Comprendre la crise agricole

Publié le 04 février 2026

Cette nouvelle édition d Salon international de l’Agriculture s’annonce animée, dans la mesure où les campagnes françaises ont tout d’une poudrière. De la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) à l’accord commercial UE-Mercosur, en passant par les importantes difficultés économiques rencontrées par les agriculteurs et les effets toujours plus marqués du dérèglement climatique, les crises se multiplient et s’entrechoquent.

Ne soyons pas aveuglés par l’actualité et ordonnons notre analyse. Adoptons une approche résolument matérialiste de la crise agricole, dont les manifestations sanitaires, économiques, géopolitiques ou environnementales ont une cause commune, à savoir le processus d’absorption de l’agriculture dans et par le mode de production capitaliste (MPC). L’accord UE-Mercosur s’inscrit délibérément dans un processus de mise en concurrence internationale des producteurs pour réduire le prix des denrées agricoles. La DNC pose la question de la dépendance de notre politique sanitaire aux intérêts de firmes pharmaceutiques, faute de pôle public de production et de distribution de doses de vaccin. Le dérèglement climatique provient bien d’activités humaines qui, dans le cadre du MPC, se fondent sur l’exploitation de l’Homme et de la nature. Quant à la faiblesse des revenus agricoles et la très forte dépendance de ces derniers aux soutiens publics, il s’agit surtout d’une question de partage de la valeur ajoutée agroalimentaire entre l’agriculture et un puissant complexe agro-industriel. Ce dernier regroupe aussi bien des fournisseurs (firmes semencières, industrie phytopharmaceutique, fabricants de machines agricoles, groupes pétroliers, etc.), des financeurs (banques) que des clients de l’agriculteur (négociants, industrie agroalimentaire, grande distribution, chaînes de restauration, etc.). À chaque reprise, c’est bien un double mouvement de développement du capitalisme à partir de l’agriculture, mais aussi en son sein, qui est en cause.

De même, il est grand temps d’arrêter de mobiliser les concepts de « profession agricole » ou de « paysannerie », particulièrement malheureux car terriblement essentialistes. Le monde agricole n’est pas un ensemble homogène, mais un amas de couches sociales aux intérêts parfois antagonistes. En effet, le processus d’absorption de l’agriculture dans et par le MPC se traduit notamment par une intense concentration des unités de production, d’où une concurrence accrue entre agriculteurs pour le partage de l’eau et de la terre. Il convient également de cesser de penser que les chefs d’exploitation sont les seuls travailleurs de la terre. D’après l’Institut de recherches économiques et sociales, près de la moitié du volume de travail agricole repose sur de la force de travail salariée. Mais, trop souvent, les salariés agricoles demeurent les grands invisibles de l’agriculture.

Ainsi, pour comprendre la crise agricole, il est plus que jamais temps d’affiner notre bagage théorique pour affûter notre regard, construire notre analyse et agir en conséquent.

Jonathan Dubrulle
Co-animateur de la commission
Agriculture Pêche Forêt

Article publié dans CommunisteS, numéro 1072 du 4 février 2026.