chine en avril 2023. Cette délégation était censée présenter un front continental uni face au « rival systémique », tel que Bruxelles a qualifié la Chine en 2019. Une unité peu convaincante puisque le chancelier allemand Olaf Scholz a décliné l’invitation élyséenne. À Pékin, en avril, il avait affiché la volonté de promouvoir directement les intérêts allemands et défendu sa stratégie davantage ouverte aux échanges avec la Chine que ne le sont l’actuelle Commission européenne ou les États-Unis.

Ursula Von der Leyen a toutefois réitéré que l’UE « n’hésitera pas à prendre des décisions fermes » pour « protéger son économie et sa sécurité ». Preuve en est l’enquête européenne lancée sur les subventions chinoises aux véhicules électriques, soutenue par Paris.

Les dangers pesant sur l’usine METEX à Amiens soulignent les ravages de la concurrence encouragée par cette même Union européenne (en l’occurrence ici venue de Chine). De leurs côtés, les autorités chinoises ont lancé leur propre investigation antisubventions sur les eaux-de-vie qui touche essentiellement le cognac français. Quelques accords commerciaux bilatéraux ont été signés dans le domaine de l’énergie, de la finance ou des transports. Mais contrairement aux vœux français, Pékin n’a pas annoncé les investissements espérés, notamment dans le secteur des véhicules électriques et des batteries.

Dominique Bari
membre de la commission des Relations internationales 

Article publié dans CommunisteS, numéro 996 du 15 mai 2024.