L’appel « Pour une révolution des financements internationaux pour le climat », lancé depuis Belém (Brésil) en novembre dernier, quelques jours avant la COP30 sur le climat, appelait à construire un réseau international pérenne d’acteurs engagés pour porter ce combat (le dernier numéro d’Économie&Politique rend compte de cette initiative). Il a eu un premier prolongement lundi 2 février à Paris, à l’initiative d’Économie&Politique et de la revue Option Brésil, avec la participation d’Oxfam et de Reclaim finance.
Maria Luiza Lapa de Souza (Option Brésil et Parti des travailleurs du Brésil) a dénoncé le contraste entre les peuples autochtones qui agissent concrètement pour une autre vision du rapport entre l’humanité et la nature, d’une part, et, de l’autre, les puissances économiques financières qui tentent de convertir la catastrophe climatique en nouveaux champs d’accumulation aux dépens de ces populations. Elle a présenté l’appel lancé, en novembre à la rencontre de Belém, à un financement monétaire massif, par une émission de DTS (droits de tirage spéciaux du FMI), de la transition écologique, et en particulier de la recherche, de l’éducation, de l’industrie, de l’emploi nécessaires à cette transition. Elle a rappelé la participation de la CUT (centrale unique des travailleurs brésiliens) à la rencontre de novembre et à l’appel.
Selma Huart (Oxfam) a rappelé qu’à Belém, toutes les négociations ont buté sur la question du financement. Les montants affichés sont gravement insuffisants, en particulier la contribution des pays riches, comme la France, au financement de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique dans les pays pauvres. Il ne s’agit pas de charité mais de rembourser une « dette climatique ». En matière de sources de financement, elle s’est félicitée du débat qui s’est développé autour de la « taxe Zucman ».
Frédéric Boccara (économiste, membre du Comité exécutif national du PCF), a souligné que les objectifs écologiques et sociaux qu’on doit se fixer face au changement climatique doivent être articulés avec les moyens nécessaires pour les réaliser, et avec les pouvoirs à conquérir pour cela. Qu’en réalité on se place dans la perspective d’un dépassement du capitalisme pour aller vers une société non marchande, une société de partage. Une société de biens communs pour coopérer avec le milieu naturel, comme le disent les représentants des peuples autochtones, tels Ailton Krenak.
Relever le défi climatique entraînera des dépenses massives. Frédéric Boccara a montré comment les DTS, jouant le rôle d’une monnaie commune mondiale à la place du dollar, peuvent faire l’objet d’une création monétaire partagée entre pays du monde, affectée aux banques centrales pour qu’elles refinancent des crédits bancaires à taux proches de zéro, voire négatifs, pour des projets contribuant à réduire les émissions de CO2.
Cela suppose une transformation radicale du FMI et son intégration au système de l’ONU, qui doit lui-même être réformé. Mais un chemin est possible, à partir d’un Fonds entre quelques pays du Sud et du Nord, par exemple le Brésil et la France, expérimentant ce type de principes combinant apport et émission monétaire.
Lucie Pinson (directrice de Reclaim Finance, prix Goldman 2020 de l’environnement) tient d’abord à dire que les partis politiques, à son sens, ne prennent pas assez au sérieux la finance et les banques. Pour elle, demander à la finance privée de sauver le climat, c’est comme demander à un pyromane d’éteindre un incendie. Les 60 plus grandes banques internationales continuent de financer massivement les énergies fossiles. La proposition de recourir aux DTS pour financer la transition climatique, notamment pour les pays du Sud, est donc un levier pertinent, même s’il ne doit pas être le seul, car ce mécanisme échappe à la logique des marchés financiers. Si le climat est désormais considéré comme une menace systémique, pourquoi ne pas les mobiliser ? D’autant plus que les exigences de rentabilité sont l’autre face de la logique des marchés financiers dont il convient de se dégager.
Pour la CGT, en l’absence de Benoît Garcia, retenu par une autre réunion, Fabienne Tatot a tenu à affirmer l’importance de cette entrevue qui rencontre tout à fait la préoccupation de son organisation, l’Ugict-CGT, de faire le lien entre la financiarisation et les vécus des salariés, tant sur leur conditions de travail que sur le sens de celui-ci et les buts des entreprises, dont l’écologie et les enjeux de transformation productive.
Un autre syndicaliste de la CGT insistera sur le besoin de mettre systématiquement sous tension, dans les luttes, le besoin de mobiliser les banques pour qu’elles appuient les projets alternatifs au lieu de relayer la pression du capital, voire d’ajouter à son coût.
La création d’espaces de travail, de débat et d’action, y compris internationaux, des initiatives de formation sur la création monétaire, viendront prolonger les échanges de cette soirée. Les participants se sont accordés à souligner la responsabilité des partis politiques pour prendre davantage en compte l’importance des questions liées au financement de l’économie.
Article publié dans CommunisteS, numéro 1073 du 11 février 2026.