La « violence scolaire » est un de ces éléments de langage particulièrement envahissant qui, martelés par les droites, les extrêmes droites et les médias à leur service, sèment l’inquiétude, exacerbent un sentiment d’insécurité déjà très prégnant et créent un contexte globalement anxiogène. Et cela en multipliant les manipulations idéologiques les plus grossières, voire les plus malsaines qui consistent à affirmer une augmentation alarmante des « violences scolaires ».
Certes il ne s’agit pas de nier la réalité et la gravité de certains faits, mais bien de dénoncer leur instrumentalisation, et pour cela s’appuyer sur des résultats d’enquêtes et des travaux de recherche, en particulier le rapport Éric Debarbieux/Benjamin Moignard sur le sujet (À l’école de la défiance. Enquête nationale de climat et d’expérience scolaire dans le second degré,2022), travaux qui convergent : la violence à l’école n’augmente pas, voire diminue mais s’exprime de manière plus brutale.
L’enjeu de ce numéro de Carnets rouges est de défendre une analyse systémique de la violence à l’école pour en interroger les origines politiques, refuser les instrumentalisations idéologiques et sécuritaires et la seule focalisation sur des événements dramatiques mais singuliers. La question de la violence est suffisamment grave pour que la plus grande rigueur soit convoquée afin d’en comprendre les mécanismes, déjouer toute tentative de promotion de l’autoritarisme, de mise au pas, du contrôle et de la sanction, de ne pas se perdre entre surenchère et minimisation. Et partager des pistes de travail pour la réduire.
Il s’agit de défendre la perspective selon laquelle la résolution de ces questions de violence ne saurait faire l’économie d’une réflexion sur les finalités éducatives de l’école et sur leur mise en œuvre. En effet, dans cette société néolibérale qui a pour tout viatique méritocratie, concurrence, haine donc peur de l’autre, les promesses d’égalité et d’émancipation sont sans cesse bafouées, les individus niés dans leurs identités multiples. La référence permanente à une « santé mentale » déficiente des élèves qui les rend individuellement responsables de leurs échecs ; la violence institutionnelle que subissent les enseignants et qui les épuise dans leur isolement face à l’accroissement des difficultés à exercer le métier sans réelle formation, sont autant d’indicateurs d’un projet politique délétère, qui conduit à l’empêchement à faire du commun.
Carnets rouges a toujours affirmé qu’il n’y a pas de fatalité. Ce numéro en témoigne en rendant compte de luttes contre les violences, lorsque le collectif rompt l’isolement, lorsque la parole circule pour dénoncer mais aussi construire, que des actes sont posés, des combats menés contre toute forme de domination.
Carnets rouges n° 37, mai 2026
Christine Passerieux
Rédactrice en chef
Article publié dans CommunisteS, numéro 1092 du 24 juin 2026