Il y a cinquante ans, le 10 juin 1976, le PCF réunissait 10 000 personnes au Palais des Sports de Gerland à Lyon, pour l’appel aux chrétiens de Georges Marchais. Quarante plus tôt, le 17 avril 1936, Maurice Thorez lançait sur Radio-Paris : « Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, paysan... ». Le mouvement ouvrier au XIXe siècle et au début du XXe était devenu en France très anticlérical, en raison de la collusion de l’Église catholique avec le patronat. Mais la situation a évolué : dans la Résistance et l’après-guerre, on ne compte pas les brochures, souvent remarquables, des dirigeants du PCF pour dépasser cette division de la classe ouvrière. En même temps, de nombreux chrétiens, reprenant le message du Christ, ont voulu vivre la vie des pauvres, des ouvriers. C’était, par exemple, le mouvement du Prado à Lyon, sous l’impulsion du Père Chevrier dès 1860, puis celui des prêtres-ouvriers, brutalement arrêté par Pie XII le 1er mars 1954. Ces évolutions n’étaient pas propres à la France, comme l’ont montré le concile Vatican II ou la théologie de la libération. Si, auparavant, avec Léon XIII (1891) et Pie XI (1931) l’Église officielle avait condamné le cynisme des capitalistes, elle s’était empressée d’insister sur le fait que les options socialistes et communistes étaient tout aussi condamnables. Mais Paul VI reconnaissait enfin le droit des chrétiens à choisir librement le système politique qui paraissait le plus conforme à leur conscience.
Le XXe congrès du PCF en février 1976 a constitué un moment marquant dans l’histoire du Parti, non pas un coup d’éclat brutal mais une étape prolongeant les ouvertures qui se développaient notamment depuis Waldeck Rochet dans les années soixante. Le PCF se présentait de plus en plus comme un parti politique et de moins en moins comme une organisation ayant une philosophie officielle rigide.
Le choix de Lyon n’était pas dû au hasard, il y avait une longue tradition de dialogue, en particulier grâce à Mgr Alfred Ancel, évêque auxiliaire, qui publiait aux Éditions sociales Dialogues en vérité avec Joseph Jacquet, secrétaire régional de la CGT. L’heure était donc venue pour montrer « les raisons nouvelles à l’union entre communistes et chrétiens, pour construire une société plus juste et plus fraternelle ». Déjà en avril 1975, Roland Leroy avait rassemblé 1 000 personnes à Rennes sur ce thème, c’était un succès un peu inattendu qui encourageait à des prolongements. L’un des arguments de fond était que la crise était devenue « globale, profonde, durable », qu’elle touchait « l’ensemble du peuple de France » et qu’elle comportait des aspects humains et moraux au-delà de la stricte lutte contre l’exploitation de la classe ouvrière.
Le PCF a ensuite étendu la réflexion aux « croyants » en général, en particulier bien sûr aux musulmans. Il est souhaitable de redonner un élan à ces efforts, car ils se sont malheureusement un peu essoufflés depuis cette époque.
Pierre Crepel
Article publié dans CommunisteS, numéro 1092 du 24 juin 2026