Un des points d’appui pour renforcer et élargir le mouvement de paix est la mobilisation en Israël même. Contrairement à ceux qui présentent la société israélienne comme un bloc indistinct, celle-ci est traversée de profondes divisions. Elles ne sont pas nouvelles. On a pu voir l’ampleur du mouvement qui s’oppose à la domestication de la cour suprême portée par le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou, et qui lutte pour la séparation des pouvoirs.
Le mouvement de paix, appuyé sur celui des familles des otages, ne renonce pas. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont encore manifesté le week-end passé à Tel-Aviv et dans de nombreuses autres villes israéliennes. Le Forum des familles des otages et des disparus dénonce la politique de guerre à outrance menée par le gouvernement Netanyahou. « On nous rend des cadavres ! Nous voulons que vous cessiez le combat et que vous commenciez les négociations ». Ou encore : « les combats ne peuvent pas libérer les otages. Ils les mettent en danger. Ils les tuent ». Lors de ce même rassemblement à Tel Aviv, un des otages libérés lors de la trêve a exigé du gouvernement qu’il présente une nouvelle proposition pour la libération de toutes celles et tous ceux qui sont encore détenus.
La répression contre le mouvement de paix est désormais devenue une constante du gouvernement Netanyahou. Cela rentre dans son objectif de mener un coup d’État identitaire. Vendredi 15 décembre, des militants de gauche ont encore été arrêtés. Cela fait suite à d’autres mesures coercitives, telles que l’arrestation pour quelques heures, en novembre, de Mohammad Barakeh, président du Haut-Comité de suivi pour les citoyens arabes d’Israël, que des parlementaires de droite cherchent à faire interdire. Nous pouvons également mentionner la suspension de la Knesset des deux députés communistes Aida Touma-Sliman et Ofer Cassif. Le PCF est en lien constant avec le Parti communiste d’Israël (PCI), non seulement pour réaffirmer sa solidarité avec nos camarades, mais également pour interpeller le gouvernement français et exiger qu’il proteste contre de tels actes répressifs. En dépit des mesures d’intimidation, la coalition Hadash, à laquelle participe le PCI a pu tenir sa conférence nationale samedi dernier.
Cette lutte menée dans l’État d’Israël nous oblige. C’est un point d’appui pour travailler encore à l’élargissement du mouvement de paix en France sur des bases politiques, celles du droit et de la justice. Cela inclut en premier lieu l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat et permanent, et par conséquent de faire pression sur le gouvernement de l’État d’Israël par des sanctions tant que ce dernier ne respecte pas le droit international. Mais aussi cette exigence politique impose d’entreprendre maintenant ce que la communauté internationale n’a jamais fait : créer les conditions d’une paix juste et durable, et donc de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens, sur la base du droit international, des résolutions de l’ONU, et de la perspective de deux États sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale pour l’État de Palestine. Répétons-le : la reconnaissance immédiate de l’État de Palestine par la France est une mesure non seulement nécessaire, mais possible. La décision du gouvernement de gauche espagnol est à saluer. L’exercice de la citoyenneté palestinienne dans un cadre souverain propre permettra de régler des questions aussi importantes que celle des colonies et du droit au retour. L’absence de cette revendication des appels du collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, en dépit de toutes les demandes du PCF et d’autres organisations, est un problème politique sérieux. Aux côtés de la nécessaire libération de Marwan Barghouti, la reconnaissance de l’État de Palestine est une mesure concrète que les communistes français portent dans les mobilisations pour une solution de paix dans la justice et le droit et qui permet l’élargissement du mouvement de paix autour de revendications politiques, démocratiques pour la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien.
Vincent Boulet,
membre de la direction nationale du PCF
chargé des relations internationales